Le griot : le porteur de la parole en Afrique noire profonde

Présentation

 L'artiste Camerounaise dénommée ''Milliardaire Lariche'' alias Kamdui, est une promotrice culturelle avec pour passion la valorisation de la langue ''GHOMALA'', une des langues bantù parlée par le peuple Bandjoun dans la Région de l'Ouest du Cameroun. Elle est également Humouriste, griote, coiffeuse artistique, éthicienne, chorégraphe, apolitique.

Le peuple camerounais a eu l'occasion de s'abreuver de l'antique savoir de nos Ankhcêtres: la rhétorique négro-africaine. Elle a brillé de mille feu lors de l'hommage qu'elle a rendu en sa qualité de parolière de sa Majesté SOKOUDJOU le Fo'o Des BAMENDJOU, à l'occasion de la cérémonie de dédicace de ses Mémoires qui a eu lieu à Douala le mercredi 11 mars 2020 à l'hôtel prince de Galles à Akwa.

Jugez-en vous-mêmes:

 


Tagne Jean Bruno. ''Sokoudjou Jean Rameau. De Bikok à Bamendjou. Secrets et testament''. Les éditions du Shabel, Yaoundé, 2020, 205 pages

 Description du livre

Sokoudjou Jean Rameau, Fo'o de Bamendjou, n'est pas que le roi de l'une des entités de la centaine de royaumes qui constituent le pays Bamiléké. C'est un personnage atypique, qui a traversé le temps et les espaces camerounais. Il se raconte dans cet entretien où l'on découvre son enfance et adolescence en pays Beti, son militantisme au cours de la marche à l'indépendance du Cameroun, son séjour dans les prisons politiques.

Au-delà de la vie d'un souverain traditionnel, il y a à travers ce parcours, la place des royautés traditionnelles dans une république moderne, mais aussi une incursion dans les usages et coutumes du terroir Bamiléké. En toute liberté, cet iconoclaste a ouvert les portes de son antre sacré, afin de léguer à la postérité, ce qui peut être considéré comme un testament de chef.


  L'habillement du griot négro-africain: le cas du tissu ''ndop'' des Bamiléké

Signification des symboles graphiques sur le tissu ''ndop'' des Bamiléké

 1. Le Cercle représente le Cycle de la Vie et de la Réincarnation.

2. Les rayons du cercle matérialise la barrière, le passage entre la Vie sur la Terre et la deuxième Vie dans l'au-delà.

3. Les points à l'intérieur des Secteurs de Cercle représentent la Vie, les Vivants

4. Le vide à l'intérieur des Secteurs de Cercle représente l'absence de Vie, qui n'est pas nécessairement la Mort. Ce sont des Absents, Nos Ancêtres, car les Morts ne sont pas Mort. En passant, tous les Morts ne sont pas les ancêtres... Pour être ancêtre, il faut le mériter Pour être ancêtre, il faut le mériter

5. Le Losange représente la Femme, symbole de la procréation et de la Fécondité, Symbole de la Vie...

6. Le fluide dans le losange représente le fluide de la procréation, Génératrice de la Vie...

7. Le losange est entouré des points représentant la Vie. Autour du losange de la Vie, il n'y a que des Vivants, pas de Vide.

8. Les traits sinueux sur le tissu représentent les Méandres et les Incertitudes de la Vie.

9. Le Centre du Cercle Représente l'Être Suprême appelé Sī, Nsī, Sīē, Nìnì, Ndə̄m, Mbōò, Nshʉ̀ɑ̀pʉ̀, Etc.

10. La couleur Blanche du tissu représente la pureté, et la Couleur Bleue l'Eau, le Nil, le Nun, Symbole de la Vie Terrestre.

NB: Fait pour Resulam par Mbɑ̄' Mòōntʉ̀ɑ̀' et Shck Ca᷅mnà' YouTube: Resulam.

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Mots-clés: Renaissance Africaine, Religion Africaines, Mythologie Africaine, Religion Bamiléké, Mythologies Bamiléké, Symboles Bamiléké, Origine des Bamiléké.


 Le cri de coeur du Fo'o Sokoudjou

Qui part dire à ceux avec qui nous étions ce que le derrière est devenu.

C'était le 6 février 1953, après un séjour de près de 7ans a Oveng adopté par une famille Béti, que je revenais a Bamendjou manger la maison de mon père et j''avais alors 17 ans. Rien n'a été facile jusqu'à ce jour rien n'est facile.

