• Font size:
  • Decrease
  • Reset
  • Increase

Articles

Les chansons coloniales et la marginalisation des Noirs par les images

La seconde période qui semble déterminante est celle de la Révolution. En effet, il se constitue une situation paradoxale avec l'émergence des idées de tolérance et de liberté. Parfois, les porteurs de ces idéaux semblent tellement sûrs « de la supériorité de leurs valeurs qu'ils servirent à leur corps défendant une politique expansionniste » [p. 19]. C'est à cette époque que s'enracinent les traditions de la France républicaine et laïque. L'auteur souligne d'ailleurs qu'il n'a rien trouvé à propos de l'abolition de l'esclavage en 1848. Le XIXe siècle se caractérise plutôt par l'apparition et le triomphe de Pierre-Jean de Béranger qui souvent se trouve « en plein coeur de l'actualité » [p. 32].

C'est en fait la conquête de l'Algérie qui permet de lancer la colonisation moderne, et avec elle la chanson expansionniste. Mais l'auteur a raison de faire remarquer que « l'opinion publique métropolitaine a été longtemps fort méfiante à l'égard du fait colonial » [p. 41]. On peut d'ailleurs le constater au travers diverses chansons au ton critique. Alain Ruscio décortique ensuite d'autres thématiques mises en avant par l'idéologie impérialiste. Le fameux « péril jaune » en est un exemple frappant. L'idée d'un déferlement de sauvages, qui viendraient grâce à leur nombre tout dévaster est omniprésent durant toute la seconde moitié du XIXe siècle et au début du siècle suivant. « L'Empereur d'Allemagne Guillaume II en est un des premiers propagateurs » [p. 95]. La difficile conquête du Tonkin va illustrer cette approche. La fameuse marche « La Tonkinoise reflète parfaitement la fierté nationaliste » des partisans de l'expansion [p. 104].

La Troisième République se lance à la conquête de l'Afrique noire et peut s'enorgueillir de victoires éclatantes. On découvre à cette occasion une version coloniale de l'hymne national, « La Marseillaise du Dahomey » [p. 118-119]. On remarque alors le basculement de l'opinion entre la conquête du Tonkin vers 1885 avec ses réticences et celle, une décennie plus tard en Afrique. Les chansons vantent maintenant les exploits de l'armée et traduisent la fierté de l'opinion publique face à ces brillants succès. Mais cela traduit également « l'immense méconnaissance des réalités d'outre-mer » [p. 116]. C'est aussi la période où l'on met en avant le héros, dont le commandant Marchand est l'une des figures les plus représentatives.

Gaston Chavanne chante « La Mission Marchand » en 1898, Emily enchaîne un an plus tard ; bref, Marchand devient un symbole, une sorte de héros populaire. Progressivement on assiste même à une sorte de consensus autour de la colonisation. La protestation est plutôt centrée sur les effets négatifs des expéditions coloniales pour la société française et non directement inspirée par un anticolonialisme de principe : « parlons plutôt de méfiance que d'hostilité » [p. 136]. « L'unanimité » s'impose d'abord parce que la conquête coloniale est présentée comme un acte de gloire pour la France et ses combattants, notamment les légionnaires (avec par exemple les textes de Pierre Mac Orlan, p. 168-170 et 176-178 ; ou encore le fameux texte de Raymond Asso, interprété par Edith Piaf, Suzy Solidor puis Serge Gainsbourg, « Mon légionnaire », p. 178-179) et les zouaves.

Imhotep

imhotep imhotep2 

Pour soutenir nos efforts

Faites un don à l'institut Per aâ n Imhotep pour soutenir nos efforts.

Amount: 

devenir-membre-home