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L'Afrique impériale

Prologue: 

Le présent article est le fruit du site Web ''agoraafricaine'' sous le titre ''Les royaumes africains avant la colonisation''. Étant donné son importance pour la manifestation de la vérité historique, nous avons choisi de le republier intégralement ici sous le titre ''L'Afrique impériale'' afin de se débarrasser des vieux clichés habituel où il est couramment admis que l'Afrique se définisse à partir de l'arrivée des colons à KaMa (Afrique). De ce fait, nous balayons les notions telles que ''l'Afrique pré-coloniale''; ''l'Afrique post-coloniale''; ''l'Afrique pré-adamique''; etc.

Posté le 26 mai 2017 Auteur Admin1

L'histoire du continent africain est passionnante. Nous connaissons tous les pharaons d'Egypte et leurs tombeaux magnifiques. Mais combien d'entre nous ont entendu parler des anciens empires de l'Afrique de l'Ouest ? Le premier de ces empire, le Ghana, s'est développé de l'an 300 à l'an 1300. Le Ghana était alors si riche que, dans le palais du roi, les chiens portaient des colliers d'or.

Au cours du Xe siècle, quelques savants arabes commencent à décrire les richesses des grands royaumes d'Afrique. Certains, comme Ibn Battuta, parcourent réellement le continent. D'autres s'inspirent des récits des voyageurs. Les écrits sur l'Afrique sont alors de plus en plus nombreux et très vite la richesse des royaumes est connue en Europe. Les Portugais sont les premiers Européens à s'implanter en Afrique au début du XVe siècle. Un peu plus tard viennent les Français, les Hollandais et les Britanniques. Les Européens établissent des comptoirs le long des côtes et commercent avec les Africains. Mais bien peu, à cette époque ose s'aventurer à l'intérieur du vaste continent qu'ils nomment le "continent sombre".

L'EMPIRE DU GHANA : LE WAGADU

Dans les premièrs siècles de notre ère, le Wagadu, un petit royaume situé entre le Sénégal et le Niger, aux sources de l'or, et gouverné par le clan des Cissé Tounkara finit par dominé l'ensemble des Soninkés, peuple d'agriculteurs. Le roi fondait son pouvoir sur le culte du Wagadu-Bida, le dieu serpent. Il portait le titre de "Kaya-Magan" ou "roi de l'or". Les problèmes de successions étaient inconnus car la tradition plaçait automatiquement sur le trône le fils aîné de la sœur aînée du roi.

Le souverain du Wagadu fit bon accueil aux marchands musulmans arrivés au IXe siècle dans cette région qu'ils avaient appelée Ghana (du nom du titre que portait les rois signifiant "chef de guerre"). Il leur permit de s'installer à côté de sa capitale, Koumbi Saleh, pour échanger leurs produits contre de l'or, mais sous bonne surveillance, car il se réservait le secret des origines de cette matière précieuse. Le Wagadu finit par dominer la vallée du Sénégal et la plus grande partie du delta intérieur du Niger. C'est au sein de cet empire très décentralisé que seraient apparues les premières castes de marchands et d'artisans.


De sa capitale, l'empereur règne sur un empire divisé en provinces et royaumes avec une armée forte de 200 000 hommes. Des gouverneurs, des rois, des ministres l'aident à gouverner son peuple comportant trois couches sociales : nobles (commerçants, agriculteurs, aristocrates...), hommes de caste (artisans, griots...) et esclaves (prisonniers...). Il s'appuie sur une économie très développée : l'agriculture prospère au Sud, l'élevage au Nord ; le commerce, notamment transsaharien, est florissant (or, peau, céréales, esclaves...) ; les mines d'or et de fer se révèlent intarissables ; les transports se développent.

L'opulence de cet empire animiste attire les convoitises de ses voisins musulmans. Dès 1042, des Berbères convertis à l'islam, les Almoravides, entreprennent la conquête du Wagadu. La ville d'Aoudagost est prise en 1057, puis Koumbi Saleh en 1076 mais reprise en 1087. Cependant, le Wagadu se trouve très affaibli et alors débute son lent déclin par un démembrement progressif. Les populations de l'empire hostile à l'islam, imposé par la force, émigrent vers le Sud ou l'Est. La nation se dépeuple et ses armées se trouvent donc moins puissantes. Ainsi, des royaumes tels que ceux du Mali ou du Diara prennent la liberté de se détacher de l'empire qui va devenir un petit royaume. Simultanément, ce qui faisait sa prospérité (commerce, élevage, agriculture, mines) se trouve bien désorganisé. Certains des Etats vassaux en profitent pour ce développer. L'un d'entre eux, le Sosso du grand Soumaoro Kante s'empare même du Wagadu à l'aube du XIIIe siècle.

