Portrait de l'intellectuel colonisé

proverbe kamite 27 nov 2012Note de la rédaction :

L’intellectuel colonisé manifeste un refus radical de se réapproprié les Humanités Classiques qui ont alimenté le cordon ombilical de son arbre généalogique. Il méprise et applique ad integrum les « méthodes de cassage du nègre comme le cheval » (Confère cet article à ce site). Il se complaît dans la post-colonie au point de développer des attitudes paranormales (Peau noire, masque blanc. Frantz Fanon). L’intellectuel colonisé est un danger pour lui-même et pour sa «communauté». L’Eurocentrisme est sa sève nourricière. Sa libération réside dans la SAGESSE des KAMMIOU.

 L'aliénation culturelle des "élites" africaines:

 

Par Umar Timol, ile Maurice1

samedi 3 novembre 2012

la rédaction de Montray Kreyol

L’intellectuel colonisé méprise les sentiments superficiels. Il est un être de l’esprit et ses motivations sont toujours (du moins c’est ce qu’il veut croire) profondes. Il agit au nom d’un idéal, quel qu’il soit. Son intelligence, si percutante pour ce qui est du décryptage des œuvres de l’esprit, est médiocre, sinon confuse, quand il s’agit d’analyser ses propres desseins. On en connaît d’ailleurs qui prêchent la bonne parole, la tolérance ou le métissage, mais qui sont des potentats en puissance au quotidien. Il est incapable d’avouer que le pouvoir et tous ses manifestes le séduisent au plus haut point.

L’intellectuel colonisé est, par ailleurs, un fin lecteur. Il a lu tous les grands philosophes, écrivains et historiens de l’Empire. Il est capable de vous citer spontanément de larges extraits provenant des ouvrages classiques de l’Empire. La littérature de l’Empire est sa littérature, l’histoire de l’Empire est son histoire, la philosophie de l’Empire sa philosophie. Il n’hésite pas à se réclamer de tel intellectuel (il est un X-ien ou un Y-ien), qui est aux antipodes de sa culture et de ses origines. Il le proclame sur tous les toits. Il en est fier. Cela lui permet, par ailleurs, de se distinguer de la masse confuse des ignorants. Puisqu’il est cultivé il a aussi lu les grands intellectuels de la périphérie mais toujours sur un mode exotisant, leur savoir est toujours un prolongement des savoirs de l’Empire et n’existent que dans un rapport subalterne au savoir dominant.

    portrait de lintellectuel colonis 1 27 nov 2012  

L’intellectuel colonisé méprise les sentiments superficiels. Il est un être de l’esprit et ses motivations sont toujours (du moins c’est ce qu’il veut croire) profondes. Il agit au nom d’un idéal, quel qu’il soit. Son intelligence, si percutante pour ce qui est du décryptage des œuvres de l’esprit, est médiocre, sinon confuse, quand il s’agit d’analyser ses propres desseins. On en connaît d’ailleurs qui prêchent la bonne parole, la tolérance ou le métissage, mais qui sont des potentats en puissance au quotidien. Il est incapable d’avouer que le pouvoir et tous ses manifestes le séduisent au plus haut point.

L’intellectuel colonisé est, par ailleurs, un fin lecteur. Il a lu tous les grands philosophes, écrivains et historiens de l’Empire. Il est capable de vous citer spontanément de larges extraits provenant des ouvrages classiques de l’Empire. La littérature de l’Empire est sa littérature, l’histoire de l’Empire est son histoire, la philosophie de l’Empire sa philosophie. Il n’hésite pas à se réclamer de tel intellectuel (il est un X-ien ou un Y-ien), qui est aux antipodes de sa culture et de ses origines. Il le proclame sur tous les toits. Il en est fier. Cela lui permet, par ailleurs, de se distinguer de la masse confuse des ignorants. Puisqu’il est cultivé il a aussi lu les grands intellectuels de la périphérie mais toujours sur un mode exotisant, leur savoir est toujours un prolongement des savoirs de l’Empire et n’existent que dans un rapport subalterne au savoir dominant.


