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“En 1236, les Africains avaient déjà une constitution “, Pr Kum’a Ndumbe III

Est-il si simple de rentrer étudier l'Afrique millénaire, l'Afrique précoloniale ?

L'Afrique est berceau de l'humanité. L'Afrique est berceau de la science. L'Afrique est berceau de la religion. Mais on a tellement effacé la mémoire des Africains que lorsque vous leur dites que qu'ils sont le berceau de la science, ils croient que vous êtes devenus fou. Ils ne se l'imaginent même pas. Lorsque vous leur dites qu'ils sont à l'origine de la religion et de la spiritualité, ils s'étonnent. Les Africains ne s'imaginent pas tant de vérités. Ils les ignorent. Ceci s'explique par le fait qu'on leur a tellement effacé la mémoire. Au niveau de la science aujourd'hui, il faut à présent que ces moments-là soient restitués. Les Africains doivent restituer leur mémoire effacée ou falsifiée. Que tout ce qui a été falsifié soient rectifié.

Existe-t-il encore le matériau pour pouvoir étudier cette histoire de l'Afrique ?

Il faut d'abord retourner à la langue. L'histoire de l'Afrique ne va pas s'écrire avec le français ou l'anglais, l'espagnol ou le portugais ou encore l'allemand. Parce que ces langues viennent d'arriver. Nous existons depuis, et nous avons exprimé l'humanité dans nos langues jusqu'aujourd'hui. Or, la génération actuelle ne dira plus qu'elle a une langue. Elle parle de dialecte, de patois. Et lorsqu'il s'agit du français, elle parle de langue.

L'on nous a tellement retourné le cerveau que nous ne sommes plus capable à présent de reconnaitre un texte scientifique rédigé autrement qu'en français ou en anglais. Mon problème est que c'est le trésor que nos ancêtres nous ont légué. Celui qui tient votre mental vous tient, il vous a touché. Cette interview est faite en français. Si je commence à parler en duala, ce ne sera plus pareil, parce que nous irons dans les profondeurs de l'analyse. Là nous sommes obligés de rester dans la superficialité.

« Et comment se soignaient les Africains avant l'arrivée des Européens. Et jusqu'aujourd'hui cette médecine existe mais on la marginalise. Car, il faut empêcher aux Africains de se faire de l'argent avec elle. »

A vous comprendre, l'intellectuel africain, le chercheur africain, l'historien africain doit se décoloniser lui-même ?

Il doit d'abord se remettre en cause, et remette en cause tout ce qu'il a appris. Et pour cela, il faudrait qu'il retourne à l'école. Vous qui avez par exemple étudié la science politique, est-ce que vous savez comment nos sociétés étaient gérées depuis des millénaires. Vous n'avez pas appris cela à l'école. L'on vous parlera de la constitution de la 5ème république. Vous allez même vous bagarrer dessus. Or vous ne savez même pas les systèmes politiques qui ont géré l'humanité pendant 190 000 ans.

L'Africain n'avait même pas de concurrent car, il y'avait pas une autre couleur de la peau sur la terre. Vous faites science politique, et vous ne savez rien de la dégringolade. Vous ne savez pas pourquoi depuis 7 siècles l'Afrique a dégringolé. Vous voulez apprendre les systèmes politiques des autres pour l'appliquer chez vous.

Cela se ressent dans tous les domaines de la vie. En médecine par exemple, est ce que l'on sait qui nous soignait avant que le Blanc n'apparaisse. Et comment se soignaient les Africains avant l'arrivée des Européens. Et jusqu'aujourd'hui cette médecine existe mais on la marginalise. Car, il faut empêcher aux Africains de se faire de l'argent avec elle. Il faut plutôt que chaque malade ici paye pour les services d'un Européen avec son laboratoire.

Vous avez parlé de la nécessité de retrouver nos langues, mais cela suffira-t-il ?

La langue vous permet d'exprimer votre pensée. Je ne dis pas que cela suffira mais c'est le moyen par lequel il faut passer.

Que faut-il d'autre au-delà des langues ? Où trouvera-t-on les vestiges de notre histoire de l'Afrique ?

Dans mon livre Les trésors des manuscrits de Tombouctou, vous avez les traités d'astrologie du 14ème siècle des Africains, vous avez des systèmes d'astronomie. Mais ils ne peuvent pas être déchiffrés car, ils ne sont écrits ni en anglais ni en français. Dans le même livre, j'ai publié un arrêt de la cour de 1909 en langue sidibi du Mali. On aurait cru que c'est un dessin alors que c'est un arrêt de la cour.

Les Africains devenus francophones ou anglophones, ne comprendront même pas qu'il s'agit de l'arrêt d'une cour africaine. En 1236, les Africains avaient déjà une constitution qui a été reconstituée par les savants de l'oralité. Or les Européens n'en avaient pas une seule. C'est pour cela que je dis que la langue est très importante.

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