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Les chansons coloniales et la marginalisation des Noirs par les images

 La chanson populaire en France au temps des colonies: de l'insouciance à la contestation

Dans l'empire colonial français, la chanson est aussi un vecteur clé pour assujetti les populations colonisées. Il faut rappeler à ce propos, qu'à partir de 1919, date de création de l'Agence Générale des Colonies, 80% des images des colonies diffusées en France jusqu'à la guerre d'Algérie, étaient contrôlées par les autorités françaises. En effet, la conquête, l'épopée, l'aventure, ont laissé de très nombreuses traces dans la chanson française. La plupart des chansons caricaturent, stigmatisent, le colonisé. Comme l'ont noté Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire au sujet des zoos humains:

"La preuve est là sous nos yeux: ils sont des sauvages, vivent comme des sauvages et pensent comme des sauvages" (Le Monde Diplomatique, Août 2000).

La colonisation a donc une "mission civilisatrice":

En Afrique y'a du progrès/Tout aussi bien qu'chez les Français (...) Des autos ont remplacé leurs vieux chameaux/On ne peut plus traverser le désert en semaine/Sans se planter dans une Citroën/Heureusement les bédouins sont intelligents/C'est pratique ils ont créé le sens unique/Y'a qu'une chose ils disent en parlant de leur auto/J'ai une 12 ou une 40 chameaux. (Chez les bédouins, Georgius, 1925)

Ailleurs, on célèbre l'entrée du "pinard", de l'industrie, de la TSF et de l'électricité dans la casbah. Seuls des sauvages pouvaient vivre sans, sous-entendent les auteurs des chansons. La caricature peut être poussée à l'extrême. La chanson en devient ouvertement raciste. Le Noir fascine par la couleur de sa peau. Qu'on l'appelle "nègre", "négro" ou "négrillon", son nom est souvent affublé d'un adjectif qui le rabaisse d'autant plus: par exemple "petit" ou "pauvre". La plupart des chansons le montrent en train de danser: il a le "rythme dans la peau". Dans Negro Rumba, il ne connaît pas les règles de la bienséance, et cet "extravagant" franchit les limites acceptables entre "lui" et "les Blancs".

Son audace prête à rire – le pauvre, il ne sait pas ce qu'il fait - rire qui tourne vite à la haine car, il finit par se faire "défoncer le citron" par les autres danseurs. Il faut de plus s'en méfier car on risque, à son contact, de devenir aussi sauvage que lui. Etre Noir, c'est une maladie contagieuse:

Si vous voulez vous marier en blanc/Méfiez-vous d'un noir extravagant/Car le noir enfin souvent ça déteint /Vaut mieux prendre un beau rouquin. (Negro Rumba, Nobald et ses Nobaldiens, 1932)

Imhotep

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