 L’intellectuel colonisé se plaît à paraître cultivé. Il a tout lu, il a tout vu, il sait tout, rien ne lui échappe. Rien n’est plus choquant, à ses yeux, que d’admettre qu’il ignore l’existence, par exemple, d’une œuvre classique de l’Empire. Il en va de son honneur. Il ne veut pas paraître inculte, il veut être à la hauteur. Il en fait d’ailleurs toujours un peu trop. Les noms des grands auteurs qu’il cite à tout bon du champ, ses éloges de la langue dominante ou encore sa façon pompeuse d’écrire. On l’entend ainsi dire lors d’une soirée avec les intellectuels de l’Empire, que sa langue maternelle, qui est si belle, si savoureuse, si croustillante ne dispose malheureusement pas des outils adéquats pour exprimer la complexité du réel. Elle est ainsi une langue du vécu, du ressenti, pas de la rationalité. Ou quand il se rend à une conférence il porte en toutes circonstances les vêtements convenus qui signifient son sérieux et son intelligence mais choisit des vêtements traditionnels lors du dîner de clôture afin d’affirmer son identité, identité subjuguée il est vrai.

 

L'université africaine, institution d'acculturation par excellence:


 

L’intellectuel colonisé aimerait être reconnu par les siens mais ils ne comprennent rien à sa démarche. Il rêve parfois d’un grand destin, d’être le grand intellectuel, celui qui mène ces concitoyens vers la lumière. Mais ces derniers sont trop traditionnels, trop utilitaires, trop concrets et ne respectent en rien les idées et la culture. Personne ou presque ne lit ses livres et on considère d’un œil amusé ses articles de presse. Il ne lui viendrait pas à l’idée de les mépriser, il en est incapable, après tout il est un intellectuel mais au fond il les considère avec un certain dédain. Quand il est au pays, ils ne fréquentent que ceux qui lui ressemblent, des intellectuels qui ont fait leurs études dans les universités de l’Empire. Il considère que la masse est inculte et il le persifle lors d’un dîner entre gens respectables. D’ailleurs il le dit souvent, se rendre dans une des grandes villes de l’Empire est une véritable bouffée d’oxygène. L’intellectuel colonisé est un exilé parmi les siens et un exilé parmi les intellectuels de l’Empire qui ne lui accordent la légitimité que dans la mesure où il demeure soumis.

L’intellectuel colonisé a parfaitement assimilé le discours des intellectuels de l’Empire. On pourrait le comparer à un perroquet qui ressasse le discours dominant. Quand il écrit, par exemple, un livre sur un des pays de la périphérie, il l’écrit comme l’aurait écrit un intellectuel de l’Empire, il ancre sa lecture d’un pays dans les stéréotypes et les préjugés classiques sur l’Autre. Il voit, il entend et il interprète l’Autre dans le cadre des structures de la pensée dominante. L’intellectuel colonisé a surtout pour fonction de légitimer la domination de l’Empire car il vient de là-bas, il nous ressemble et il nous dit tout ce qu’on veut entendre. C’est un exemple de monologue interactif, je vous parle mais je ne fais que confirmer vos a priori. On le voit ainsi justifier les guerres coloniales de l’Empire au nom des valeurs de l’Empire car elles sont universelles. Ou encore critiquer l’éveil du sentiment religieux dans les pays de la périphérie, qui est pour lui un bel exemple d’un retour à la barbarie, aux temps d’avant les lumières. Il sait, par ailleurs, que cette posture lui profite, il lui permet de progresser dans sa carrière, d’accéder à des postes lucratifs et prestigieux. Il est d’ailleurs omniprésent dans les medias dominants, comme un représentant sage et éclairé des peuples, ignorants et sauvages, de la périphérie.

Il est parvenu, lui, à se libérer du poids de l’histoire et des traditions.


 Il me faut ici nuancer mon propos. J’ai surtout parlé de l’intellectuel colonisé de droite. Il se trouve qu’il y a des intellectuels colonisés de gauche. La situation de ce dernier est ambigüe. Il est lucide quant aux tenants et aux aboutissants de l’Empire. Il est très critique à l’égard des mécanismes de la domination. D’ailleurs il s’inspire des écrits et travaux des intellectuels subversifs de l’Empire pour fonder sa pensée. Il adopte les concepts inventés par ces derniers, les revendiquent on sinon inventent ses propres concepts.