L'EMPIRE DU KANEM

Situé au croisement des routes de la vallée du Niger, des régions forestières du Sud, de la vallée du Nil et de la Méditerranée, le bassin du Tchad est le plus grand carrefour de civilisations au Sud du Sahara. Ici c'est développé le royaume du Kanem au VIIe siècle. Son souverain, le "maï", tenait son pouvoir de la possession de chevaux et de la présence d'artisans métallurgistes. Grâce à la cavalerie dotée de couteaux de jets redoutables, les Zaghawas, peuple de pasteurs dont il était issu, assurèrent leur domination sur les agriculteurs. Le Kanem dura plus de 1000 ans.

Un empire fondé sur l'esclavage

La richesse du "Maï" du Kanem n'était pas fondée sur l'or, mais sur l'esclavage. "Son emprise sur ses sujets, écrit un chroniqueur musulman de l'époque, est absolue. Il réduit en esclavage qui il veut." Au cours de siècles, la région ne cessa d'être le terrain privilégié des chasseurs d'esclaves au profit du monde arabe, puis de l'Empire Ottoman. Aujourd'hui, l'esclavage n'a pas complètement disparu dans la région et se perpétue à l'occasion des conflits locaux avec le Soudan voisin.

La fin de l'empire du Kanem

Au XIVe siècle, le Kanem faillit succomber sous les coups d'autres nomades. Sa caste dirigeante se réfugia dans un petit royaume vassal, le Bornou, et perpétua son pouvoir sous ce nom jusqu'à la veille de l'arrivée des Européens, à la fin du XIXe siècle.

L'EMPIRE DU MALI

Successeur du Ghana tombé sous les coups des Almoravides en 1076, l'empire du Mali fut le premier Etat structuré d'Afrique occidentale. Ses coutumes et sa structure sociale marquent encore les habitants de la région et leur mode de vie.


 Soundata Keita

Selon la tradition orale, Soundiata Keita était le seul rescapé des 12 fils du roi du petit royaume Manding du Mali, tués par Soumaoror Kanté, roi du Sosso. Soumaoro laissa la vie sauve au petit Soundiata car celui-ci était paralytique. Mais le jour de ses 7 ans, n'en pouvant plus d'être la risée de la Cour, Soundiata plia une barre de fer pour en faire un arc et acquit une force étonnante. Craignant pour sa vie, il dut s'exiler et décida, avec des alliés, de combattre Soumaoro qui avait enlevé sa sœur. Une nuit, la sœur de Soundiata réussit à percer le secret de l'invincibilité de Soumaoro. Aussi, quand un jour de 1235, les armée des deux adversaires se trouvèrent face à face, Soundiata tendit son arc et frappa l'endroit précis de l'épaule de Soumaoro indiqué par sa sœur. Soundiata Keita assura, ensuite, sa victoire en s'emparant des régions riches en or du Ghana dont il fit son vassal.

L'empire Mandingue

Les successeurs de Soundiata Keita étendirent son royaume et constituèrent un véritable empire dont l'influence allait de l'Atlantique au lac Tchad. En 1285, un esclave affranchi s'empara du pouvoir pendant 15 ans, mais le clan Keita parvint à remonter sur le trône. Les empereurs se convertirent à l'islam et divisèrent la société en castes, dominée par les guerriers, créant ainsi une structure sociale encore très présente aujourd'hui. L'empire du Mali se disloqua à partir du XVe siècle sous la pression du royaume de Gao et la révolte des provinces.

Mansa Moussa (Kankou Moussa)

Plusieurs souverains du Mali firent des pèlerinages à La Mecque et favorisèrent le commerce musulman. En 1324, l'empereur Mansa Moussa (Moussa le Grand) prit la tête d'un immense cortège pour se rendre à La Mecque. Il emportait des présents ainsi que la plus grande partie de l'or conservé depuis des générations. Durant leur passage au Caire, les Maliens distribuèrent des aumônes comme tout bon pèlerin et dépensèrent sans compter au point que le cours de l'or chuta dans la région pour plusieurs années.

