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Le peuple camerounais pris dans le double étau de la mondialisation de la violence par les armes

Il faut mettre à jour les structures politiques et militaires secrètes de l'adversaire (les «hiérarchies parallèles») et éliminer leurs membres. Cela suppose d'accorder une attention toute particulière à l'obtention de renseignements, particulièrement par le moyen de la torture. Cela suppose aussi de procéder à son propre quadrillage administratif de la population, et de recourir à des auxiliaires autochtones, organisés en milices paramilitaires. Si l'emprise de l'organisation ennemie sur les civils s'est malgré tout développée, il faut lui disputer par tous les moyens le contrôle des populations.

Lacheroy recommande pour cela de se ''mettre à l'école de l'ennemi'', et d'user d'une coercition et d'une propagande de force supérieure : ''une action psychologique puissante et bien menée''. Pour la mettre en œuvre, il réclame la mise en place à tous les échelons militaires d'un spécialiste de l'action psychologique, responsable de la ''conquête des cœurs et des esprits''. Lacheroy se réfère notamment à Serguei Tchakhotine, disciple de Pavlov et auteur du livre Le Viol des masses par la propagande politique. Cet ouvrage proposait avant-guerre de contrer le nazisme, mais par un nouveau conditionnement du peuple allemand, par une contre-propagande s'appuyant sur des techniques de type publicitaire.

Le recours à une violence hors norme pour ce genre de guerre est clairement exposé : ''On ne fait pas une guerre révolutionnaire avec le Code Napoléon'' affirme Hogard, tandis que Lacheroy prévient que si la guerre de libération atteint son dernier stade, ''il n'y a peut-être pas besoin d'un général, ni d'un préfet, il vaut mieux un boucher. Dieu merci, on n'en est pas toujours là, on n'en n'est pas là partout''. On en sera bientôt « là » en Algérie, et les bouchers feront leur œuvre

Les théoriciens de la guerre contre-insurrectionnelle obtiennent rapidement une audience considérable, au point que leur courant de pensée devient en quelques années hégémonique au sein de l'institution militaire. Lacheroy, qui a commencé en Indochine à diffuser ses conceptions, est rappelé à Paris début 1953 pour prendre la tête du Centre des études africaines et asiatiques (CEAA) où il forme les nombreux officiers qui partent pour la guerre.
 

(...) La doctrine est aussi « diffusée très officiellement en Algérie au Centre d'entraînement à la guerre subversive, qu'on surnommait "l'école Bigeardville", ouvert le 10 mai 1958 dans le hameau de Jeanne-d'Arc, près de Philippeville. » C'est en effet l'Algérie qui va servir de premier laboratoire à l'expérimentation de la nouvelle doctrine de l'armée française. » (Raphaël Granvaud. De l'armée coloniale à l'armée néocoloniale (1830-1990). Éditions Agone, Paris, octobre 2009. pp.26-27)
 

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