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Origine et évolution de l'humanité

 Il renouvellera cette proposition de prélèvement d'échantillon et de datation croisée entre les laboratoires du radiocarbone du Caire et de Dakar lors du colloque d'Egyptologie du Caire de 1974. Proposition qui restera sans suite immédiate. Toutefois, son idée a été en quelque sorte concrétisée, plusieurs années après, avec l'étude des niveaux de la mer à partir de datations d'échantillons géologiques. En effet dans le chapitre 5, "Légendes, histoires, niveaux de la mer", de son livre ''L'homme et le climat'' Jacques Labeyrie, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, écrit :

"Bien que ces documents écrits soient peu nombreux au début, limités à quelques empreintes de sceaux royaux, ils nous éclairent cependant sur les premiers temps de l'histoire de l'Egypte, un peu avant que ne débute la première dynastie. C'était alors l'époque nagadienne. Des rois se succédaient depuis longtemps déjà dans l'Egypte du Sud, que l'on appelle aussi haute Egypte, c'est-à-dire tout au long de la vallée du Nil située plus au sud que la position actuelle du Caire.

D'autres rois existaient aussi dans l'Egypte du Nord, c'est-à-dire la région constituée par le delta du Nil, mais ces rois du delta ne s'étaient pas installés depuis longtemps, tout au plus depuis deux ou trois siècles : nous savons maintenant que c'est parce qu'auparavant le delta était encore immergé. Le lien entre l'abaissement du niveau de la mer et le développement de la civilisation égyptienne est clair : il existe, en effet, comme nous allons le voir maintenant, une très bonne concordance entre les dates "Carbone 14" égyptiennes et celles de la sortie du Delta de la mer vers - 4700. On data ainsi une quantité de restes attribuables à l'activité humaine, dans le Delta, la vallée du Nil et aussi dans les régions qui entourent cette vallée. Cela a permis de savoir qu'à tel moment du passé l'homme occupait - ou n'occupait pas - ces lieux. Et de cette manière l'on a fait une constatation très curieuse.

Dans toute l'étendue du royaume du Sud, c'est-à-dire dans la haute vallée du Nil à partir du sud du Caire, ainsi que dans ses prolongements dans le Soudan actuel, on trouve des artefacts humains jusque bien au-delà de -20000 On trouve aussi de nombreux vestiges très anciens dans ce qui est aujourd'hui la Palestine et la Jordanie, ainsi que sur le territoire de la Libye. Bref, toute cette région du Proche-Orient s'est révélée, grâce au Carbone 14, très anciennement peuplée, dès le paléolithique supérieur. Toute la région, sauf le delta du Nil. Pour celui-ci, les dates Carbone 14 ne commencent en effet que vers - 4200, soit 3000 av. J.C. Mais à partir de ce moment, très vite, elles deviennent très nombreuses. Tout se passe en fait comme si l'implantation humaine n'avait eu lieu dans le Delta qu'à partir de cette date, alors que partout ailleurs, comme on vient de le dire, elle existait depuis longtemps."

Ces résultats montrent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l'abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens. Les résultats des fouilles archéologiques menées depuis plus de vingt cinq ans par l'archéologue américain Fred Wendorf et son équipe dans la vallée du Nil concluent au caractère autochtone et méridional du foyer de la civilisation égyptienne :

"L'accumulation des données recueillies depuis 1975 au Sahara oriental par notre équipe et depuis 1980 par une équipe de l'université de Cologne dirigée par Rudolph Kuper sur la frontière occidentale de l'Egypte, de Sioua jusqu'au plateau de Guilf Kebir, nous offre une vue bien différente de la vision traditionnelle".

A propos de ces fouilles, dans un article intitulé "Aux origines de la civilisation", l'égyptologue Jean Vercoutter écrit en effet que :

"D'autre part, les plus récentes recherches ont montré que, dès la fin du paléolithique supérieur, il y a quelque dix-sept mille cinq cents ans, l'orge était connue dans la vallée du Nil, en Haute-Egypte, et que sa culture s'y maintint jusqu'à ce qu'elle soit perfectionnée par les Egyptiens de l'âge prédynastique et l'Ancien Empire. Ainsi dispara"t l'un des arguments majeurs des tenants de l'origine orientale de la civilisation égyptienne. (...) Ainsi, l'Afrique source de civilisation émerge dans nos hypothèses. Certes, tout est encore nébuleux".

Fred Wendorf et ses collaborateurs indiquent que les bovins domestiques du Sahara oriental sont légèrement plus anciens que ceux d'Eurasie et que conséquemment :

"Il faut bien qu'ait existé en Afrique un foyer de domestication indépendant de ceux connus plus au nord". Ils pensent que les premiers essais de domestication des bovins en Afrique ont été effectués dans la vallée du Nil"

où le bovin sauvage était "couramment chassé" et ce vers 9000 av. J.C., avant l'occupation des premiers sites dans le désert au 8e millénaire, et à la faveur de l'installation d'une période pluvieuse. En 1996, Fred Wendorf fait le point sur des fouilles effectuées sur le site très ancien de Nabta Playa, en Basse Nubie, dans un article publié dans la revue ANKH : "Nabta Playa During the Early and Middle Holocene". Au vu de l'ensemble des résultats de la recherche archéologique, l'égyptologue Jean Leclant, en 1998, fait le constat suivant :

"Voici que l'Egypte la plus ancienne, si longtemps perçue dans un contexte asiatique par les égyptologues, se révèle, grâce aux travaux des préhistoriens, comme africaine."

L'observation d'une carte de géographie montre à l'évidence que l'Egypte fait partie du continent africain et l'archéologie confirme le caractère méridional autochtone de ses cultures néolithiques, de ses civilisations prédynastique et dynastique.

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