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L’imaginaire des Africains continue d’être colonisé par l’utopie occidentale au moyen des écrans

 Quel est le risque pour l'Africain ?

Le risque, c'est de réaliser ce que Guy Debord avait conceptualisé dans La Société du spectacle, ce que j'appelle aujourd'hui « la société des éblouissements ». Dans La Société du spectacle, Debord disait que la réalité s'éloigne dans la représentation, que nous vivons une dépossession de notre réalité. Dans la société des éblouissements, le réel ne s'éloigne pas mais s'incorpore, s'intériorise à travers les images-écrans que nous absorbons.

« Le monde occidental est une utopie transmise en Afrique par les écrans »

Quand cette société des éblouissements est-elle née ?

Je pense qu'elle a commencé au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec l'essai atomique américain sur l'île de Bikini. Un couturier français, Louis Réard, a décidé d'appeler son nouveau vêtement, très osé pour l'époque, le bikini, car il souhaitait produire le même effet d'éblouissement que la bombe nucléaire avait eu sur le public. D'un instrument de mort massive, il en a fait une métonymie sexuelle, de la fascination et de la séduction. « Bombe » au sens sexuel est ensuite entrée dans le langage courant.

Cette colonisation par éblouissement serait donc une forme de séduction ?

Oui, et il y a là quelque chose de troublant. Car la séduction et l'éblouissement ont été pensés de la même manière dans de nombreux mythes à travers la colonisation africaine. Je pense à cette légende urbaine du Congo belge, dans les années 1950 : le mythe d'une voiture dont les phares, éblouissant la nuit, transformaient les Congolais en cochons ; objet qui terrorisait et soumettait les colonisés. Il y a aussi la figure de Mami Wata, déesse vaudou de l'eau que l'on trouve notamment au Congo et au Bénin, à qui on vouait un culte. Le haut de son corps est celui d'une femme blanche, le bas est une queue de poisson ou de serpent. Lorsqu'on signe un pacte avec elle, il faut lui offrir une personne en sacrifice. Dans ces cultures africaines, elle renvoie au mythe de la puissance esclavagiste qui vous possède. Nicki Minaj est en quelque sorte la transfiguration contemporaine de ce mythe.

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