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Venezuela : «La révolution a une dette envers les Noirs»

 Cette assemblée mise en place cet été peut-elle corriger ce déséquilibre ?

C'est ce que nous espérons. Le Mouvement afro-révolutionnaire, dont je suis membre, estime que la révolution bolivarienne a une dette politique et morale envers les Afro-descendants. Nous souhaitons que la prochaine Constitution, en cours d'élaboration, précise dans son préambule que les Afro-descendants sont un élément fondateur de l'identité vénézuélienne. Comme c'est le cas dans les constitutions de Colombie, d'Equateur ou du Brésil.

Les droits des Afro-Vénézuéliens ont-ils tout de même avancé pendant l'ère chaviste?

Jusqu'en 2011, notre reconnaissance par les politiques publiques a énormément progressé. L'héritage africain fait désormais partie de l'enseignement scolaire. Mais depuis quelques années, il y a une paralysie de nos avancées. La dernière loi promulguée par Chávez avant sa mort [en 2013] est celle contre la discrimination raciale. Or ce texte ne sanctionne pas de façon efficace le délit de discrimination. Nous souhaitons que l'ANC renforce la loi, dans l'esprit de ce que souhaitait faire Christiane Taubira en France. Vous savez que ces derniers mois, au Venezuela, deux Noirs ont été brûlés vifs lors de manifestations par la bourgeoisie (1). Etre noir et chaviste fait de vous un ennemi aux yeux de l'opposition raciste et fasciste. Les manifestations sont cependant motivées par les pénuries alimentaires dont souffrent les Noirs comme les Blancs...

D'où viennent ces pénuries ? Je prends l'exemple de la région de Barlovento, d'où je viens. Le gouvernement a créé des entreprises socialistes de production pour nos principales richesses agricoles, la banane et le cacao. C'est une initiative positive, mais leur fonctionnement pâtit des entraves bureaucratiques. Les denrées alimentaires manquent alors que nos communautés savent faire pousser des légumes et des fruits, et assurer leur propre subsistance. Nous sommes agriculteurs et pêcheurs. Face à la crise, il faut faire preuve d'imagination sans attendre l'assistance de l'Etat. Par exemple en créant des micro-entreprises qui échappent à la bureaucratie.

Et ça marche ?

Un groupe de femmes, les Cimarronas de la Esperanza, se sont mises à produire des produits d'entretien rares dans le commerce : chlore, détergent, désinfectant... Et même des produits cosmétiques, avec des crèmes pour la peau à base de cacao. En comptant sur nos propres forces sans attendre d'aide de l'extérieur, nous retrouvons l'esprit de nos ancêtres les cimarrones (2).

Imhotep

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