• Font size:
  • Decrease
  • Reset
  • Increase

Michel Onfray: "Le système ne se laissera pas confisquer le pouvoir qu'il a réussi à voler au peuple"

01 février 2019

"Le populisme est", selon Michel Onfray, "la réponse des victimes malheureuses de la mondialisation dite 'heureuse' par les prétendus progressistes." ©BELGAIMAGE

Le philosophe dénonce "la violence libérale" et l'écologie des "bobos urbains". La colère populaire est légitime mais le "système" ne rendra pas le pouvoir au peuple. À l'heure où la France n'en finit plus de tenter de s'extraire de la crise des Gilets jaunes qui cristallise un profond mécontentement social, c'est un Michel Onfray combatif et particulièrement mordant qui monte au créneau pour dénoncer "la violence libérale" et l'écologie "des bobos urbains". Prenant la défense d'une colère populaire, selon lui, légitime, le philosophe normand, passé maître dans l'art de la polémique, stigmatise la confiscation du pouvoir par un système qui l'a volé au peuple.

Interview

par Simon Brunfaut

Comment définissez-vous le mouvement des gilets jaunes?

C'est le retour du refoulé de la violence libérale que l'État maastrichien impose aux populations les plus fragiles depuis le Traité de 1992. Ajoutons à cela le mépris de la parole populaire exprimée lors du référendum de 2005 car les acteurs de la démocratie représentative se sont empressés de jeter cette parole souveraine aux orties avec le Traité de Lisbonne de 2008. Ce mouvement demande de la démocratie directe contre la confiscation du pouvoir par le dispositif qui se dit représentatif. Il demande également du pouvoir d'achat afin de faire face à la cherté de la vie organisée par le capital. Il souhaite aussi de la dignité car on l'en prive depuis plus d'un quart de siècle. Il veut ce que la déclaration de droits de l'homme lui a promis: le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple et la décision de l'assiette, de l'étendue et des affectations de l'impôt.

Voyez-vous des similitudes avec d'autres mouvements sociaux à travers l'histoire?

Je relis ces temps-ci les pages des histoires de la Révolution française qui concernent ses prémices. C'est très intéressant. On y voit bien que ce sont de petites choses qui mettent en branle de grosses choses: le peuple ne fait pas la Révolution pour appliquer la république de Rousseau plutôt que celle de Montesquieu, mais pour du pain, du lait et du savon... L'enclenchement de la violence se fait avec le refus du Roi de répondre politiquement aux revendications et par la récupération de la parole populaire par les Jacobins, puis Robespierre. Nous ne savons pas vers quoi nous allons, mais la rigidité autiste du très jeune président de la république laisse craindre le pire.

L'indignation et la colère sont-elles des moteurs politiques suffisants?

Quoi d'autre sinon? L'Histoire a pour moteur essentiel les passions et non la raison. C'est ensuite, quand les historiens ou les philosophes l'écrivent, que l'Histoire donne l'impression d'obéir à des lois. En fait, elle obéit à des passions: colère et ressentiment, haine et envie, jalousie et convoitise. "L'homme est un animal frappeur" écrivait Schopenhauer. Il a raison, il ne faut jamais l'oublier...

Imhotep

imhotep imhotep2 

Pour soutenir nos efforts

Faites un don à l'institut Per aâ n Imhotep pour soutenir nos efforts.

Amount: 

devenir-membre-home