A partir de 1955, soucieux du devenir de ce pays malgré mon jeune âge, j'ai pris une part active à la lutte d'indépendance et à la libération de mon pays.

J'ai refusé que je ne pouvais pas arrêter ma nourriture entre mes mains, laisser le colon blanc manger et je ne sois réduit qu'à ne lécher que les feuilles.

Cela m'a valu torture, misère, brimades et par moment j'ai frôlé la mort mais mes ancêtres m'ont toujours gardé. Ces colons m'ont fessés, m'ont torturés, m'ont emprisonné mais jamais je n'ai fléchi car pour moi le pays de quelqu'un n'est comparable a rien.

Nous nous sommes battus mais l'indépendance à été passé par la fenêtre et remis a ceux qui n'avaient rien demandé et on s'est dit "au lieu que ça se brûle, mieux ca cuit mal". Le blanc noir à pris la place du blanc et malgré tout nous continuons la bataille pour la construction de ce pays.

Le café est prospère, les planteurs vivent du fruit de leurs travail, les FO'O sont dignes et donnent de la valeur à la chefferie, la royauté pèse, chacun voit comment la plante Cameroun lance les légumes et la récolte du haricot est abondante . Malgré que nous soyons dans un régime ou personne ne peut ouvrir la bouche, chacun mange à sa faim et dort son sommeil sans tousser.

Aujourd'hui ou en sommes nous?

La tête fibrée du macabo qui était réservé au porc est devenue le principal repas de la famille, la banane qui nourrissait le cochon est devenu le remède face à la dureté des temps....qui pouvait l'imaginer que ce pays ci allait se retrouver a ce niveau aujourd'hui ?

Le peuple côtoie la misère, la souffrance au quotidien sous le regard méprisant des dirigeants qui vivent dans une richesse insolente et que quelques uns arrêtent seulement leurs corps pour ne même pas essuyer leurs fesses avec les billets d'argent!

Qui part dire à mon père Atangana Simon qui m'avait adopté a Oveng que le pays est resté se gâter si bien qu'on me rappelle chaque jour que mon village c'est Bamendjou a l'ouest du pays!!!!

Qui part dire à Ernest Ouandié, à Abel Kingué, à Roland Moumié, à Um Nyobe, à Ossende Afana que le pays est resté se gâter si bien que les mangeurs ne saluent plus les travailleurs.

Qui part dire à ceux la qui, soucieux de l'avenir des enfants de demain avaient rempli le grenier avant de partir que les souris sont restés ronger tous les arachides qui étaient dans le grenier?

Qui part dire à ceux là avec qui nous étions que voici que tout est resté se gâter si bien que en allant aux élections nous connaissons déjà la part de chaque candidat qu'il aura!!

Qui part dire au FO'O Abega Martin des Ewondo a Efoufan( Efoula Meyong qui veut dire rencontre de toutes les tribus)que le pays est resté se gâter si bien que ses enfants ne peuvent plus se couper un morceau d'eau. Le derrière s'est tellement gâté qu'on identifie déjà les ressortissants de chaque tribus et leur montre la route qui va chez eux .

Qui part dire au Lamido Bouba Ndjida de Rey Bouda que le derrière est resté se gâter au point où le FO'O est à la cuisine lui même pour couper sa viande, son serviteur étant devenu son adversaire politique.

Qui part dire au FO'O Alexandre Douala manga Bell que le pays est resté se gâté si bien que les chefs allés au fond de l'eau rentrent sans aucun message des ancêtres parcequ'ils ne reconnaissent plus les visages qui sont devant eux, l'administration ayant tout détruit!!!


Qui part dire au sultan Seydou Djimoulu de Foumban que tout est resté changer si bien que le chef lance le cri de ralliement sur la place du marché et le peuple ne répond pas!!!!

Qui part dire aux Fons Abumbi I et II de Bafut que le derrière est resté devenir n'importe quoi si bien que l'administration a cousu les tenues aux chefs, a fabriqué d'autres chefs et les a classé en premier, deuxième, troisième, quatrième degré!!!!

Qui part dire au FO'O Pag Ndon de bouroukou que tout est resté se gâter si bien que le FO'O mange le taro sans viande?