Sous son règne, le commerce transsaharien prend un essor spectaculaire : du Nord viennent le sel, les tissus, l'encens, les livres. Du Sud partent les épices, le cuivre, l'or, l'ivoire et les esclaves. Les pays côtiers fournissent le miel, le kola, l'huile de palme et l'indigo. Comme monnaie, on se sert des cauris, d'or, de cuivre, de barres de fer ou de bandes de cotonnades. Les impôts permettent l'édification de somptueux bâtiments tels que les mosquées de Tombouctou, Djenné et Gao ou le palais royal de Niani.

Les Castes

 La première caste était celle des guerriers. Elle était composée des 16 clans mandingues dont la haute noblesse qui regroupait les 4 familles alliées à Soundiata, aux noms encore répandus dans la région : Alpha, Condé, Camara et Traoré. Puis venaient 5 clans de religieux, ainsi que les marabouts"gardiens de la foi", les artisans, les griots et enfin les esclaves de guerre.

L'EMPIRE SONGHAÏ

Les royaumes vassaux de l'empire du Mali n'attendaient qu'une occasion de prendre leur revanche. Ce que fit le petit royaume de Gao, qui donna naissance au plus grand empire que la région eut connu jusqu'à provoquer la convoitise du lointain roi du Maroc.


 Sonni Ali

En 1464, Sonni Ali monta sur le trône du petit royaume de Gao, chez les Songhaïs, établi sur le Niger en aval de Tombouctou. Ce souverain constitua une cavalerie et une flotte de 400 bateaux, puis se lança à l'assaut de Tombouctou, qui fut vaincu en 1468. Cinq ans plus tard, la flotte de Djenné assura la domination de Sonni Ali sur tout le delta intérieur du fleuve. Surnommé "Ali le Grand", il favorisa le commerce, créa une administration centralisée et prit l'habitude de rédiger des actes officiels.

Askia Mohamed

Son fils fut un piètre successeur et n'opposa aucune résistance à la prise du pouvoir par Mohamed Sylla, le chef de l'armée appelé ensuite "Askia Mohamed". Ce coup d'Etat, fomenté par les lettrés de Tombouctou, devait relancer l'islamisation de la région, trop lente à leurs yeux. Askia Mohamed étendit les limites de son empire et favorisa le développement des cités commerciales. C'est sous son règne que Tombouctou atteignit sa plus grande renommée intellectuelle et commerciale. Il a laissé l'image d'un grand bâtisseur et d'un homme profondément religieux.

Tombouctou

Tombouctou tiendrait son nom de Bouctou, une vieille femme chargée de garder un puits où les caravaniers venaient faire boire leurs chameaux. Située sur la route la plus courte pour aller du Soudan au Caire et dans le monde arabe, la cité ne cessa de prospérer tant sous la domination des Maliens que sous celle des Songhaïs. Avec Djenné au Sud, elle était la plaque tournante des échanges entre les céréales produites dans l'empire et le sel du désert passé sous le contrôle des Askias. Cette richesse permettait d'entretenir nombres d'écoles musulmanes en relation avec les universités du Maroc et d'Egypte.

La fin de l'empire Songhaï

Fasciné par le prestige de Tombouctou et la richesse supposée des Askias, Al-Mansour, le sultan du Maroc, se lança à la conquête de l'Empire Songhaï. Askia Daoud résista vainement et la guerre civile dévasta le pays qui s'enfonça dans l'anarchie. Les gouverneurs marocains nommés par le sultan furent appelés "Armas" par la population à cause des armes à feu qui avaient assuré leur victoire. Puis les sultans se désintéressèrent du Soudan, trop éloigné de chez eux.

LES ROYAUMES DES GRANDS LACS

En Afrique centrale, dans la région équatoriale des hauts plateaux, la grande forêt primaire a été peu à peu défrichée par les agriculteurs. Les royaumes qui ont réussi à s'imposer, au cours des siècles, sont fondés sur la possession du bétail. Les conditions climatiques ont longtemps constitué un obstacle à l'évolution des sociétés. Mais les techniques métallurgiques, connues et employées depuis 2000 ans avant J.-C. dans cette partie du continent, ont permis aux agriculteurs itinérants de défricher des clairières dans la grande forêt primaire qui n'était habitée jusque-là que par des groupes de chasseurs-cueilleurs dont les Pygmées sont les descendants. La culture du sorgho, puis de l'igname, favorisa l'augmentation de la population. Et les espaces défrichés, laissés en jachère, permirent l'introduction de l'élevage en provenance du Nord.


