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Venezuela : «La révolution a une dette envers les Noirs»

 Et le mouvement des cumbés ?

Ce sont à l'origine les lieux de liberté créés par les cimarrones. On les appelait palenques en Colombie, quilombos au Brésil. Aujourd'hui, un cumbé est une coopérative agroécologique qui cultive la terre sans fertilisant ni produit polluant, sans glyphosate ni semences transgéniques. On revient à la terre en raison de la crise alimentaire. Mais il y a longtemps que les campagnes ont cessé d'être les garde-mangers des villes. A cause du développement de l'industrie pétrolière, qui a attiré de nombreux paysans par de meilleurs salaires.Ces coopératives peuvent pourtant difficilement pallier la pénurie généralisée...Certes, mais pour dépasser le modèle rentier pétrolier, il faut partir d'un nouveau modèle économique, durable, qui ne dépende pas des énergies fossiles qui polluent la planète. Et ce nouveau modèle commence à l'échelle locale.

Les autorités du Venezuela sont-elles conscientes de ces enjeux ?

Absolument pas. Nous devons revenir à ce que nous avons fait il y a dix-huit ans : réalphabétiser le gouvernement. Le «rentisme» pétrolier a créé une tumeur dans le cerveau de nombreux dirigeants, persuadés que tout était possible à partir des cours élevés du baril.

Comment voyez-vous l'avenir politique du pays ?

Un secteur de l'opposition, allié à Donald Trump et aux puissances occidentales, a lancé un cycle de violence calculée. Il a obtenu des succès diplomatiques qui ont isolé le Venezuela. Mais une fois l'Assemblée constituante élue, le 30 juillet, la violence a quasiment cessé. Il reste les menaces des Etats-Unis, un blocus belliciste qui ne fait que renforcer la conscience du peuple vénézuélien. L'issue de la crise politique est dans le processus électoral, avec les élections locales et régionales en octobre et en fin d'année, puis la présidentielle fin 2018. La survie du cycle chaviste va dépendre des changements radicaux que doit impérativement mettre en place le gouvernement.

Etes-vous prêt à une défaite du chavisme ?

En politique, tout est possible. Mais si le processus bolivarien s'arrêtait, une lumière d'espoir s'éteindrait. Nous résistons depuis dix-huit ans, nous avons maintenu notre souveraineté vis-à-vis des Etats-Unis en respectant les règles de la démocratie bourgeoise, pas par la voie des armes. Le Venezuela est un phare qui éclaire les autres peuples, comme l'ont été Haïti au XVIIIe siècle, ou Cuba dans les années 60. Trois révolutions qui ont marqué l'histoire.

(1) Le caractère raciste de ces agressions est contesté par les milieux d'opposition.

(2) «Nègres marrons», esclaves échappés des plantations qui formaient des villages de femmes et d'hommes libres.

François-Xavier Gomez

Imhotep

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