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Procès Gbagbo: les preuves d’un montage - MEDIAPART met à nu les secrets de la CPI

  LA CRISE EN CÔTE D'IVOIRE : Partie 1 – « .. Les médias français portent une lourde responsabilité dans les dix ans de crise » (Fanny Pigeaud / Médiapart)

En intégralité.

Partie 1

ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 10 JUIN 2017

Laurent Gbagbo reçoit le ministre français des affaires étrangères Dominique de Villepin à Abidjan, le 1er février 2004. Paris avait déjà lâché le président ivoirien. Arrêté en 2011, l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo est aujourd'hui jugé devant la Cour pénale internationale. Mais durant dix ans, la plupart des médias français ont épousé sans retenue la version officielle du gouvernement français et du camp de l'actuel président Alassane Ouattara.

Pourquoi un tel aveuglement ? Explications.

La France a joué un rôle important dans la crise politico-militaire qu'a vécue la Côte d'Ivoire de 2002 à 2011. La majorité des médias français a cependant masqué cette réalité, reprenant sans distance le discours officiel français sur le président de l'époque, Laurent Gbagbo, et son successeur Alassane Ouattara. Avec des conséquences importantes :

« Le traitement partisan de nombreux médias français a eu une incidence majeure : brouiller la réalité», estime Laurent Bigot, ancien sous-directeur chargé de l'Afrique de l'Ouest au Ministère Français des Affaires Étrangères. Peu d'acteurs l'admettent publiquement. Plusieurs journalistes interrogés par Médiapart ont d'ailleurs demandé à rester anonymes. Il faut dire qu'il flotte encore dans l'air un parfum de raison d'État. Pour bien comprendre, il faut remonter le fil de l'histoire En 2010 et 2011, la Côte d'Ivoire a vécu un grave conflit politico-militaire après une élection présidentielle ayant opposé le socialiste Laurent Gbagbo au libéral Alassane Ouattara.

Le Conseil constitutionnel ivoirien, dénonçant des fraudes, avait déclaré Laurent Gbagbo vainqueur, tandis que la Commission Électorale, le Représentant de l'ONU dans le pays et les grandes puissances, dont la France de Nicolas Sarkozy, assuraient que le scrutin avait été équitable et que Ouattara en était le vainqueur indiscutable. Quand Laurent Gbagbo reçoit le Ministre Français des Affaires Étrangères Dominique de Villepin à Abidjan, le 1er février 2004, Paris avait déjà lâché le président ivoirien. © Reuters

À l'époque, la plupart des médias français avaient épousé le récit officiel favorable à Ouattara, expliquant à l'instar de l'Agence France-Presse (AFP) que la crise était « née du refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite ». Ils ont passé sous silence les nombreuses et évidentes anomalies que présentait le processus électoral, dont une implication directe de l'ambassadeur de France à Abidjan. Les journalistes n'ont pas plus remis en cause le discours gouvernemental français affirmant que l'engagement militaire de Paris avait été faible au cours des mois suivants.

Seul Le Canard enchaîné a livré quelques détails sur le rôle majeur et illégal des forces françaises aux côtés des troupes levées par Alassane Ouattara, dans la guerre qui les a opposées à l'armée régulière de Côte d'Ivoire. Quelques voix politiques ont bien laissé entendre que les déclarations de Paris étaient contestables, mais les journalistes n'ont pas réagi.

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