 Ruhanga fondateur du Kitara

La légende fait du Kitara, le premier royaume ayant gouverné la région en donnant un rôle dominant aux possesseurs de bétail. D'après la tradition orale, Ruhanga, l'ancêtre fondateur, avait trois enfants appelés Kana ("petit enfant"). Afin de leur donner un nom, il les mit à l'épreuve, confiant à chacun un pot de lait à transporter. Le plus jeune en perdit un peu mais en demanda à ses frères, le deuxième en renversa la moitié et l'aîné tomba à terre en perdant tout. Ruhanga décida que ce dernier ne serait bon qu'à s'occuper des cultures, au deuxième, on confierait les soins du bétail. Quant au premier, le plus malin, il dirigerait les deux autres !

Le royaume du Buganda

L'origine de ces premiers royaumes est mal connue. Les traditions évoquent l'arrivée des Chwezis, des pasteurs de la vallée du Nil. Au XVIIe siècle, le Buganda, un des vassaux du royaume du Bunyoro dans l'Ouganda actuel, s'émancipa sous la conduite de son souverain qui portait le titre de "kabaka". Situé dans une région au sol fertile, bordée à l'est par le lac Victoria, le Buganda entra en contact avec les marchands musulmans, échangeant de l'ivoire contre des cotonnades. Dans la seconde partie du XIXe siècle, les premiers explorateurs européens y furent accueillis avec beaucoup d'égard.

Le royaume du Rwanda

Certains petits royaumes, entre les lacs Victoria et Kivu, s'épuisèrent en conflits familiaux. Au sud-ouest, celui du Rwanda ne fit pas dans la modestie. Les traditions orales le font descendre directement du ciel par l'intermédiaire de Kigwa ("celui qui est tombé") et de son frère Mututsi, qui a donné son nom aux Tutsis. Jusqu'à l'indépendance, la société rwandaise resta divisée en classes sociales sur le modèle imposé par Ruhanga, le roi légendaire du Kitara.

LE ROYAUME DU KONGO

En Afrique centrale où la forêt est épaisse, les chefs de village qui ont cherché à s'imposer ont dû luter contre une nature hostile. Souverains prestigieux au destin parfois tragique, on les appelle "les rois forgerons", maîtres en matière de fabrication d'outils pour défricher la forêt.

Les échanges avec le Portugal

Le royaume du Kongo s'épanouit de part et d'autre de l'embouchure du fleuve Congo grâce à Ntinu Wene, un homme à la poigne de fer. En contact avec le Portugal dès le XVe siècle, le Kongo devient vite le plus grand Etat de la région, fort de ses échanges commerciaux : plantes comestibles importées d'Amériques, huile de palme locale, ivoire et cauris (monnaie de coquillages ramassés sur la côte). C'est en cherchant un passage pour pénétrer dans l'océan indien que les Portugais le découvrirent.


Les premières relations donnèrent lieu à des échanges d'ambassadeurs entre Lisbonne et Mbanza-Kongo, la capitale du royaume. Des jeunes Kongolais partirent même faire leurs études en Europe et, en 1513, un des fils du roi de l'époque prononça un discours en latin devant le pape. Mais en raison de la distance, les communications entre les deux pays restaient rares. Et les représentants du Portugal, les commerçants et les aventuriers, finirent par prendre tous les pouvoirs. Ils surveillaient le royaume à partir de l'île de Sao Tomé, au large, qui leur servait d'entrepôt d'esclaves.

Sous la pression des Portugais, le Kongo finit par devenir un vassal du Portugal. Il fut même obligé de livrer des esclaves, capturés dans les pays voisins. Mais en 1665, quand les Portugais lui imposèrent de livrer des esclaves kongolais et de dévoiler l'emplacement de ses mines, le souverain du Kongo, Antonio Ier, refusa. Son armée fut vaincue et sa tête ramenée à Loanda, la future Luanda, devenue elle aussi un comptoir portugais.

Les Laundas

A leur arrivée au Kongo, les Portugais entendirent parler de puissantes chefferies à l'intérieur du bassin du Congo. Les Luandas constituaient la plus dynamique, dominant la région correspondant au Katanga, au Sud du Congo-Kinshasa. Ils devaient leur réputation aux gisements de cuivre qui leur avaient fourni la matière pour créer une monnaie. Au XVIIIe siècle, ils étaient les maîtres du commerce entre le Kongo, dominé par les Portugais pourvoyeurs d'armes à feu, et les côtes de l'océan Indien où ils contrôlaient l'utilisation des cauris qui risquaient de concurrencer leur monnaie de cuivre.