Mais il ne peut jamais tout à fait s’extraire du schéma dominant car d’une part sa pensée est avant tout réactive, sa pensée est et restera tributaire d’un modèle dominant, il critique mais avec les outils que l’Empire lui fournit et d’autre part dans l’exercice de sa critique, il doit demeurer dans certaines limites car il ne veut surtout pas que les intellectuels de l’Empire le relèguent aux confins. On pourrait ainsi le taxer d’être un extrémiste ou un fondamentaliste ce qui délégitimerait sa critique et ferait de lui un paria intellectuel. L’intellectuel colonisé a ainsi recours à des stratégies, conscientes ou pas, pour rester dans le cadre des possibles de la pensée dominante, il sait qu’il est des causes qui sont populaires et faciles tandis que d’autres suscitent l’ire de l’Empire. Ainsi quand survient une catastrophe naturelle dans un pays de la périphérie il est le premier à dénoncer l’indifférence des pays de l’Empire, il critique le rapport colonial à l’autre mais quand un des satellites de l’Empire (satellite qui dispose de puissants soutiens) se livre à des exactions sur un peuple opprimé il parle, s’il est de mauvaise foi, de la nécessité d’instaurer la paix alors que les enjeux de domination et de terreur sont plus qu’évidents ou s’il est de bonne foi, il critique tout en évitant les mots qui font mal et qui risquent de l’exclure du champ intellectuel.

L’intellectuel colonisé est un prisonnier. Il tire sa substance de l’esprit mais cet esprit n’est pas son œuvre car il est l’œuvre de l’Empire. Ainsi il ne peut être que dans un rapport, de soumission ou de révolte, à l’Empire. Empire qui, même s’il s’en défend, rend possible son existence.

Tout homme adopte une posture face à la mort. Il est des aveuglements qui sont nécessaires car ils rendent la vie possible. Celui de l’intellectuel colonisé a un caractère profondément ironique car celui qui se réclame de l’intelligence, de la rationalité est parfois le moins lucide sur les prérogatives et les logiques de la domination. Il est celui qui croit tout savoir, qui croit être le plus cultivé, le plus apte à penser le devenir des autres mais il ignore paradoxalement l’essentiel. Et s’il est lucide il se doit de toujours subsister dans une demeure fondée par ses maîtres. L’intellectuel colonisé est, comme je l’ai expliqué plus bas, la créature de l’Empire sauf qu’il a oublié ou qu’il veut oublier qui l’a créé.

1. Source:  http://www.montraykreyol.org/spip.php?article5847 

L'école coloniale comme moyen d'aliénation mentale et de génocide culturel:


 


En guise de conclusion:

LES COSMOPOLITES-SCIENTISTES-MODERNISANTS

"Cette catégorie groupe tous les Africains qui raisonnent de la manière suivante: fouiller dans les décombres du passé pour y trouver une civilisation africaine est une perte de temps devant l'urgence des problèmes de l'heure, une attitude, pour le moins, périmée. Nous devons nous couper de tout ce passé chaotique et barbare et rejoindre le monde moderne technique à la vitesse de l'électron. La planète va s'unifier: il faut se mettre à l'avant-garde du progrès. La science va bientôt résoudre tous ces grands problèmes et rendra caduques ces préoccupations locales et accessoires. On ne saurait avoir d'autres langues de culture que celles de l'Europe qui ont déjà fait leurs preuves: on entend, par-là, qu'elles supportent la pensée scientifique moderne et qu'elles sont déjà universelles. Ce groupe qui comprend des variantes est le plus intéressant à analyser parce qu'il contient les individus les plus atteints de l'aliénation culturelle. Comme on le voit, il n'y a pour eux d'autre issue que l'assimilation. […] Cette attitude n'est, au fond, qu'un piétinement dangereux car elle donne l'illusion de la marche en avant à pas de géant; […] Il n'est pas étonnant que la majorité de ce groupe ne soit pas composé de scientifiques."  (Cheikh Anta Diop. Nations Nègres et Culture. Éditions Présence Africaine, pp.15 et 17)

Le négrophobe invétéré Emmanuel Kant, dans son ouvrage "La philosophie de l’histoire" avait déjà analysé le phénomène de la soumission et de l’immobilisme d’un esprit aliéné culturellement et son acceptation de la détermination de son niveau de savoir par un esprit dominant.

