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« Why Nations fail » : l’origine de la prospérité est d’abord politique !

Le dernier point sur lequel je voudrais insister et qui est riche d'enseignements pour l'historien, concerne la part de contingence qui existe nécessairement dans l'histoire du développement économique de tout pays. Acemoglu et Robinson accordent notamment une grande importance dans leur livre à ce qu'ils appellent les petites différences et les moments critiques dans l'histoire de tel ou tel pays. Il suffit en effet parfois de peu de choses pour que l'histoire de deux espaces diverge considérablement à partir d'un point de bifurcation pourtant assez ténu.

C'est ainsi que le destin politique de l'Angleterre vers davantage de pluralisme et une monarchie de plus en plus tempérée est largement le résultat d'une série de petites différences liées à l'histoire politique particulière de l'Angleterre moderne mais aussi à des données sociologiques comme le développement du commerce atlantique à l'origine de l'émergence d'une classe de marchands prospères et qui ont finalement abouti à un destin singulier, la révolution de 1688 débouchant in fine sur la Révolution industrielle.

Là encore, les deux auteurs montrent que les données géographiques (la présence de charbon), culturelles (le lien, cher à Max Weber, entre protestantisme et esprit capitaliste) ou techniques (les fameuses inventions) qui ont longtemps été mobilisées pour expliquer pourquoi la Révolution industrielle a trouvé son berceau au Royaume-Uni, négligent la dimension institutionnelle, pourtant capitale dans cette affaire.

En effet, ils montrent combien le caractère davantage pluraliste des institutions anglaises explique largement le succès du processus d'industrialisation outre-Manche, tandis que sur le continent, « sans les changements dans les institutions et le pouvoir politique similaire à ceux qui ont émergé en Angleterre après 1688, il était peu probable que les pays absolutistes puissent bénéficier des innovations et des nouvelles technologies de la Révolution industrielle6 ».

En d'autres termes, s'il y a une part de contingence dans l'histoire politique de chaque nation, il n'y a aucun hasard à ce que des pays comme l'Espagne, la Russie ou l'empire austro-hongrois n'aient pas vu fleurir en leur sein les entrepreneurs et les innovations qui ont en revanche trouvé dans la relativement pluraliste Grande-Bretagne un écosystème particulièrement favorable.

Why Nations fail : une démonstration solide

Ces quelques aperçus ne donnent qu'une toute petite idée de la richesse peu ordinaire d'un livre qui présente toutes les caractéristiques de ce que l'on est en droit d'attendre d'un grand livre de sciences sociales : une thèse claire appuyée sur une démonstration solide, elle-même fondée sur une information fiable, et déployée dans une langue limpide, fuyant tout jargon inutile. C'est peu dire que l'ouvrage d'Acemoglu et Robinson remplit amplement tous ces critères.

Le résultat, c'est qu'une fois qu'on l'a lu et que l'on s'en est bien imprégné, il ne se passe pas une seule journée sans qu'un fait tiré de l'actualité ou bien encore une nouvelle lecture ne vous y ramène et ne semble apporter une illustration supplémentaire à la pourtant déjà très riche galerie d'exemples qu'il recèle. Mieux, pour ceux qui avaient encore quelques doutes, cette lecture roborative vous vaccinera à jamais contre les torrents d'insanités déversés à flots continus dans notre pays sur les supposés ravages du capitalisme ou du libéralisme et leur prétendue responsabilité dans les inégalités réputées croissantes du monde globalisé actuel.

Lorsque je fais un cours de géographie à des collégiens ou des lycéens, j'ai coutume de commencer par cette question : pourquoi le Japon, une chaîne de montagnes au milieu de l'océan, sans aucune ressource naturelle et régulièrement secoué par de tragiques tremblements de terre, est-il devenu l'un des pays les plus riches au monde, tandis que le Congo, l'Angola, ou le Venezuela, qui regorgent littéralement de richesses naturelles, sont parmi les plus pauvres de la planète ?

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