L'ABYSSINIE, LE ROYAUME DES NEGUS

Le plateau escarpé au centre de l'Ethiopie a permis à une succession de royaumes chrétiens de résister pendant des siècles aux invasions qui bouleversèrent la Corne de l'Afrique. L'histoire de cette région, connue en Egypte antique sous le nom de "pays de Pount", fut ponctuée de coups d'Etat, d'assassinats et d'intrigues de palais.

Le royaume d'Axoum

Les premiers habitants de l'Ethiopie étaient apparentés aux populations de la Nubie. Au Ier millénaire avant notre ère, des émigrants du Yémen s'installèrent entre les rivages de la mer Rouge et le lac Tana. Une de leurs tribus, les Habashas, donna son nom à l'Abyssinie et le royaume d'Axoum finit par s'imposer. Axoum était la plus grande puissance de la région quand son roi, Ezana (320-342 après J.-C.), se convertit au christianisme. Les Axoumites dominèrent la mer Rouge et firent des expéditions en Arabie. Ils eurent des relations fructueuses avec l'Extrème-Orient.

En 1504, le royaume d'Aloa, avant-dernier des royaumes chrétiens de Nubie, dut céder devant la pression musulmane. Seule résista l'Abyssinie, réfugiée dans son repaire montagneux. Mais les troupes d'invasion commandées pat l'imam Gragne et renforcées pat l'arrivée des Turcs en mer Rouge dévastèrent la région. L'empereur Claudius demanda alors l'aide des Portugais dont les caravelles venaient d'entrer dans l'océan Indien. A l'issue des combats, les troupes de l'imam Grange durent quitter le territoire et les Portugais s'installèrent en Abyssinie.


 Fasilidas

En 1632, le clergé copte souleva la population abyssinienne, contraignant le négus (roi) Sousneyos à abdiquer et à expulser les jésuites portugais. Son fils Fasilidas (1632-1667) se fit construire une capitale, à Gondar, au nord du lac Tana. En diplomate habile, il noua des relations avec les Turcs, devenus les maîtres de la Méditerranée, et avec le grand Mogol dont l'autorité s'étendait sur la plus grande partie de l'Inde. Fasilidas et ses successeurs enrichirent Gondar de palais édifiés et décorés par des artisans indiens et arabes.

Ménélik

C'est Ménélik, roi du Choa, une province au sud du lac Tana, qui édifia l'Ethiopie moderne. Reconnu comme négus en 1889, il bâtit un empire en annexant plusieurs régions de la Corne de l'Afrique et en construisant Addis-Abeba (la "nouvelle fleur"), une nouvelle capitale, loin de l'Abyssinie et de ses intrigues. Il meurt en 1913 en ayant tout tenté pour éviter à son empire d'être colonisé.

LE ROYAUME DU BENIN

Sur le pourtour du golfe de Guinée, la forêt a empêché la formation de grands empires. Mais à partir du XVIe siècle, l'établissement de comptoirs commerciaux européens sur les côtes a favorisé l'essor de cités marchandes grâce à leur artisanat, et même, pour certaines, grâce à l'esclavage.

Le travail des métaux

Avec plus de 130 habitants au km2, le sud du Nigeria est une des régions les plus peuplée d'Afrique. La culture organisée de l'igname depuis 6500 ans semble avoir favorisé cette forte densité de population. C'est dans le petit village de Nol, sur le plateau central, qu'on a trouvé de superbes têtes de terre cuite datant de 500 ans avant notre ère ainsi que des vestiges du travail du fer. Ces connaissances en métallurgie ne cessèrent de s'améliorer pour aboutir à la confection de masques en bronze ou en laiton, véritables œuvres d'art.

La cité d'Ifé

La ville d'Ifé, au sud-ouest du Nigeria, aurait été fondé il y a plus de 1000 ans, par les Yoroubas, venus du lac Tchad sous la conduite du roi Odoudoua. Après la fondation d'Ifé, ses fils seraient partis chacun de son côté pour créer les cités de Bénin, Oyo et Owo. Il y eut souvent des conflits entre ces cités, mais toutes reconnaissaient Ifé comme leur centre religieux et culturel. Ifé était placée sous l'autorité de l' "oni", un roi-prêtre qui présidait aux rituels de la fêtes des ignames.

