• Font size:
  • Decrease
  • Reset
  • Increase

Ce que l’Occident ne veut pas que vous sachiez sur l’Érythrée

Parmi ces groupes, le Front de Libération des Peuples du Tigré (FLPT) combattit avec les Erythréens. Au départ, ce mouvement voulait l'indépendance pour les habitants de la région du Tigré. Mais le FPLE savait combien il pouvait être dangereux d'opérer des divisions selon les nationalités et conseilla : " Vous êtes Ethiopiens avant tout ; c'est en tant qu'Ethiopiens que vous devez vous battre et encourager tous vos compatriotes à renverser la dictature militaire ". Ce qui arriva en 1991 : le Derg tomba, Mengistu s'enfuit et après trente ans de combat, l'Erythrée devint indépendante.

Après tous ces changements, comment évoluèrent les relations entre l'Ethiopie et l'Erythrée ?

L'Ethiopie est un pays composé de différentes ethnies. Que ce soit avec Menelik II, Sélassié ou Mengistu, le régime au pouvoir n'a jamais représenté la diversité du peuple éthiopien. Le pays a toujours été dirigé par des minorités qui agissaient dans leurs propres intérêts, créant des inégalités très fortes au sein de la population. Lorsqu'un nouveau gouvernement éthiopien a pris le pouvoir en 1991, tout le monde pensait que les choses allaient changer.

Moi-même, j'ai accepté de travailler comme diplomate pour ce gouvernement. L'Erythrée aussi avait beaucoup d'espoir. En devenant indépendante, elle avait privé l'Ethiopie d'un accès à la Mer Rouge. Mais le président érythréen, Isaias Afwerki, proposa de créer une zone de libre-échange entre les deux pays. De la sorte, les Ethiopiens pouvaient disposer des ports d'Erythrée avec une grande facilité. Les bases d'une coopération entre les pays de la Corne de l'Afrique étaient posées et il semblait que la paix allait revenir pour de bon.

Mais vous avez vite déchanté ?

Depuis 1991, Meles Zenawi, leader du mouvement Tigré, dirige l'Ethiopie. Et il n'a pas de vision politique. Il a perpétué la tradition, gouvernant pour ses propres intérêts et ceux de son entourage sans tenir compte de la diversité ethnique du pays. De plus, plutôt que de chercher à adapter les institutions héritées de Mengistu, le nouveau gouvernement les a tout simplement détruites. Par exemple, il a démobilisé l'armée du Derg plutôt que d'ouvrir un dialogue démocratique afin de voir comment les choses pouvaient évoluer. Beaucoup d'officiers qui avaient passé leur vie dans l'armée se sont ainsi retrouvés sans travail. Le nouveau gouvernement a tout bonnement détruit le corps de l'Etat éthiopien. Evidemment, en voyant cela, l'ambassadeur US était aux anges : l'Ethiopie était à nouveau à la merci des intérêts impérialistes.

Troisième Partie

Toute la Corne de l'Afrique est occupée par les puissances néocoloniales. Toute ? Non ! Un pays peuplé d'irréductibles révolutionnaires résiste encore et toujours à l'envahisseur. Dans cette troisième et dernière partie de notre chapitre consacré à l'Erythrée, Mohamed Hassan nous dévoile la recette de la révolution érythréenne. Un pays africain peut-il se développer en laissant les multinationales à sa porte ? Pourquoi les relations restent-elles tendues entre l'Erythrée et son voisin éthiopien ? Le président Isaias Afwerki est-il un héros de la révolution ou un dictateur qui censure les médias ?

Toutes les réponses dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman ». |Interview réalisée par : Grégoire Lalieu & Michel Collon.

Après trente années de lutte, l'Erythrée devient indépendante et le Front de Libération du Peuple d'Erythrée (FPLE) monte au pouvoir en 1993. Comment le FPLE va-t-il assumer la transition entre la résistance armée et la gouvernance politique ?

Dès le départ, le FPLE ne s'est pas contenté de mener une lutte armée contre l'occupant éthiopien mais a développé un véritable projet politique : réforme agraire, émancipation des femmes, instauration de conseils démocratiques dans les villages... Dans toutes les zones qu'il contrôlait, le FPLE mettait en place des structures pour subvenir aux besoins élémentaires en matière de santé, d'éducation ou de nourriture. Lorsque l'Erythrée est devenue indépendante, le FPLE a continué à mener le projet politique initié durant la lutte pour l'indépendance. Avec une philosophie bien particulière : « Nous n'avons pas besoin de l'Occident pour nous développer ».

Imhotep

imhotep imhotep2 

Pour soutenir nos efforts

Faites un don à l'institut Per aâ n Imhotep pour soutenir nos efforts.

Amount: 

devenir-membre-home