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« Why Nations fail » : l’origine de la prospérité est d’abord politique !

Kenneth Arrow, professeur émérite, université de Stanford, lauréat du prix Nobel d'économie, 1972.
Tel est assurément le cas de l'ouvrage de Daron Acemoglu et James A. Robinson, Why nations fail, dont l'approche est aussi aisée que roborative, et qui a comme principale vertu d'immuniser à jamais celui qui s'y plonge contre les innombrables poncifs véhiculés depuis des décennies à propos des causes du sous-développement et, ce faisant, sur les moyens d'y remédier. De fait, si le livre est pour ainsi dire passé inaperçu en France1 (les raisons de ce silence mériteraient à elles seules un article), il est d'ores et déjà considéré comme un classique dans le monde, tant l'ampleur de ses analyses et leur force explicative semblent devoir marquer un jalon majeur dans la surabondante littérature consacrée aux inégalités de développement de par le monde.

Les institutions comptent pour la prospérité

La thèse des deux auteurs, un professeur d'économie au MIT et un enseignant de Harvard, spécialiste de l'Afrique et de l'Amérique latine, est assez facile à résumer : les inégalités dans le monde ne seraient liées ni à la géographie ni à la culture, comme cela est sans cesse répéter depuis des décennies, mais auraient leurs origines profondes dans les institutions, ou pour dire les choses autrement, dans la gouvernance des territoires concernés.

« It's the politics, stupid ! » Telle pourrait être l'idée centrale du livre résumée en un simple slogan, paraphrasant le célèbre « it's the economy, stupid ! », de la campagne Clinton de 1992. Si la Corée du Sud est immensément plus riche que son homologue du Nord, ou si les États-Unis sont bien plus prospères que leur voisin du sud du Rio Grande, cela ne tient ni au milieu naturel (les richesses minières se trouvaient dans le Nord de la péninsule coréenne, où sont d'ailleurs nées les premières industries du pays) ni à une différence générale de culture (les habitants de Nogales, cité frontalière de l'Arizona, et de son homonyme mexicaine, partagent le même fond culturel).

Ce que Why nations fail s'attache à démontrer au fil de ses riches 462 pages, c'est que ces écarts de développement sont fondamentalement liés au fait que les pays concernés n'ont pas les mêmes institutions et, partant, le même rapport à l'État de droit, clé ultime de la prospérité. Récapitulons la thèse du livre, même si celui-ci perd beaucoup à être résumé, dans la mesure où l'intérêt et le plaisir intense que l'on éprouve à sa lecture résident d'abord sur l'impressionnante palette d'exemples historiques et géographiques mobilisés pour étayer le propos. Les auteurs opposent ce qu'ils appellent les institutions politiques et économiques extractives et les institutions inclusives.

Institutions extractives, institutions inclusives

Les premières désignent une situation où le pouvoir politico-économique est concentré entre quelques mains, qui utilisent la contrainte pour confisquer (extraire) les richesses produites par les dominés. C'est ce qu'ont fait par exemple les conquistadors espagnols arrivés en Amérique lorsque, en quête de métaux précieux, ils se sont contentés de réduire les populations autochtones en esclavage, ce que n'ont pu faire les Britanniques plus au Nord, initiant dès lors une divergence de destin à l'origine des actuels écarts de développement entre les deux parties du continent.

La conséquence faciles à prévoir de telles institutions extractives c'est que les populations réduites au travail forcé ont d'autant moins de raisons de produire davantage. Les droits de propriété n'étant pas reconnus, elles n'ont strictement aucun intérêt, aucune incitation, à créer davantage de richesses, dès lors que ce sont d'autres qui en profiteront.

À l'inverse, les institutions inclusives sont celles où le pouvoir est à la fois largement distribué, et surtout contrôlé. C'est bien l'existence du pluralisme (en quoi réside la vertu cardinale de toutes bonnes institutions) qui garantit que le pouvoir ne sera pas accaparé par une clique à son seul profit, mais qu'au contraire il sera tenu en laisse, surveillé, contrebalancé, équilibré, corrigé, pondéré, et dès lors n'aura d'autre choix que de respecter les droits des individus. Dès lors, ceux-ci seront naturellement incités à innover pour créer davantage de richesses, des richesses dont eux-mêmes pourront profiter.

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