Les cités de Bénin et Oyo

Bénin, au sud-est d'Ifé, entre dans l'histoire au Xe siècle. Ses "obas" (rois) en font un Etat centralisé qui bénéficie de l'affaiblissement d'Ifé et de l'arrivée des Portugais à la fin du XVe siècle. L'oba s'entoure de nombreux artisans qui exécutent des commandes faites pour l'aristocratie portugaise. En contrepartie, les Portugais aident l'oba à régler ses conflits avec les voisins. Sous l'influence portugaise, le Bénin se lance dans la culture du palmier à huile et dans la traite des esclaves.

A Oyo, l' "afalin" (roi) ou "compagnons des dieux" était secondé par son fils aîné dans la conduite des affaires de l'Etat. Pour éviter que celui-ci ne tente un coup d'Etat après la mort de son père, sept "oyomesis", des dignitaires chargés de faire respecter la tradition, veillaient à ce qu'il suive son père dans la tombe. Les oyomesis finirent par prendre goût au pouvoir mais les luttes internes et les incursions du Dahomey voisin sonnèrent le glas d'Oyo qui sombra dans le désordre.


 Le royaume du Dahomey

Des émigrants d'Oyo seraient à l'origine du royaume du Dahomey, au sud de l'actuel Etat du Bénin. Sa capitale, Abomey, dont le nom signifie "enceinte fortifiée", a été édifiée au milieu du XVIIe siècle pour servir de place forte. L'Etat était très structuré et le palais soumis à une étiquette rigoureuse. Le roi ne s'adressait jamais au peuple à voix haute. Il communiquait avec lui par l'intermédiaire du "mêhou", époux de sa seconde fille, qui devait avoir la même apparence physique que lui.

LES SWAHILIS

Depuis près de 3000 ans, l'océan Indien est un important centre d'échanges. Des vents réguliers et des eaux calmes ont favorisé les relations entre l'Inde, la Chine, l'Afrique et l'Arabie. Une civilisation originale et pacifique en est le résultat.

Arrivée des Shirazis

Dans le Nord de l'océan Indien, la mer d'Oman est parcourue depuis 4000 ans par des navires marchands ; les premiers allaient chercher, dans la Corne de l'Afrique, l'encens et les épices pour la Mésopotamie et l'Egypte. Puis les marins grecs profitèrent des vents de la mousson pour faire des échanges sur les côtes africaines. A la fin du VIIe siècle, ce sont les marchands arabes qui établirent des comptoirs commerciaux dans les îles et sur les côtes. Le principal était Kilwa, au sud de la Tanzanie actuelle, riche en or et en ivoire.

Vers 950, des troubles religieux à Shiraz, en Perse, poussèrent une partie de la population commerçante à trouver refuge sur les côtes africaines. Ces émigrants, appelés "Shirazis", construisirent des palais et nouèrent des relations dans le monde musulman. Une population de métis, les "Swahilis" ("les gens du rivage"), ne tarda pas à se constituer, usant d'une langue très favorable aux échanges. Le commerce swahili connut son apogée au XVe siècle avec l'arrivée sur les côtes africaines de jonques commerciales chinoises.

Zanzibar

L'arrivée des caravelles de Vasco de Gama en 1498 sonna le glas de la prospérité swahilie qui ne put résister aux armes à feu occidentales. L'océan Indien passe sous la domination portugaise, hollandaise, puis anglaise au XVIIe siècle. En 1840, le sultan d'Oman transféra sa capitale dans l'île de Zanzibar, au large de la Tanzanie. Sous la protection des anglais, il exploitait le clou de girofle et faisait commerce de l'ivoire exporté en Europe. En 1898, l'interdiction de l'esclavage et la mainmise de l'Allemagne sur les possessions continentales du sultan marquèrent la fin de la prospérité de l'île.


 L'archipel des Comores

Le nom des Comores vient de l'expression arabe "Djazaïr el-Qamar" (les îles de la lune).
En se mariant avec les filles des chefs des quatre îles de l'archipel, les émigrés shirazis arrivés au XVIe siècle fondèrent les sultanats, encore à la tête de ces îles aujourd'hui. Ces sultans, qui vivaient du commerce des épices et parfois de piraterie, ne cessèrent d'être en conflit les uns avec les autres. Par ailleurs, les habitants devaient se défendre contre les raids des pirates de Madagascar qui débarquaient souvent à l'improviste pour emmener la population en esclavage.

