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Les USA et la Russie s’allient en Syrie

Juriste de formation, mais diplomate de carrière, Brett McGurk a servi le président George W. Bush Jr. en Irak à partir de 2004. Il a fait partie de l'équipe qui, autour de John Negroponte et du général David Petraeus, décida de détourner la colère des Irakiens contre l'armée d'occupation en provoquant des affrontements sectaires entre sunnites et chiites. À ce titre, il fut impliqué dans la création de l'« Émirat islamique en Irak », futur Daesh.

Puis, il négocia les conditions du retrait des troupes d'occupation. Nommé par le président Barack Obama ambassadeur à Bagdad, en 2012, il ne fut pas confirmé par le Sénat qui lui reprocha une liaison extra-maritale avec une journaliste du Wall Street Journal. À défaut, il devint donc assistant de l'envoyé spécial de la Maison-Blanche auprès de la Coalition internationale anti-Daesh, le général John Allen.

Il put constater lui-même qu'en l'absence de directives claires, son patron non seulement ne combattit pas l'organisation terroriste, mais au contraire la soutint jusqu'à l'arrivée des Russes et à sa démission. Désormais en charge des opérations, Brett McGurk prépare l'éradication du Califat hors de Syrie —mais pas complètement d'Irak—. Pour ce faire, il disposera d'un budget militaire double par rapport à celui de son prédécesseur et s'appuiera à la fois sur l'Armée arabe syrienne et sur les troupes kurdes de Syrie.

L'accord entre la Maison-Blanche et le Kremlin
 

La Maison-Blanche et le Kremlin sont tombés d'accord pour reconnaître que la chute éventuelle de la République arabe syrienne plongerait l'ensemble de la région, Israël compris, dans le chaos. De fait, ce qui était l'objectif initial de George W. Bush et d'Ariel Sharon est aujourd'hui redouté par Barack Obama et Tsahal.
 

Il semble que la Maison-Blanche ait renoncé à démembrer la Syrie et soit convenue avec le Kremlin d'empêcher le projet franco-britannique de création d'un pseudo-Kurdistan au Nord-Est du pays. Du point de vue US, il n'est pas question de laisser Paris et Londres redevenir des puissances coloniales au Proche-Orient, même si cet argument avait été utilisé pour les appâter et les impliquer dans l'opération « Printemps arabe ».

En définitive, la Maison-Blanche et le Kremlin ont utilisé Genève 3 pour laisser l'opposition sponsorisée par l'Arabie saoudite se discréditer. Celle-ci a en effet successivement refusé de négocier, puis a posé des conditions préalables et a finalement refusé unilatéralement de laisser circuler l'aide humanitaire, alors que Damas l'avait acceptée.
 

La convocation du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), les 11 et 12 février 2016 à Munich, a permis à la Maison-Blanche de reprendre la main sur « ses » opposants, et principalement sur Jeffrey Feltman, le patron politique de l'Onu. À défaut de pouvoir le révoquer, le président Obama l'a relégué à sa place de haut-fonctionnaire international en poussant John Kerry et Sergeï Lavrov à annoncer qu'ils superviseraient ensemble la suite des négociations. Si ce point était confirmé dans les faits, les comploteurs perdraient leur avantage diplomatique après avoir perdu leur supériorité militaire.
 

La réunion de Munich 

Le GISS est convenu de l'application du « Communiqué de Genève » (c'est-à-dire du plan du président Bachar el-Assad complété par Kofi Annan), selon les modalités de la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Bien que la France n'ait pas précisé si elle maintenait ou non ses réserves sur le « Communiqué de Genève » —qu'elle interprète au contraire et seule comme une capitulation de la République arabe syrienne—, elle a adopté la déclaration finale de la réunion de Munich.
 

Celle-ci prévoit l'application sous une semaine de la libre-circulation de l'aide humanitaire —que seule l'« opposition » avait refusée— et d'une « cessation des hostilités », préalable à un « cessez-le-feu ». Pour chacun de ces deux objectifs, une Force opérationnelle est créée sous coprésidence états-uno-russe et avec la participation des États aptes à faire pression sur les belligérants.
 

Concernant l'aide humanitaire, le GISS est convenu qu'elle serait acheminée d'ici une semaine, par largage aérien ou par voie terrestre à sept localités nommément désignées. La déclaration finale précise que « l'accès humanitaire ne devrait pas bénéficier à un groupe particulier au détriment des autres, mais doit être accordé par toutes les parties à toutes les personnes dans le besoin, en pleine conformité avec la résolution 2254 et le droit international humanitaire » (...).

En outre, les États-Unis et la Russie « feront en sorte que les convois d'aide soient utilisés uniquement à des fins humanitaires ». On sait en effet, que depuis juillet 2012, Jeffrey Feltman utilise les convois de l'Onu pour ravitailler non seulement en vivres et en médicaments les « zones rebelles », mais aussi en armes.
 

Imhotep

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