Voici ce qu'il écrit:

"La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps d’une direction étrangère (...) restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs et qu’il soit si facile à d’autres de se poser en tuteurs des premiers. Il est si aisé d’être mineur! Si j’ai un livre, qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tienne lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc... Je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même, je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers la majorité, montre que c’est une chose pénible, c’est à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité.Après avoir bien rendu sot leur bétail et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas hors du parc où elles sont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menaces, si elles essaient de s’aventurer seules au dehors.Or ce danger n’est pas vraiment si grand, car elles apprendraient bien, après quelques chutes à marcher (...) Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui nature. Il s’y est si bien complu ; et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé faire l’essai (...) Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés, par le propre travail de leur esprit, à s’arracher à la minorité et à pouvoir marcher d’un pas assuré".

Frantz Fanon dans "Peau noire et masque blanc" écrit:

« Il y a une constellation de données, une série de propositions qui, lentement, sournoisement, à la faveur des écrits, des journaux, de l’éducation, des livres scolaires, des affiches, du cinéma, de la radio, pénètrent un individu en constituant la vision du monde de la collectivité à laquelle il appartient. Aux Antilles, cette vision du monde est blanche parce qu’aucune expression noire existe (...) Un européen, par exemple, au courant des manifestations poétiques noires actuelles, serait étonné d’apprendre que jusqu’en 1940 aucun antillais n’était capable de se penser nègre. C’est seulement avec l’apparition d’Aimé Césaire qu’on a pu voir naître une revendication, une assomption de la négritude (...) Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante. Si la structure psychique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera autrui (sous la forme du blanc), car autrui seul peut le valoriser ".

Pour Kalala Omotunde Niousserê, il faut que le "Moi nègre" soit très solide pour résister à la pression:

"Nous conseillons l’expérience suivante à ceux qui ne seraient pas convaincus : assister à la projection d’un film de Tarzan aux Antilles et en Europe. Aux Antilles, le jeune noir s’identifie à de facto à Tarzan contre les nègres. Dans une salle d’Europe, la chose est beaucoup plus difficile, car l’assistance, qui est blanche, l’apparente automatiquement aux sauvages de l’écran. Cette expérience est décisive. Le nègre sent que l’on est pas noir impunément. Un documentaire sur l’Afrique, projeté dans une ville française et à Fort de France, provoque des réactions analogues. Mieux : nous affirmons que les Bochimans et les Zoulous déclenchent davantage l’hilarité des jeunes antillais. Il serait intéressant de montrer que dans ce cas cette exagération réactionnelle laisse deviner un soupçon de reconnaissance. En France, le noir qui voit ce documentaire est littéralement pétrifié. Là, il n’y a plus de fuite : il est à la fois Antillais, Bochimans, et Zoulou".


ALLOCUTION DU Pr CHEIKH ANTA DIOP À LA JEUNESSE DU NIGER

En 1984, le professeur Cheikh Anta Diop s’adressait aux jeunes du Niger et répondait à leurs questions au cours d'un conférence d'une haute porté scientifique.

Pour lui, la jeunesse panafricaine doit absolument s’armer de connaissance et être en mesure d’étudier son passé de manière minutieuse et objective en se réservant la priorité de son jugement et surtout en se passant de toute tutelle intellectuelle étrangère.

Voici résumé son intervention:

"Je crois que le mal que l’occupant nous a fait n’est pas encore guéri, voilà le fond du problème. L’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre substance, de notre âme et quand on croit s’en être débarrassé on ne l’a pas encore fait complètement.Souvent le colonisé ressemble un peu, ou l’ex-colonisé lui-même, à cet esclave du XIXème siècle qui libéré, va jusqu’au pas de la porte et puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus où aller. Il ne sait plus où aller... Depuis le temps qu’il a perdu la liberté, depuis le temps qu’il a apprit des réflexes de subordinations, depuis le temps qu’il a apprit à penser à travers son maître (...)Toutes les questions que vous m’avez posées reviennent à une seule. Quant est ce que les blancs vous reconnaîtront-ils ? Parce que la vérité sonne blanche.