 LE ROYAUME DE MADAGASCAR

Madagascar s'est peuplée, il y a 2000 ans, d'Africains et d'immigrants indonésiens. Sur l'île jusqu'alors déserte, les grandes tribus comme les Sakalava et les Betsimisaraka fondèrent des royaumes aux coutumes communes. De grands souverains unifièrent le pays à partir du XVIIIe siècle.

Des immigrants indonésiens

Poussés sur les côtes d'Afrique orientale par les vents de la mousson, les immigrants indonésiens ont probablement apporté avec eux le bananier et le riz, qui offriront une nourriture de base aux Africains. Ils ont aussi donné leur langue, le malgache, parlé aujourd'hui par tous les habitants de l'île. Par ailleurs, Madagascar doit au continent africain le principe de la royauté sacré, et le regroupement de la population en clans.
Elle tient plus particulièrement des Swahilis son organisation politique, commerciale et culturelle.

Andrianampoinimerina fondateur de l'unité malgache

Ramboasalama, autrement dit "le chien bien portant", l'un des lointains descendants du fondateur d'Antananarivo, prit le pouvoir, dans les années 1790, sous le nom d'Andrianampoinimerina, "le Seigneur au cœur d'Imerina". Il fonda une administration forte où les gouverneurs avaient autorité sur les chefs de clans locaux. Des assemblées de villages, les fokonolona, étaient responsables devant les inspecteurs royaux.
Il s'efforça en vain d'unifier le pays. Son fils, Radama Ier continua sa tentative de modernisation en équilibrant la présence des Français et des Anglais, détenteurs des comptoirs sur la côte.

La fin de l'indépendance

De 1864 à la conquête française en 1896, Rainilaiarivony fut le véritable chef de Madagascar. Epoux de trois reines successives, Rasoherina, Ranavalona II, puis Ranavalona III, il s'efforça de préserver l'indépendance du pays. Ranavalona II se convertit au protestantisme, ouvrant Madagascar à l'influence de l'Angleterre. Au grand regret de la France, et sous le règne de Ranavalona III, l'île ne put résister aux pressions étrangères. En 1890, le sort de Madagascar fut décidé en dehors des Malgaches, car les Français et les Anglais s'étaient partagé la région. La France céda à l'Angleterre son influence commerciale sur Zanzibar en échange de Madagascar, qui fut annexé en 1896.


 L'EMPIRE ZOULOU

Il y a 200 ans, l'Afrique australe a connu de grands bouleversements : des populations se sont combattues pour prendre possession de la terre. Cette période est restée connue sous le nom de Mfécane, l'affrontement. Le Mfécane a d'abord opposé des peuples d'éleveurs bantous, puis les Zoulous aux Boers.

Chaka

A la fin du XVIIIe siècle, des pasteurs bantous, les Ngunis, arrivèrent du nord et s'installèrent au bord du Zambèze. Dans un de leurs clans, celui des Abatetwas, naquit un enfant "bâtard", fils d'un des chefs et d'une danseuse rencontrée au marché. Humilié dès l'enfance, Chaka dut aussi faire face à la jalousie, le jour où il tua de ses mains un lion qui avait fait fuir tous les villageois. Mais informé de son exploit, Dinguiswayo, le grand chef des Abatetwas, le convoqua et en fit son homme de confiance. A sa mort, Chaka prit sa place.

Les Zoulous, peuple du ciel

Etre chef des Abatetwas ne suffit pas à Chaka. Exterminant ses ennemis, sauf les plus jeunes à condition qu'ils s'enrôlent dans son armée, il rassembla tous les Ngunis séparés en petits clans souvent en conflit. Il les obligea à abandonner leur nom et leur dialecte maternel pour s'appeler désormais les Zoulous, le "Peuple du Ciel". Il organisa son armée en régiments de plus de 1000 soldats d'une même classe d'âge, les impis. Chaka était implacable envers les peureux. Pour obliger ses soldats au combat corps à corps, il avait fait remplacer les lances par de courtes sagaies à large lame, des haches et un bouclier. Au retour d'une expédition, il fit exécuter ceux qui étaient revenus sans leur sagaie. La tactique favorite de ce chef de pasteurs était celle des "cornes de buffle". Elle consistait à harceler sans cesse l'ennemi pour le rabattre, à la manière des deux cornes d'un buffle, contre des soldats zoulous aguerris qui le décimaient.

