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Ce que l’Occident ne veut pas que vous sachiez sur l’Érythrée

L'Europe aussi soutenait l'Ethiopie, en lui fournissant des armes. Mais le gouvernement éthiopien était surtout le principal bénéficiaire de l'aide européenne destinée à l'Afrique. Enfin, l'empereur Sélassié avait une présence très forte sur le continent africain, ce qui ne jouait pas en faveur des Erythréens. Je vous ai expliqué comment les Etats-Unis ont fait pression pour que l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) soit installée en Ethiopie. Dans les années 60, pour éviter que des guerres civiles n'éclatent partout sur le continent, cette organisation a décrété que les frontières héritées du colonialisme n'étaient pas discutables. Bien évidemment, cette décision n'a pas été appliquée au cas de l'Erythrée. Les revendications de l'Ethiopie sur ce territoire n'avaient pourtant aucune légitimité. C'était comme si l'Italie revendiquait la France sous prétexte que la Gaule avait fait partie de l'empire romain ! Mais Sélassié avait tout l'Occident derrière lui et son influence en Afrique était telle que l'OUA ferma les yeux.

En 1974, après 44 ans de règne, l'Empereur Sélassié est finalement renversé par une révolution socialiste. Mais le nouveau gouvernement éthiopien n'accorde pas son indépendance à l'Erythrée. Pourquoi ?

La révolution éthiopienne était le fruit d'une alliance entre des civils aux idées progressistes et des militaires. Mais très vite, des divisions sont apparues dans ce mouvement. En effet, lorsque les soldats ont pris le pouvoir, les étudiants et les intellectuels révolutionnaires ont rapidement demandé que l'armée opère une transition vers un gouvernement civil. Par ailleurs, ils soutenaient le droit à l'indépendance de l'Erythrée. Mais la junte militaire au pouvoir, appelée Derg, restait très chauvine : pas question d'abandonner le territoire érythréen. De plus, les soldats n'entendaient pas laisser le pouvoir aux civils. L'armée lança donc une campagne d'arrestation et d'assassinats qui, selon Amnesty International, fit plus de dix mille morts, principalement des intellectuels et des étudiants. La révolution éthiopienne fut ainsi purgée de ses éléments les plus progressistes et les militaires prirent définitivement le pouvoir.

A la tête du Derg, il y avait le lieutenant colonel Mengistu Haile Mariam. Il venait d'un milieu modeste, son père était soldat et sa mère servante. Au pouvoir jusqu'en 1991, Mengistu imposa un régime totalitaire et entreprit la militarisation du pays. Bien évidemment, il ne voulait pas entendre parler d'une quelconque autonomie pour l'Erythrée et réprima sévèrement la résistance. Finalement, avec cette révolution, l'Ethiopie passa d'une dictature à une autre. Et en pleine guerre froide, ce pays qui jusque-là avait été un allié stratégique des Etats-Unis, bascula dans le giron soviétique. Moscou apporta alors un soutien militaire très important à Mengistu dans sa répression de la résistance érythréenne.

Vingt ans plus tôt, l'Union soviétique était pourtant favorable à l'indépendance de l'Erythrée. Comment expliquez-vous ce changement ?

Tout d'abord, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Moscou soutenait l'indépendance de l'Erythrée car l'annexion de ce pays par l'Ethiopie faisait l'affaire des Etats-Unis. Evidemment, lorsque l'Ethiopie devint un allié de l'Union soviétique, Moscou vit les choses différemment. De plus, les Soviétiques avaient une meilleure connaissance du monde et de la Corne de l'Afrique au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. A l'époque, ils savaient qu'en tant qu'ancienne colonie, l'Erythrée avait des revendications légitimes. Mais par la suite, la politique étrangère de Moscou changea et devint stupide. Sa vision du monde était étriquée.

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