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Afrique du Sud : la France a joué un rôle central pour armer le régime de l'apartheid

  Trois ans plus tard, le 16 avril 1991, le compte rendu général d'enquête de la Brigade criminelle adressé à la juge Claudine Forkel s'apparente à un constat d'échec:

"Il apparaît que l'assassinat de Dulcie September a vraisemblablement été méticuleusement préparé et exécuté à 9h45 hors la présence de témoins. Les seuls indices matériels recueillis sur les lieux sont les étuis de cartouches de calibre 22 de marque Hirtenberger. Une empreinte a été relevée sur l'ascenseur et deux mégots de cigarette Marlboro ont été découverts dans l'escalier. Il n'est toutefois pas permis d'affirmer que cette trace et ces mégots ont un rapport avec le ou les assassins... Cette action s'inscrit, semble-t-il, dans une vaste entreprise d'élimination des responsables de l'ANC au niveau européen et fait suite a des attentats ou projets d'attentat contre les dirigeants de l'ANC à Londres et à Bruxelles." Le 17 juillet 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue. Affaire classée.

Apartheid est un mot afrikaans qui signifie "développement séparé". Si les lois racistes se sont mises progressivement en place à partir de 1913 en Afrique du Sud, la séparation matérielle des races deviendra une réalité concrète après la Seconde Guerre mondiale. Fille d'un directeur d'école, Dulcie September est ainsi contrainte, à l'adolescence, de quitter sa maison pour un quartier des Cape Flats, la township métisse du Cap, loin de la ville blanche. Une blessure intime qui signera la première ligne de son engagement politique.

Dulcie September entreprend une formation d'institutrice mais jamais elle n'enseignera. Le militantisme, la prison pendant cinq ans, puis les chemins de l'exil la mèneront d'abord à Lussaka en Zambie, puis à Londres et enfin à Paris au milieu des années 1980. Considérée comme une organisation terroriste jusqu'en 1981, l'ANC est autorisée à ouvrir un bureau à Paris par les socialistes. C'est d'ailleurs le PS qui paie le loyer de la représentation, d'abord rue Lafayette puis rue des Petites-Ecuries. Des mouvements de gauche et des associations prennent en charge les factures.

Le maire communiste d'Arcueil, Marcel Trigon, s'occupe du logement. Prof d'anglais et militante anti-apartheid de la première heure, Jacqueline Dérens (1) aide Dulcie à trouver ses marques en France. Elle évoque avec émotion cette "très belle femme, une grande métisse avec des yeux étonnants comme remplis de paillettes d'or: quand elle était furibarde, ça flashait!" Son amie française décrit encore "un bourreau de travail, une femme de terrain qui parcourait le pays inlassablement... A cette époque, en France, Mandela était considéré comme un terroriste et l'Afrique du Sud, un pays où finalement les Noirs étaient moins malheureux qu'ailleurs en Afrique. C'est grâce à Dulcie s'il y a eu chez nous une prise de conscience!" Cela a-t-il suffi à motiver son assassinat? Ses tueurs ont-ils bénéficié de complicités en France?

A Paris, l'heure est à la cohabitation. La première de la Ve République. Une campagne électorale permanente entre Mitterrand, à l'Elysée, Chirac, à Matignon et le duo Pasqua-Pandraud, à l'Intérieur. Selon Jacqueline Dérens, la Place Beauvau a refusé à Dulcie September la protection policière qu'elle demandait. La Sud-Africaine avait été agressée dans le métro. Elle se sentait suivie, épiée. A sa demande, elle avait même supplié le maire d'Arcueil de changer de logement, celui qu'on lui avait fourni se trouvait au-dessus d'une école... Il y avait pourtant eu tous ces précédents en Europe qui auraient dû interpeller les premiers flics de France.

En juillet 1987, en Grande-Bretagne, deux hommes munis de faux papiers du ministère de la Défense sont arrêtés et trouvés en possession de toutes les adresses personnelles des membres de l'ANC en exil. La Grande-Bretagne est, en mars 1982, le théâtre d'un attentat à l'explosif contre les locaux de l'ANC, puis d'un cambriolage en juillet. En Belgique, une tentative d'assassinat, deux coups de feu à travers une vitre, vise le représentant local de l'ANC en février 1988. Puis, deux jours avant l'assassinat de Paris, une tentative d'attentat a lieu contre le siège de l'ANC à Bruxelles... Le portrait-robot d'un suspect est établi. Il ressemble au visage d'un certain Joseph Klue, "attaché militaire" de l'ambassade sud-africaine à Londres expulsé du Royaume-Uni en 1982.

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