• Font size:
  • Decrease
  • Reset
  • Increase

LA GLOIRE DU COLLABO (Réflexion sur l'élection de Léopold Sédar Senghor à l'Académie française)

© Peuples Noirs Peuples Africains no. 35 (1983) 41-66

Résultats de recherche d'images pour « Guy Ossito MIDIOHOUAN image »

    Par Guy Ossito MIDIOHOUAN

« Enseignez votre langue (le français) aux Danhomênous si vous voulez qu'ils vous comprennent et qu'ils vous apprécient car c'est dans une langue commune qu'il faut chercher l'union féconde des cœurs.»

 (Paul Hazoumé, Doguicimi, 1938).

« L'Afrique est ravagée par trois grands fléaux, la dictature, l'alcoolisme et la langue française, à moins que ce ne soient trois visages d'un même malheur.»

 (Mongo Beti, Perpétue, 1974).
 
SENGHOR ENTRE A L'ACADEMIE FRANÇAISE

On peut célébrer l'événement ou le déplorer. Il est donné cependant de noter que les louanges constituent la tonalité majeure du charivari soulevé par la nouvelle : la littérature négro-africaine d'expression française serait ainsi « officiellement reconnue»[1], l'Afrique honorée, le [PAGE 42] Noir accepté et glorifié, le talent attesté...Quant aux mécontents, ceux qui voient l'événement d'un mauvais œil ou en pensent du mal – ils existent et sont plus nombreux qu'on le dit, ils sont tout simplement écrasés par les formidables arsenaux de l'idéologie dominante, ou se gardent d'opiner, de peur de passer (ceci est surtout valable pour les plus illustres d'entre eux) pour des jaloux. Le président-poète (d'aucuns, il est vrai, préfèrent l'appeler poète-président) devient ainsi, sans coup férir et selon une formule facile à trouver mais lourde de signification, « le premier Noir immortel ».

Je ne suis pas, comme Siradiou Diallo, ce journaliste africain qui s'affiche à l'occasion – respectant en cela le principe sacro-saint de l'« africanisme » – comme le-spécialiste-de-tout, l'ami de Senghor. Ni son ennemi : je n'en ai nulle raison. Je pense seulement que c'est faire preuve en cette circonstance d'une grande légèreté et cultiver la médiocrité que de proposer, en guise d'analyse, un décompte sommaire des admirateurs (estimés majoritaires) et des supposés détracteurs aigris et envieux.

Car, pour nous Africains, Senghor n'est pas un simple individu et ne saurait en conséquence être réduit à un talent. Senghor, pour nous, est un symbole et c'est en tant que tel que je voudrais l'aborder, le comprendre. Dois-je ajouter, en toute modestie, que je connais mieux le « poète comblé » que la plupart des plumitifs chargés de « faire l'événement » ?

Je me sens donc autorisé, que dis-.je, il est de mon devoir de faire connaître les réflexions que m'inspire un fait qui m'intéresse moi aussi et dont, qui plus est, je me vois contraint désormais de tenir compte de façon quasi quotidienne. Je laisse aux journalistes africanistes le privilège de montrer leur admiration (ou leur hostilité) envers l'homme.

Depuis sa démission de la présidence de la République du Sénégal le 31 décembre 1980, après vingt ans d'exercice du pouvoir, Senghor – déjà célèbre, ô combien! – a la réputation d'un sage[2], courageux, remarquable pour son esprit supérieur, nullement attaché à la gloire et aux honneurs. Mais, tout comme son « frère et ami » Félix [PAGE 43] Houphouët-Boigny né dans l'or et condamné à mourir dans l'or, Senghor, lui, né dans les honneurs (« Les griots du Roi m'ont chanté la légende véridique de ma race aux sons des hautes kôras »[3]), se voit poursuivi par les honneurs.

C'est en tout cas ce qui ressort de l'explication qu'il donne lui-même de sa candidature à l'Académie française : « Jack Lang et François Mitterrand m'en ont parlé d'abord. ( ... ) Alain Peyrefitte, ensuite, a pris l'initiative de voir quatre autres académiciens (Jean Bernard, Alain Decaux, Claude Lévi-Strauss, René Huyghe). D'où la proposition de ma candidature. Je n'aurais pas été candidat de mon propre chef»[4].

Imhotep

imhotep imhotep2 

Pour soutenir nos efforts

Faites un don à l'institut Per aâ n Imhotep pour soutenir nos efforts.

Amount: 

devenir-membre-home