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Les chansons coloniales et la marginalisation des Noirs par les images

Les noms des personnages - lorsqu'on leur en donne un - sont eux aussi ridicules: leur orthographe est "exotique" mais à l'oreille ils ont un sens qui prête à rire et discrimine: Tchin Tchin Lou, Ki San Fou, Nénufar, Butterfly-tox, Boudoubadabouh, Mélaoli, Sidi Kouchtoila. Ces noms laissent entendre que l'Autre est paresseux, oisif et obsédé sexuel. On se moque de son accent, on imite approximativement sa façon de parler, on s'approprie son vocabulaire, on exagère ses fautes de français. Les titres des chansons, à fausses consonnances africaines, antillaises ou asiatiques, laissent entrevoir tout un monde étrange et inconnu - L'Inch'Allah, Arrouah Sidi, Prière à Zumba, Mayoumba, Mossieur Bamako etc. Nous abordons là notre deuxième thème, celui de l'exotisme. La vraie vie est ailleurs, de nouveaux horizons s'ouvrent. Sur les affiches publicitaires se multiplient les images de bateaux voguant vers des terres paradisiaques, ensorceleuses, envoûtantes.

Tout y est luxe, calme et volupté, mais à quel prix? On rêve aux nuits d'Outremer, à ces pays qu'il est si dur de quitter... et où il est si tentant de rester...Nuit coloniale/Nuit d'étranges voluptés/Où les cymbales/Rythment des refrains sacrés/Vos lunes pâles/M'ont pris mon coeur pour toujours/Nuit coloniale/Nuit de rêve, nuit d'amour. (Nuits d'Outremer, Gelnard, 1932)

Les villes d'Afrique du Nord sont représentées par une casbah, des rues étroites, des moucharabiehs, des toits en forme de dôme. L'Afrique Noire par une jungle, entre Jean-Jacques Rousseau et le Douanier Rousseau ou à la Hergé: un fleuve, deux trois cases ou cabanes en bambou. Quelques statuettes étranges, fétiches aux allures maléfiques, suffisent à transmettre l'idée des conditions primitives dans lesquelles vivent les indigènes et leurs coutumes étranges. Quant à l'Asie, un méli-mélo de maisons en papier, de grande muraille, de pagodes, de mandarins à longues moustaches et de coolies serviles en donne une idée stéréotypée. Un grand nombre de chansons exaltent le prestige de l'armée française conquérante. Les militaires poussent eux-mêmes la chansonnette guerrière qui vante leur vaillance et leur courage: "Quand il s'agit d'aller mourir/On y va sans frémir" entend-on dans Le Fanion de la Coloniale. (Chant des Troupes De Marine)

Dans entre autres Le Chant des Tabors, Les Africains, la Marche des Tirailleurs, Debout les Zouaves, Chant des coloniaux, les soldats chantent l'amour de leur patrie, "la France jolie" comme ils disent, qu'ils défendront becs et ongles jusqu'à la mort.

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