Qui part dire à FO'O kamwa de Baham, à FO'O Fotso de Batoufam que tout resté se gâter au point où le FO'O porte lui même sa peau de panthère pour aller danser sur la place du marché, le temps est si mauvais qu'on traverse le cour d'eau avec le veuvage!!!!

Qui part dire a FO'O Naoussi de Bamougoum que l'eau est resté partir en montant si bien que le fils aîné considéré comme l'ami du père succède au père, l'enfant né hors de la peau de panthère est entrain de discuter la succession.

Qui part dire a FO'O Tchumtchoua de Bafoussam que tout est resté se gâter si bien que pendant la danse le FO'O lance la queue de cheval et personne n'attrape !!!

Qui part dire a FO'O Kemajou de Bangou, à FO'O Happy de Bana que le temps est resté changé de pieds de chaussure si bien que le coq a chanté en plein jour et les * enfants des animaux* se sont mêlés des choses de la chefferie.

Qui part dire a FO'O Djoumessi Mathias de Dschang que le derrière est pourri au point où le chef enlève chapeau, bracelets, tous ses attributs, porte le tricot d'un parti politique, abandonne son palais, son trône et se retrouve au quartier à se battre dans une campagne électorale contre une partie de son peuple.

Qui part dire à tous ceux avec qui nous étions et qui sont parti que tout est tellement gâté au point où les successeurs par des comportements déplorables ont chassés "Dieu" des lieux sacrés, les parents coupent la bière avec les enfants, les élèves tuent leurs enseignants, les parents enterrent les enfants et voient leurs malchances deux fois.

Que chacun sache qu'il paiera un jour le prix de tout le mal qu'il a fait à ce pays, les pleurs de ce peuple qui ne demande qu'un minimum d'attention ne peuvent pas se verser gratuitement. Ne soyez pas tellement rassasié aujourd'hui au point d'oublier que demain un autre jour se lèvera. Rassurez-vous que le nœud que vous faites la vous serez capable de défaire vous même demain lorsqu'on vous invitera a le faire.

Le peuple crie, pleure ,vous restez insensible que ce n'est pas un homme et une femme qui vous avaient aussi accouché? On a fendu un arbre et vous êtes sorti dedans?

Pour ma part, j'ai vu et je continue à voir. J'ai vu ceux qui partaient, j'ai vu ceux qui revenaient . Ils m'ont menacés, m'ont torturés, j'ai mangé les cacas pour ce pays, j'ai jamais désespéré et jusqu'aujourd'hui je ne désespère pas.

Je prie les Dieux de ce pays, je prie mes ancêtres afin qu'ils touchent le coeur de tous ceux qui sont habités par des mauvais esprit de méchanceté afin qu'ils comprennent que le Cameroun est au dessus de leurs calculs et intérêts, que nous passerons tous mais que le Cameroun restera et qu'il est urgent que chacun se concerte avec son coeur afin que nous pensons un nouveau Cameroun que nous transmettrons aux générations futures.

Chacun doit œuvrer à son niveau pour la paix dans ce pays et cela doit se faire dans la vérité car on n'enterre pas la pierre au sol et malheur a tous ceux qui mangent la sauce dans 2 canaris

Pour ceux qui font encore semblant d'ignorer, dans nos traditions, on dit " Fo'o peue Sii', FO'O avec Dieu. Ma mission est divine et j'aurai des comptes à rendre a " Si'i" et a mes ancêtres et non aux humains!

Fo'o Sokoudjou ce 6 février 2020, An 67 de mon règne , depuis son palais a Bamendjou


 Est ce que depuis le dedans de la chefferie le chef écoute même les cris et les pleurs du peuple?

Ca sent que comment dedans ?

 La guerre surprend le peuple et les voyants au champ de bataille. Le peuple cris espérant le secours de son chef, aucune voix ne sort de la chefferie que le dedans de la maison sent que comment? Ce silence face à la détresse du peuple c'est pour que le peuple se suicide ou pour qu'il aille en guerre sans que le chef ne crache sur leur poitrine? Jusqu'à le successeur là va pleurer son père?

Le peuple regarde la route de la chefferie en ce moment où il veut entendre la voix du chef pour le rassurer qu'il n'est pas abandonné, n'est pas orphelin. On dit que les notables ont parlé. Ils ont déjà mangé la maison du chef pour parler à sa place? La parole du chef n'est pas la parole des notables, et la parole des notables n'est pas la parole du chef. Où le peuple crie comme ça au moment où le tonnerre gronde et que personne ne l'écoute!!!!

