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Ce que l’Occident ne veut pas que vous sachiez sur l’Érythrée

 Deuxième Partie

La Corne de l'Afrique est une des régions les plus meurtries du continent : guerres incessantes, famine, pauvreté... Des images que tout le monde connaît. Mais peu de gens savent que l'Erythrée estime possible de sortir de ce cercle infernal, de résoudre les conflits par le dialogue et d'atteindre un important niveau de développement. On pourrait s'en réjouir. Pourtant, aux yeux de la communauté internationale, l'Erythrée est un Etat paria, mis au banc des accusés du Conseil de Sécurité de l'ONU ! En quoi ce pays, dont personne ne parle, menace-t-il les puissances occidentales ? Dans ce nouveau chapitre de notre série " Comprendre le monde musulman ", Mohamed Hassan dévoile tout ce que nous ne devrions pas savoir sur l'Erythrée. |

Interview réalisée par: Grégoire Lalieu & Michel Collon

Comment l'Ethiopie est-elle devenue un allié privilégié des Etats-Unis ?

Dans les années 40, les Etats-Unis voulaient affaiblir leurs concurrents européens et ont commencé à s'intéresser à l'Afrique. Mais les Français et les Britanniques possédaient déjà de nombreuses colonies sur ce continent. L'Ethiopie, par contre, n'avait pas été colonisée. Pour Washington, elle était donc la porte par laquelle elle allait pouvoir s'immiscer en Afrique pour asseoir son influence et concurrencer les puissances coloniales. L'Ethiopie féodale allait ainsi devenir une marionnette des Etats-Unis, participant à des guerres au Congo, en Corée... Ensuite, lorsque la plupart des pays africains sont devenus indépendants dans les années 50 et 60, Washington a fait pression pour que l'Organisation de l'Unité Africaine nouvellement créée soit basée en Ethiopie. Cela allait permettre aux Etats-Unis d'exercer un contrôle sur tout le continent. Comme pour le Chah d'Iran ou Israël au Moyen-Orient, l'Ethiopie était donc un gendarme US en Afrique, mais un gendarme arriéré.

Après avoir épuisé les moyens diplomatiques auprès de la communauté internationale et organisé des manifestations pacifistes, l'Erythrée va mener une lutte armée.

Oui, d'abord menée par le Front de Libération de l'Erythrée (FLE). Le FLE rassemblait divers groupes nationalistes qui voulaient l'indépendance. Sur le plan politique, ce mouvement était dominé par des intérêts bourgeois et son analyse socio-économique était faible. Sur le plan militaire, le FLE transposa le modèle de résistance algérien, un système où les groupes armés étaient divisés par région. C'était une grossière erreur tactique.

D'abord, parce que la plupart du temps, les unités réparties sur les différentes régions ne parlaient pas la même langue. Ainsi, pendant que vous combattez pour l'indépendance d'un Etat, vous contribuez également à créer des divisions qui un jour menaceront cet Etat ! De plus, cette scission de la résistance en groupes autonomes provoquait des problèmes de coordination que l'ennemi pouvait exploiter. Par exemple, quand un groupe d'une région était attaqué, ses voisins ne lui venaient pas en aide. Pour l'armée éthiopienne, il était donc beaucoup plus facile de combattre séparément des groupes isolés les uns des autres.

Le manque de vision politique du FLE, sa stratégie militaire et ses divisions internes entrainèrent le déclin du mouvement. Mais dans les années 70, des musulmans et des chrétiens progressistes membres du FLE décidèrent de fonder leur propre groupe. Le Front de Libération du Peuple d'Erythrée (FLPE) était né. D'inspiration marxiste, ce mouvement avait tiré les leçons de son prédécesseur. Le FPLE savait qu'il était nécessaire de mobiliser toute la population ensemble plutôt que de créer des divisions. Il avait également une vision politique beaucoup plus pointue reposant sur une analyse pertinente de la société érythréenne. Plus qu'une lutte armée, le FPLE a donc amorcé une véritable révolution : émancipation des femmes, organisation de conseils démocratiques dans les villages, réforme agraire, éducation... Tout cela a permis de mobiliser le peuple érythréen derrière les combattants du FPLE. C'était absolument nécessaire pour que l'Erythrée gagne son indépendance.

Pourtant, le combat semblait perdu d'avance. L'Ethiopie était soutenue de toutes parts et l'Erythrée luttait pratiquement seule contre tous.

En effet. L'Ethiopie était soutenue par les Etats-Unis, mais aussi par Israël qui voulait nouer des alliances avec des pays non arabes dans la région. D'ailleurs, durant la tentative de coup d'Etat contre Sélassié en 1960, ce fût grâce à Israël que l'empereur, en voyage au Brésil, put établir rapidement un contact avec un général et faire capoter la rébellion. Ensuite, l'Ethiopie présenta la résistance érythréenne comme une menace arabe pour la région et put compter là encore sur le soutien de l'Etat hébreu. Des spécialistes israéliens de la contre-révolution entraînèrent une force d'élite éthiopienne d'environ cinq mille hommes connue sous le nom de " Brigade Flamme ".

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