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L'histoire méconnue d'Henriette Lacks, femme Noire qui a révolutionné le monde médical

  Pourquoi les cellules d'Henrietta Lacks sont immortelles

Utilisées dans de nombreux laboratoires, les cellules de la jeune Noire américaine morte en 1951 d'un cancer livrent encore leurs secrets. Beaucoup de vaccins et de médicaments ont été testés, et des milliers d'essais thérapeutiques effectués, à partir des cellules prélevées sur Henrietta Lacks, une jeune femme noire américaine morte dans la misère en 1951, à l'âge de 31 ans, d'un cancer du col de l'utérus. Ce sont les cellules de ce cancer qui se sont avérées immortelles dans les cultures de laboratoire et qui ont permis d'évaluer nombre de produits de santé destinés à l'homme.

Il y a deux ans, Rebecca Skloot, une journaliste américaine, a écrit l'histoire d'Henrietta dans le sud des États-Unis encore rongé par le racisme dans les années 1940-1950, une histoire à la fois humaine et scientifique. Dans la foulée de son livre (La Vie immortelle d'Henrietta Lacks, Calmann-Lévy, 2010), l'auteur a créé la Fondation Henrietta Lacks, qui a pour objectif de subvenir aux frais scolaires et médicaux des descendants d'Henrietta qui vivent chichement, sans protection sociale, alors même que les industriels de la santé ont fait parfois fortune grâce aux cellules d'Henrietta.

La semaine dernière, il a encore une fois été question des cellules d'Henrietta Lacks. Une équipe américaine a commencé à comprendre pourquoi les cellules du cancer d'Henrietta sont devenues immortelles. Ils ont publié leurs conclusions dans la revue Nature datée du 7 août 2013. Par ailleurs, tout récemment, l'Institut national de la santé (NIH) a pris contact avec les membres de la famille d'Henrietta. Il a été décidé d'intégrer deux d'entre eux dans un comité scientifique et éthique qui validera les recherches génétiques conduites sur le génome de l'immortelle Henrietta Lacks.

De nouvelles cellules toutes les 24 heures

La jeune femme est morte en 1951 d'un cancer du col de l'utérus virulent, dans un service réservé aux pauvres et aux Noirs de l'hôpital Johns Hopkins, à Baltimore, dans le Maryland. Avant qu'elle ne décède, un chirurgien a prélevé des échantillons de sa tumeur et les a déposés dans une boîte de Petri. Les chercheurs tentaient depuis longtemps de maintenir en vie des cellules humaines en culture pour tester des remèdes et comprendre le fonctionnement humain. Mais les cellules séparées de leur corps d'origine finissaient toutes rapidement par mourir. Or, pour la première fois, celles d'Henrietta Lacks se sont tout de suite avérées différentes: une génération nouvelle de cellules apparaissait toutes les 24 heures. Depuis, elles n'ont jamais arrêté de se multiplier.

Les cellules HeLa - c'est sous ces deux syllabes que les scientifiques désignent ce matériel biologique - ont prospéré de manière fulgurante au point d'être, encore aujourd'hui, diffusées dans tous les laboratoires de la planète. Lorsque l'on tape «HeLa» sur un moteur de recherche scientifique, on découvre que 64.000 études récentes ont été faites à partir de ces cellules. Cela ne représente qu'une infime partie des cultures utilisées, la majorité des recherches n'étant pas publiées ni répertoriés, car trop anciennes pour apparaître sur Internet. Selon l'estimation d'un scientifique, si l'on pouvait empiler sur une balance toutes les cellules HeLa produites depuis le début de la mise en culture, elles pèseraient plus de 50 millions de tonnes.

Un potentiel de croissance extraordinaire

Pourquoi les cellules d'Henrietta Lacks ont-elles eu un tel potentiel de croissance? Pour la première fois, les chercheurs de l'université de Washington apportent un début d'explication. Le cancer du col de l'utérus est dû à un virus, le papillomavirus, transmis sexuellement et qui s'intègre au génome de la cellule qu'il infecte pour la transformer en cellule cancéreuse. Dans le cas précis de ce cancer, le gène cancérigène du virus ayant infecté Henrietta se serait inséré dans une cellule du col de l'utérus d'Henrietta à côté d'un gène cellulaire dit oncogène capable lui aussi de déclencher un cancer.

La proximité de ces deux gènes cancérigènes (celui du virus et celui d'Henrietta) les aurait conduits à se stimuler mutuellement et à potentialiser leurs effets, induisant ainsi une tumeur d'une grande capacité de croissance et de diffusion. «C'est une sorte d'orage complet qui a fait que tout allait mal en même temps, dans une même cellule. Le virus s'est inséré dans son génome de la manière la pire qui soit», explique Andrew Adey, un des auteurs de l'étude.

Un modèle cellulaire contesté

La publication, en mars dernier, du code génétique des célèbres cellules cancéreuses de Henrietta Lacks (HeLa) par des biologistes du Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) à Heidelberg a provoqué une violente polémique aux États-Unis. Les membres de la famille Lacks accusaient les chercheurs d'avoir publié des données qui relevaient des sphères «familiales et privées» sans leur accord. En 1951, les cellules cancéreuses avaient été prélevées sur la jeune malade américaine sans son consentement, ce qui serait aujourd'hui impossible avec les règles éthiques en vigueur.

Les descendants des cinq enfants de Henrietta Lacks craignaient en fait que ne soient rendues publiques des mutations génétiques dont ils auraient pu hériter. La crise n'a trouvé une issue que la semaine dernière, avec un accord passé entre les Instituts américains de la santé (NIH) et la famille Lacks. Ces derniers obtenant un droit de regard sur ce qui pourra ou non être publié à l'avenir. Mais, assez ironiquement, les chercheurs allemands qui ont décrypté le génome des cellules HeLa ont trouvé qu'elles contenaient beaucoup trop de mutations inhabituelles, et ne devraient plus servir de modèle universel des cellules cancéreuses.

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