Le dehors n'est pas bon et ce n'est pas le moment de jouer avec le destin de tout un pays. Quand ça cogne c'est à la maison que tu ressens la douleur. Notre pays comme le monde entier traverse une période trouble et chacun doit penser à sa tête.

J'invite tout un chacun à la méfiance et à la prudence, il s'agit des vies humaines à sauvegarder, que la politique se mette de côté et que chacun se dise si on jette je ne dois pas jeter. Ce n'est pas le moment de dire tel n'a pas fait ci.

Que chacun apporte sa part de sac de sorcellerie pour qu'ensemble nous sauvons le pays qui brûle.
Au champs de bataille, on ne compte pas les cadavres, l'urgence et le plus important étant de faire finir la guerre.

Arrêtez de faire la politique sur la santé des camerounais. Ils n'en n'ont pas besoin pour le moment. Quand le village brule, même celui qui avait raté la succession et qui ne rêve que de la mort du chef apporte sa part de sceau d'eau pour éteindre le feu sinon, c'est sa part de malédiction qu'il porte. Une fois que le feu est éteint, il peut aller réveiller les cadavres des problèmes comme on l'avait accouché avec le front des problèmes.

Aussi, que chacun en restant sache que si ce n'est pas aujourd'hui, c'est demain, que personne ne pense qu'il restera ici comme quelques uns parmi vous pensent qu'ils avaient déjà vu leur maison ici sur terre.

Rien ne surprend les personnes sages car tout est prévu et organisé longtemps à l'avance dans l'intérêt du peuple et non pas pour toi, comme chacun se cogne la poitrine aujourd'hui en se disant que si la maison s'effondre c'est lui qui part s'asseoir dans les restes.

Qui vous trompe comme ça? Si tu te trompes de chemin a l'aller et au retour, sache que ton cercueil n'est plus loin. Vous pouvez tout tisser et calculer, mais le peuple a grandi et n'est plus dupe.

Vous vous êtes déjà assis où et quand pour dire que comme on ne sait jamais!!!!!

Si en nous levant le matin on comprend qu'une pluie sans grondement de tonnerre est tombée, on va faire comment???

Chacun ne pense qu'à son ventre et dans un angle de sa tête fait ses petits calculs et est convaincu que si on dit une personne c'est lui et si ce n'est pas lui on déchire même la porcherie le porc sort. Tu as consulté qui et tu mets le peuple ou dans ton rêve?

Quand un torrent inhabituel descend, il faut prendre des précautions et éviter que l'eau en se versant la calebasse se casse également.

Ce qui est arrivé hier ne peut plus arriver aujourd'hui. Le peuple camerounais est mature et responsable. Quelqu'en soit le vent qui peut souffler, j' invite le peuple au calme et à danser en écoutant le son du tamtam. Évitez le piège de la manipulation des apôtres du désordre qui espère un moment dans le noir pour régler leurs comptes et n'oubliez pas aussi que celui qui s'arrange a empêcher le sommeil a son frère doit s'organiser a ne pas fermer lui-même l'oeil.

Je refuse que quelques petits malins qui croient que le peuple est leurs fonds de commerce continuent à rêver que demain ils vont utiliser ce peuple comme un pont pour aller de l'autre côté de l'eau récolté ce qu'ils n'ont pas semés.

La quantité que j'ai déjà vu, je refuse une autre souffrance à ce peuple qui a déjà trop souffert. Les plaies ne sont pas encore toute cicatrisées pour que nous en cherchons d'autres. Le Dieu de nos ancêtres parle, qui vous à dit qu'il n'écoute pas nos pleurs?

N'importe quoi est bon comme on s'est assis; s'est organisé et s'est accordé que si demain ça met comme ça, on fait comme ça. Ne pas toujours sursauter chaque matin comme si on se levait du sol du deuil.

Le temps dehors ne regarde pas bien, que chacun ramasse sa part de bois et mette à la maison car il est toujours préférable qu'en attendant que la femme qui est enceinte accouche, qu'on écrase le couscous pour mettre à la maison.

Portez vous bien en ce temps de confinement, moment idéal pour que les dieux entrent au lieu sacré, soyez prudent, pensez à vos vies et à celles des autres car à la sortie de ce confinement je veux vous voir tous et en bonne santé pour qu'ensemble nous bâtissions ce pays.

