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Ce que l’Occident ne veut pas que vous sachiez sur l’Érythrée

En effet, dans les années 50, le dirigeant Nikita Khrouchtchev développa une nouvelle théorie particulière sur la manière dont l'Union soviétique devait soutenir les révolutions socialistes en Afrique : les pays africains n'avaient pas besoin d'un parti d'avant-garde pour guider leur révolution, l'Union soviétique serait leur parti d'avant-garde ! Khrouchtchev entendait donc transposer le modèle de révolution russe aux pays africains sans vraiment tenir compte de leurs spécificités. On pourrait dire les choses autrement : les Soviétiques avait créé une chaussure à leur pied et ils pensaient que cette chaussure irait à tout le monde ; et si votre pied était trop grand, alors il suffisait de couper un orteil pour qu'il s'adapte ! La théorie de Khrouchtchev était aussi ridicule que cela. Ca explique pourquoi l'Union soviétique n'avait pas une bonne vision de ce qui se passait dans la Corne de l'Afrique et soutenait l'Ethiopie. C'était une grave erreur.

Quel fut l'impact sur la résistance en Erythrée ?

Jusque-là, les combattants érythréens avaient obtenu des succès notoires. La population soutenait la résistance. Beaucoup rejoignaient les rangs des combattants, notamment parce que l'armée éthiopienne s'en prenait régulièrement à la population : villages incendiés, civils massacrés... Plutôt que d'effrayer les Erythréens, ces représailles confortaient l'idée que la cohabitation avec l'Ethiopie n'était pas possible et que la lutte pour l'indépendance était indispensable. En 1975 par exemple, de nombreux jeunes rejoignirent le FPLE après l'exécution de 56 étudiants érythréens.

De plus, la stratégie développée par les résistants était devenue très sophistiquée. Un exemple : l'Erythrée n'avait pratiquement aucun soutien et luttait seule contre tous, ce qui posait un problème pour l'approvisionnement en armes. A défaut d'allié, le FPLE fit de son ennemi son principal soutien ! Les combattants menaient des attaques de guérilla contre les soldats éthiopiens et à chaque victoire remportée, ils récupéraient les armes de leurs ennemis. Au fil des années, la résistance allait ainsi devenir beaucoup mieux équipée, disposant même d'une artillerie lourde. Imaginez : les soldats éthiopiens luttaient contre leur propre tanks ! Grâce à cette technique, le FPLE passa du statut d'armée de guérilla à celui d'armée mécanisée.

Mais il n'avait pas prévu que l'Union soviétique viendrait à la rescousse du Derg en 1977 !

Ce fut une période difficile : la marine de l'armée rouge pilonna les positions du FPLE le long des côtes, Moscou envoya trois mille conseillers militaires et un pont aérien vers Addis Abeba déversait quantité d'armes. On estime que l'armée éthiopienne a reçu à l'époque 1.000 tanks, 1.500 véhicules blindés ainsi que 90 avions de chasse et hélicoptères de combat. Fort du soutien soviétique, Mengistu lança en février 1982 une offensive d'envergure contre l'Erythrée : la campagne " Etoile Rouge " avec ses 150.000 hommes, la plus grande bataille que l'Afrique connut depuis la Seconde Guerre mondiale.

Malgré tout cela, Mengistu n'est pas venu à bout du FPLE...

Ca a quand-même été la période la plus dure de toute la lutte pour l'indépendance. Le FPLE a dû abandonner des positions qu'il avait conquises pour opérer un repli stratégique. Par ailleurs, Mengistu avait obtenu du Soudan qu'il ferme complètement sa frontière avec l'Erythrée : pendant des semaines, plus de pétrole, de nourriture ni les autres fournitures qui étaient habituellement envoyées depuis le Soudan. Plus de possibilités non plus pour les réfugiés de rejoindre des camps derrière la frontière. Malgré tout, l'armée éthiopienne ne parvint pas à éliminer le FPLE. Il faut dire que ce mouvement était très bien organisé. Certes, les soldats éthiopiens étaient plus nombreux et mieux équipés. Mais ils ne faisaient qu'obéir aux ordres d'un dictateur. De leur côté, les combattants du FPLE étaient mieux entraînés et leur motivation était plus grande.

Finalement, la campagne " Etoile Rouge " marqua un tournant dans ce long combat pour l'indépendance : c'était la dernière fois que le gouvernement éthiopien menaçait réellement la résistance. Quand l'offensive prit fin après des mois de combat, le FPLE commença à récupérer les positions qu'il avait dû abandonner. Quelques années plus tard, l'Union soviétique, au bord de l'effondrement, annonça à Mengistu qu'elle cesserait de lui fournir des armes. Le gouvernement éthiopien commençait à vaciller. Il devait non seulement affronter la résistance érythréenne, mais aussi d'autres groupes nationalistes qui s'étaient formés ailleurs en Ethiopie.

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