Mais c’est dangereux ce que vous dites parce que si réellement l’égalité intellectuelle est tangible, l’Afrique (et la diaspora africaine) devrait sur des thèmes controversés (tels que l’origine africaine de la première civilisation humaine), être capable d’accéder à sa vérité par sa propre investigation intellectuelle et se maintenir à cette vérité, jusqu’à ce que l’humanité sache que l’Afrique ne sera plus frustrée, que les idéologues perdront leur temps, parce qu’ils auront rencontré des intelligences égales qui peuvent leur tenir tête sur le plan de la recherche de la vérité.Mais vous êtes persuadé que pour qu’une vérité soit valable et objective, il faut qu’elle sonne blanche.

Mais ça, c’est un repli de nôtre âme qu’il faut faire disparaître (...) Moi, si je n’étais pas intiment persuadé de la capacité de chaque race à mener sa destinée intellectuelle et culturelle, mais je serai déçu, que ferions nous dans le monde. S’il y avait réellement cette hiérarchisation intellectuelle, il faudrait nous attendre à notre disparition d’une manière ou d’une autre. Parce que le conflit, il est partout jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Il faut justement que votre sagacité intellectuelle aille jusque là (...) Il n’y a qu’un seul salut, c’est la connaissance directe et aucune paresse ne pourra nous dispenser de cet effort (...) A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents (...) et arrachez votre patrimoine culturel. Ou alors traînez-moi dans la boue, si quand vous arrivez à cette connaissance directe vous découvrez que mes arguments sont inconsistants, c’est cela, mais il n’y a pas d’autre voie".


« L’humanité ne doit pas se faire par l’effacement des uns au profit des autres ; renoncer prématurément, et d’une façon unilatérale, à sa culture nationale pour essayer d’adopter celle d’autrui et appeler cela une simplification des relations internationales et un sens du progrès, c’est se condamner au suicide ». (Cheikh Anta Diop. Nations nègres et Cultures. De l’antiquité négro-égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui. Présence Africaine, 1979, pp. 9-10.)

 CHEIKH ANTA DIOP, LES RELIGIONS, ET QUAND POURRA-T-ON PARLER D'UNE RENAISSANCE AFRICAINE ?

« Seulement tout ceci ne sera possible que le jour où l'Afrique redeviendra elle-même, c'est-à-dire quand elle cessera d'être engrenée par toutes ces croyances sordides qu'on lui a infusées méthodiquement. Mais à ce point de vue nous savons faire une entière confiance au continent africain: nous restons absolument convaincus que, malgré les méthodes d'asservissement moral étudiées jusque dans leurs moindres détails, l'Afrique saura, avec une facilité désespérante, rejeter, comme dans un mouvement de nausée, toutes ces croyances malsaines qui ont atrophié son âme et l'empêchent d'atteindre à sa véritable plénitude.

Il y a une communication instinctive entre l'Africain et la nature qu'aucune croyance ne saurait abolir sans être néfaste pour lui. Et c'est grâce à cette communion que l'Africain pourra atteindre son niveau humain véritable, spécifique, la réalisation de toutes les possibilités qu'il porte en lui. Nous sommes persuadés, comme tout le monde, que l'on ne crée pas sans la foi en quelque chose. C'est ainsi que la mythologie gréco-latine a donné naissance, provisoirement, à une civilisation féconde. C'est ainsi que la foi chrétienne, islamique, bouddhique a été à l'origine de créations artistiques. Mais rien ne garantit la durée de telles croyances devant l'éternité de l'univers; elles semblent liées à des nécessités géographiques et historiques.

Tandis que la croyance laïque en la nature n'a rien de scientifiquement absurde, de caduc, de limité: c'est pour cela que nous espérons qu'elle est appelée à remplacer dans l'avenir tous ces faux contacts avec la nature. » (Cheikh Anta Diop, extrait de "Quand pourra-t-on parler d'une renaissance africaine ?", article paru dans la revue "Le Musée Vivant", n° spécial 36-37, novembre 1948, Paris, pp. 57-65)