Fo'o Tchendjou 2 Sokoudjou

31 mars 2020


 La rhétorique négro-africaine

La rhétorique négro-africaine est portée par essence par le griot. Maîtres (Maîtresses) de l'art de parler, artisans de la parole, les djéli (griot) sont les grands porteurs des nouvelles, les entremetteurs désignés pour les affaires comme pour les démarches matrimoniales ; ils peuvent à leur gré aviver ou atténuer les conflits sociaux. Le plus souvent, le griot accompagne sa démarche de musique.

Son rôle ne consiste-t-il d'ailleurs pas à charmer son auditoire, que ce soit par souci didactique, afin d'agrémenter les récits toujours prolongés des épopées passées, ou stratégique, pour mieux convaincre ? Le griot qui évoque le riche passé du Fo'o, de même que l'entremetteur et l'arbitre, tous accompagnent leurs chants au n'goni, à la cora, au balafon ou à la guitare.

Le fait de jouer d'un instrument apparaît donc comme une « fonction secondaire » propre à tout griot, l'instrument de musique donnant plus de poids à sa fonction sociale première : celle d'intermédiaire, de par la parole qui est son domaine réservé.

La musique intervient comme support du message, ou mieux encore, comme l'assaisonnement indispensable qui donne encore plus de valeur à un chant déjà prestigieux. Et de fait, plus le griot est virtuose, plus grande sera son influence sur son auditoire. Le Fo'o reste toujours sensible aux qualités musicales de son griot, au timbre de sa voix, aux sonorités de son instrument.

De nos jours, le mot «griot» est entré dans la langue française pour désigner les généalogistes traditionalistes africains. En Afrique, les griots sont les gens de la parole, au sens originel d'action. «Cette parole-là est leur attribut le plus essentiel», déclare Sory

Camara dans son étude : Gens de la parole, parue aux éditions Mouton en 1976. Ainsi, il n'est pas étonnant que, dans bien des circonstances, on fasse appel à eux pour transmettre ce que l'on veut dire. Il est essentiel de souligner qu'en Afrique Noire, avant l'époque coloniale — et bien avant encore — , la littérature était orale et en langue vernaculaire.

Par cela, sa conservation ainsi que sa transmission de génération en génération étaient l'apanage des maîtres de la parole, plus spécialement du porteur de la parole : le griot. Cette littérature orale était très active; elle participait à la vie communautaire au même titre que les autres activités, telles la chasse ou la construction.

L'absence de toute écriture a beaucoup favorisé l'art du griot et son évolution. Dans les villages, le jeune homme destiné à être griot ne commencera son apprentissage véritable qu'après la circoncision. Il s'agit d'un métier attribué héréditairement à une famille. L'adolescent commencera à apprendre et à réciter l'histoire généalogique des clans de son village et de son pays. Bien souvent, il se spécialisera dans le jeu d'un instrument de musique ou de deux.

Mais, vous vous en doutez bien, il ne suffit pas de connaître des généalogies et de savoir jouer d'un instrument de musique pour être un bon griot. Le jeune candidat cherchera d'abord à s'attacher à une famille influente (politiquement), pour être protégé. Bien qu'il ait approfondi ses connaissances historiques dans une région particulière et un clan donné, il évitera, s'il est malin, de devenir un spécialiste borné de l'histoire d'une famille quelconque ou d'un clan.

Car même en Afrique, la fortune est fort changeante. Il arrive fréquemment qu'une famille sans fortune, effacée, puisse acquérir, du jour au lendemain, une position sociale enviable et une influence politique remarquable; dans ce cas, gare au griot ! Bien souvent, c'est au moment d'un changement d'influence qu'on reconnaît le bon griot: il se doit d'être rusé et jamais pris au dépourvu, d'être toujours bien informé, donc, sur la plupart des clans de son village et de sa région.

Les connaissances du griot doivent lui assurer une certaine mobilité... Les plus importants griots sont ceux à qui les instruments de musique laissent une grande disponibilité pour la parole (qui leur permettent des récits chantés ou récités). Certains griots ne disposent que de la parole, alors que la parole d'autres griots, chantée ou non, est soutenue par la musique. Il en existe, enfin, qui ne font que jouer d'instruments à vent ou à percussion. Malgré leurs possibilités ou leur talent musical, c'est surtout en tant que gens de la parole
que les griots se spécialisent.


