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Aminata Dramane Traoré « Les dégâts de Sarkozy en Afrique sont incommensurables »

aminata-traorePour l’essayiste, pas de doute, la grave crise dans laquelle est plongé le Mali est une conséquence directe de la guerre de l’Otan en Libye. Cette figure altermondialiste met aussi en accusation les ingérences extérieures et les politiques austéritaires imposées depuis trente ans à l’Afrique par les institutions financières internationales.

En quoi le Mali est-il victimede la déstabilisation régionale déclenchée par la guerre en Libye ?

Aminata Dramane Traoré. La rébellion touareg, au Mali, n’en est pas à sa première édition. Par le passé, des réponses se sont toujours dégagées, même si elles se sont avérées précaires. Jamais ce conflit n’avait atteint la portée catastrophique qui est la sienne aujourd’hui. Sans la guerre de l’Otan en Libye et la liquidation du régime de Mouammar Kadhafi, les groupes armés n’auraient jamais acquis cette supériorité militaire qui leur a permis de prendre, en un temps éclair, le contrôle des deux tiers du territoire malien. Le Mali paye aujourd’hui le prix de cette guerre et de l’ingérence des Occidentaux dans des crises qui auraient pu trouver des réponses politiques. Je suis choquée de l’appui que certaines personnalités de gauche, en France, ont apporté à cette intervention militaire. Nous aussi, nous avions nos griefs contre Kadhafi. Je pense en particulier à l’accaparement de nos terres agricoles, aux «investissements», en Afrique, de capitalistes libyens liés au régime, plus soucieux de profits que de coopération. Il y avait des questions internes à l’Afrique, internes à la Libye. Mais était-il légitime d’exposer des millions de personnes au chaos pour «protéger», à coup de bombes, les populations de Benghazi ? Nous n’en sommes, aujourd’hui, qu’au prologue d’une tragédie qui frappera, à terme, tous les pays de la bande sahélo-saharienne, déjà fragilisée par la présence d’Aqmi, par le changement climatique qui entretient les crises alimentaires, par la paupérisation de pans entiers de nos sociétés.

Les pays voisins, comme le Niger, sont-ils eux aussi menacés, à court terme,par les effets du chaos libyen ?

Aminata Dramane Traoré. Ils le sont déjà. Dès l’été dernier, le Mali et le Niger s’alarmaient de la circulation d’armes et de munitions. Nous avons dû faire face au retour de dizaines de milliers de travailleurs subsahariens dont l’apport à nos économies était substantiel. Cette guerre menée au nom de la «démocratie» s’est traduite par de graves préjudices économiques et politiques pour les pays sahéliens. S’agissant du Mali, le président déchu, Amadou Toumani Touré (ATT), porte sa part de responsabilité dans la genèse de la crise qui frappe le pays. Sa gestion «consensuelle» du pouvoir, sa légèreté dans la gestion de nombre de dossiers sont en cause. Mais une chose est certaine : Nicolas Sarkozy n’a pas obtenu de lui ce qu’il voulait en matière de gestion des flux migratoires, pas plus que dans le domaine de la lutte contre Aqmi.

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