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Boko Haram : le nouveau piège de la mondialisation! (2)

 Gaz et Pétrole: Comment la France a Mené une Guerre Contre la Libye pour du Pétrole

5. La guerre contre Boko Haram et l’enfumage du peuple

Voici les raisons pour lesquelles le fait, pour les « États berlinois » de la postcolonie, de déclarer la guerre à Boko Haram (CIA, Qatar), relève de l’enfumage du peuple. L’acquisition, la gestion, la conservation et la transmission du pouvoir, relèvent du  modèle de spoliation politique type Patrimonialisme rationalisé.

Le Professeur Jean-François Médard est assez explicite :

« Je constate que la plupart des systèmes politiques africains qui ont connu une stabilité ont été construit autours d’un homme. On peut parler du ‘’système Houphouët’’ en Côte d’Ivoire, du ‘’système Kenyatta’’ au Kenya et du ’’ système Bongo’’ au Gabon. Comme l’on peut parler des systèmes locaux de pouvoir personnel autours des grandes villes. Je viens de Bordeaux où nous avons connu pendant longtemps le ‘’système Chaban’’. J’ai d’ailleurs travaillé sur ces derniers avant d’aborder le régime africain, ce qui a été une très bonne passerelle.

C’est un système de pouvoir personnel que j’aborde à partir de travaux d’un grand sociologue Allemand, Marx Weber. Il a travaillé sur les Mérovingiens, les Chinois,…et non sur l’Afrique. Mais il a élaboré la notion de  patrimonialisme et de domination patrimoniale, type traditionnel de domination. Cette domination patrimoniale se caractérise par le fait qu’il s’agit d’un système politique différencié dans la mesure où un chef commande à des personnes qui ne sont pas ses parents. Cependant, la logique du pouvoir repose sur la confusion du public et du privé, le chef patrimonial gouvernant son royaume comme une propriété privée. Ce patrimonialisme peut être transposé dans le contexte africain. Je parle alors de néo-patrimonialisme parce qu’il ne s’agit pas d’un système de pouvoir traditionnel. C’est un système qui, formellement, comprend un Etat comme le nôtre, avec des tribunaux, des administrations et des lois. Mais les agents de l’Etat privatisent leurs fonctions, du sommet à la base, ce qui conduit à la patrimonialisation d’un Etat bureaucratique.

Le  système patrimonial se caractérise par deux éléments :

1. la personnalisation du pouvoir

Non seulement parce qu’il s’agit d’un pouvoir personnel (contrôlé par un individu et structuré autour de celui-ci), mais aussi parce que toutes les relations politiques sont personnalisées. Il n’existe pas de relations abstraites à l’Etat, il est question de relations d’amitié, de clientélisme et de népotisme: tout un tissu de relations personnelles irriguent et font fonctionner le système de pouvoir.

2. la confusion du pouvoir et de la richesse

Les ressources économiques et politiques sont interchangeables, et c’est l’accès au politique qui ouvre celui à l’économique. La clé est de contrôlée le pouvoir politique, ce qui conduit à l’accumulation et la richesse. Il existe ensuite une interaction entre les deux types de ressources mais, dans le contexte africain, où il n’existe ni développement économique ni bourgeoisie, c’est évidemment la classe politique au pouvoir qui a l’accès direct aux ressources économiques. L’enjeu fondamental  de la lutte politique consiste non seulement dans les positions de pouvoir, mais aussi de l’accumulation.Ceci s’applique à mon avis parfaitement au cas du système politique gabonais, avec des nuances. Il faut d’abord tenir compte du fait ce que tout le monde sait que le Gabon est un pays minier et non agricole, ce qui concerne en particulier le pétrole. C’est donc un Etat rentier, la base économique de l’Etat reposant sur la rente minière et non sur la production et le travail.

Le système est différent en Côte d’Ivoire .Si Félix Houphouët-boigny prélevait sa quote-part par le biais de caisse de stabilisation, la croissance de la Côte d’Ivoire reposait sur sa mise en valeur économique et le travail de la population. C’est un élément important, car nous constatons que les Etat miniers sont plus naturellement enclin à la corruption et la prédation que les Etat non miniers avec une exception, cependant: le Botswana, Etat minier fondé sur lez diamant, que sa classe dirigeante a su gérer en investissant  dans le développement.

Nous nous trouvons dans le cas du Gabon, en face d’un système politique où le Président est véritablement le propriétaire de l’Etat .Il gère donc son pays comme il gère sa propriété privée. Le problème fondamental d’un chef d’Etat Africain dans un contexte extrêmement contraignant, est la survie politique. Pour survivre, lorsque l’on ne bénéficie pas d’une légitimité intrinsèque, le pouvoir doit s’appuyer sur certains ressorts. Au Gabon, le ressort essentiel est la redistribution à laquelle M. Bongo fait d’ailleurs allusion de façon intéressante dans son ouvrage. En effet, si l’on veut solidifier son pouvoir et se créer des soutiens, il faut se créer des clients. C’est là que réside tout l’art politique.

Il faut d’abord extraire les ressources (ce qui n’est pas difficile dans la mesure le pouvoir politique les contrôle) puis les redistribuer, car sinon on scie la branche sur laquelle on est assis, ce qui pose des problèmes d’instabilité politique. Les chefs d’Etat Africains qui ont duré sont ceux qui ont su redistribuer. Cependant, il ne s’agit pas de redistribuer en fonction d’une loi générale applicable à tous, car tout est basé sur le favoritisme à travers le jeu de la grâce et de la disgrâce. On arrive en faisant tourner la distribution, à contrôler le pays, puisque les personnes qui bénéficient à un moment donné d’une faveur en sont reconnaissantes et tirent une obligation loyauté. Quand elles perdent cette faveur, car il faut bien en faire profiter d’autres, elles se soumettent encore davantage, au lieu de se rebeller, en espérant que la prochaine elle sera plus importante. Tout le jeu repose sur l’extraction, et une redistribution de type clientéliste.

Je fais une distinction entre deux systèmes politiques : ceux qui fonctionnent selon un mode de régulation patrimonial ou ‘’Patrimonialisme rationalisé’’, et ceux qui arrivent à survivre par la redistribution. Le Gabon appartient à la première catégorie, il se rapproche en cela des systèmes camerounais, kenyan, ivoirien, etc. A l’autre pôle, existent des systèmes qui ne se préoccupent pas de la survie à court terme et se montrent beaucoup plus violents Ils ont recours à l’extorsion et à la prédation violente directe, ce qui fait référence aux cas les plus extrêmes et les plus sanglants de systèmes politiques africains, et aux ‘’seigneurs de la guerre’’. Dans ce cas, le pouvoir politique cherche à contrôler directement les mines, à en extraire les ressources en à s’enrichir sue cette base. Le Gabon s’inscrit plutôt dans ce que j’appelle le ‘’patrimonialisme rationalisé’’. C’est grosso modo mon analyse du système gabonais dans sa dimension  interne, une autre de ses caractéristique étant la dimension externe : il s’agit non seulement entre le chef  et se sujets mais aussi entre le Gabon et la France.

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