De simples musiciens, ils deviennent l'incarnation même de la mémoire que la société a de son passé et de son histoire. C'est surtout en tant que gens de la parole qu'ils remplissent leurs diverses fonctions d'informateurs, de porteurs de traditions religieuses et profanes (avec le forgeron), de généalogistes, de biographes et de philologues, d'acrobates, d'animateurs des veillées, d'imitateurs. Avec le temps, libres d'exercer leur métier, les griots s'illustrent donc dans différents types de manifestations. Ainsi assurent-ils l'animation des veillées. Les «veillées» existent encore, et même à l'époque actuelle dans les cités urbaines.

Les conteurs racontent des récits épiques à thème historique, des contes et des aventures extraordinaires, le soir, au moment où l'ambiance est favorable à l'évocation des esprits, du surnaturel. Lors du rituel funèbre, le griot intervient, avec l'orateur du jour, pour chanter les louanges du défunt et de ses proches. Le principe de base de la pratique de son métier est que chaque individu doit connaître les exploits de ses ancêtres.

Chaque tribu a donc pour devoir de transmettre oralement, par l'intermédiaire du griot, ses exploits et son histoire, d'une génération à l'autre. Le griot imitateur, lui, raconte des histoires épiques en imitant les personnages célèbres ou historiques. Il raconte les faits et gestes célèbres. On le retrouve partout.

À l'occasion des marchés, pendant les fêtes, lors de la palabre. Ses récits sont animés par des gestes, des imitations et des mimes. Bien souvent, des danseurs masqués et des acrobates accompagnent ses manifestations. Ce phénomène artistique existe encore aujourd'hui sans modification profonde. Les griots bouffons et acrobates se produisent souvent en groupe, avec des musiciens, des danseurs, des bateleurs, des échassiers, des clowns, des jongleurs, des magiciens.

Ils s'illustrent particulièrement par la critique qu'ils font de la société. Présents sur les places publiques, les jours de fête, ou dans les cours royales, ils amusent, caricaturent, critiquent habilement et improvisent. Leur répertoire artistique est riche. Le griot principal joue le rôle d'éveilleur de la conscience: celle du peuple autant que celle du roi. Lui seul peut se permettre une telle liberté en public. Sur le plan économique, les interventions du griot échappent au monde du libre-échange, à la loi de l'offre et de la demande.

Rétribuer le griot est une occasion de don: on dit «kopesa», «donner au griot», et non «kofuta», «payer le griot», terme dont on use seulement pour signifier la rémunération d'un travail ou d'un service pouvant faire l'objet d'une estimation ou d'une évaluation. Les griots ne se consacrent pas à des activités qui relèvent du domaine des arts manuels ou mécaniques.

Ils sont acceptés comme musiciens et comme gens de la parole. Leur statut ne se définit que par le type de rapport qu'ils entretiennent avec les autres membres de la société, que par leur art. Un autre fait important à noter est que les griots n'ont pas à proposer ni à promouvoir leur éloquence.

Ils sont présents à toutes les cérémonies, et il leur suffit d'être là pour exercer leur fonction de gens de la parole. Ils sont libres et interviennent sans que cela leur soit demandé. Ils viennent, s'installent, jouent et chantent. Les différentes tactiques utilisées par les griots se rapprochent, dans le domaine de l'art, de la conception actuelle du chansonnier (en Europe) et du comédien (en Afrique).

Voyageur intrépide, il porte son «théâtre» sur lui et avec lui, sur la scène du quotidien. C'est lui qui se rend sur les lieux de la représentation, qui fait de l'espace naturel son espace scénique, parce qu'il n'existe pas d'architecture théâtrale. Tout autour du griot, l'espace naturel, au moment réel de la représentation, devient un espace scénique, privé et respecté par le public.

Le spectacle terminé, la scène disparaît; l'espace occupé, tout autant que le récit, revient à la communauté. L'art du griot est une forme dramatique très populaire en Afrique; à tel point que la seule présence physique du griot suffit à établir intensément la communication avec le public.

Actuellement, chez les Africains, les contes, les récits de l'homme confronté au cosmos, en dehors de toute préoccupation littéraire, nourrissent les palabres et les rêveries. La lutte contre l'oubli a commencé à l'aide de l'écriture et de l'imprimerie mais, malheureusement, les sociétés, les groupes et les institutions qui doivent veiller à la survie de la «culture de base» assurent plutôt l'immatriculation des individus par des modèles autres et étrangers.

kibalabala n'sele