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Procès Gbagbo: les preuves d’un montage - MEDIAPART met à nu les secrets de la CPI

 Beaucoup de médias français ont ainsi collé à la version officielle tout au long de cette crise de 2010/2011. Ce n'était pas la première fois. Ils ont suivi cette ligne tout au long des années 2000, relayant:

« Il est impossible de passer la moindre ligne sur le "sursaut patriotique" qu'on peut observer dans la moitié sud du pays, cosmopolite et abritant plus de 75 % de la population », a écrit en octobre 2002 le journaliste franco-camerounais Théophile Kouamouo, alors basé à Abidjan, dans une lettre annonçant la fin de sa collaboration avec le quotidien Le Monde. Georges Peillon, porte-parole de septembre 2003 à janvier 2004 de Licorne, opération militaire française en Côte d'Ivoire, a été choqué par cette couverture partiale des événements.

À tel point qu'il a un jour téléphoné depuis Abidjan, et avec l'aval de sa hiérarchie, au rédacteur en chef de Radio France internationale (RFI, radio publique, très écoutée en Afrique francophone), à Paris, pour lui dire son « étonnement sur le ton et les informations que RFI diffusait, car c'était en général anti Gbagbo et traduisait des partis pris incompréhensibles ». « Vous balancez des trucs creux et faux ! », a- t-il reproché à son interlocuteur.

« C'était comme une réplique de la Françafrique, version journaliste. En cinq mois, j'ai vu plus de journalistes étrangers que de journalistes français. Mais à l'évidence, ils savaient tout depuis leur bureau... », explique à Mediapart l'ancien militaire.

La diffusion systématique d'informations dénigrant ou attaquant Laurent Gbagbo « nous mettait, nous militaires français, dans une situation très inconfortable, notamment vis-à-vis de la presse ivoirienne et des autorités ivoiriennes », précise Georges Peillon. Elle a aussi contribué à installer à Abidjan une atmosphère délétère, qui a été fatale à Jean Hélène, envoyé spécial de RFI, tué par un policier ivoirien en novembre 2003. C'est en tout cas ce que pensent Georges Peillon et au moins quatre ex- confrères du reporter interrogés par Mediapart :

« Jean essayait de faire son travail honnêtement, de manière équilibrée. Mais pendant ce temps, un petit groupe à RFI donnait constamment la parole aux rebelles depuis Paris, excitant les gens à Abidjan, y entretenant un climat épouvantable », rapporte l'un d'eux.

La plupart des médias ont aussi assuré, se conformant toujours à la version officielle, que le gouvernement français avait voulu avec les accords de Linas-Marcoussis signés en janvier 2003 «enclencher un processus de réconciliation » en Côte d'Ivoire, comme l'a par exemple écrit le quotidien Libération. Les faits montraient pourtant l'inverse : la France a œuvré, avec ces accords, à retirer à Laurent Gbagbo une bonne partie de ses pouvoirs présidentiels, tout en violant la Constitution Ivoirienne et en aggravant les tensions dans le pays.

L'influence particulière de la radio française RFI. Le bombardement de Bouaké qui a causé, le 6 novembre 2004, la mort de huit soldats français, a reçu le même traitement. Le président Français Jacques Chirac a accusé Laurent Gbagbo d'avoir délibérément fait tirer sur les militaires, rejetant les démentis de son homologue ivoirien.

http://investigaction.net/fr/ocampo-a-triche-quand-va-t-on-liberer-gbagbo/ 

Les jours suivants, l'opération Licorne a ouvert le feu sur des manifestants non armés à Abidjan, devant l'Hôtel Ivoire, tuant une soixantaine de personnes. Après avoir donné plusieurs explications différentes sur cette fusillade, la Ministre de la défense Michèle Alliot-Marie a invoqué un état de «légitime défense élargie » et « une manipulation énorme » de la part des Ivoiriens pour pousser les Français « à la faute ». En représailles au bombardement de Bouaké, l'armée française détruit l'aviation ivoirienne. Rares ont été les médias à relever les incohérence de son discours.
 

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