Les victoires de Chaka firent aussi sa perte car ses excès et sa tyrannie lui avaient aliéné jusqu'à ses plus fidèles lieutenants qui firent sécession. En 1827, à la mort de sa mère, il décréta un deuil d'un an, interdisant à quiconque de boire du lait et aux personnes mariées de vivre ensemble. Sous la direction de Mzilikazi, un groupe n'acceptant pas le célibat s'enfuit vers le Zimbabwe avec des jeunes filles et fonda le peuple Matabélé.
Chaka mourut victime d'un complot.

 

« Les Noirs de l’Afrique » par Maurice Delafosse

« Chapitre X : MANIFESTATIONS INTELLECTUELLES ET ARTISTIQUES

SOI-DISANT INFÉRIORITÉ INTELLECTUELLE DES NOIRS. — ELLE N'A JAMAIS ÉTÉ DÉMONTRÉE. — NOMBREUSES PREUVES DU CONTRAIRE. — DISPOSITIONS DES NOIRS AFRICAINS POUR LES ARTS.

Les Nègres africains forment-ils une race intellectuellement inférieure aux autres races humaines ? On l'a souvent affirmé, mais sans jamais en donner de preuves convaincantes et en prenant généralement un point de départ faux. On a dit que les Noirs seraient actuellement inférieurs, sous le rapport du développement intellectuel, à ce que sont les autres types de l'humanité. Il me paraît qu'on a, ce disant, confondu « ignorance » avec «inintelligence». Le plus grand génie du monde, s'il n'était jamais allé à l'école et n'avait jamais vécu qu'au milieu des sauvages, aurait été sans doute dans la complète impossibilité de manifester sa haute intelligence naturelle, ce qui ne veut pas dire qu'il ne l'eût pas possédée effectivement.

Mais, ajoute-t-on, des Noirs africains ont reçu de l'instruction et ont été placés dans un milieu intellectuel très développé, et pourtant ils n'ont rien donné. À cela, il convient de répondre d'abord que certains ont donné des résultats fort satisfaisants, ensuite que, si le nombre de ceux-ci a été restreint, c'est qu'il y avait une différence trop grande entre le milieu d'où sortaient les sujets que l'on a voulu élever et celui dans lequel ils se sont trouvés brusquement transplantés : pour résister au choc et ne pas s'y briser le cerveau, il fallait ou bien être une intelligence d'élite — et sans doute ce fut le cas des premiers — ou bien éviter le heurt dangereux en refusant de se laisser entamer — et tel fut le cas de la majorité. J'ajouterai que les exemples particuliers ne sauraient constituer une règle générale. Pour bien juger des capacités intellectuelles d'une population prise en bloc, il faut la suivre dans l'évolution normale de sa masse et non pas prendre quelques individus plus ou moins heureusement choisis et les transporter dans un monde tellement éloigné du leur qu'ils ne peuvent qu'y faire figure de déracinés et, comme toute plante déracinée, que s'étioler et périr, à moins de circonstances nécessairement exceptionnelles.

Or les Noirs de l'Afrique ont eu cette malchance funeste de ne pouvoir évoluer comme l'ont fait les autres grandes races humaines, sans qu'ils y aient été d'ailleurs pour rien. Alors que, depuis de nombreux siècles, les descendants des Gaulois nos ancêtres se sont trouvés constamment en contact avec des populations plus évoluées ou autrement évoluées qu'eux-mêmes, mais d'une civilisation contemporaine de la leur, et ont pu, prenant aux unes, s'inspirant des autres, devenir les Français d'aujourd'hui, les malheureux Nègres ont été, durant la même période, à peu près complètement isolés du reste de l'humanité. Si des Blancs de l'Afrique du Noire ont réussi, en dépit de la barrière saharienne, à s'approcher d'eux, ce n'a guère été que pour emmener en captivité des milliers et des milliers d'entre eux ou pour leur imposer à coups d'épée un dogme qu'on ne se donnait même pas la peine de leur expliquer.

Si, plus tard, d'autres Blancs les ont pénétrés davantage, en dépit de cet autre obstacle que constitue la barre maritime, ce fut d'abord pour leur arracher de nouveau des milliers d'esclaves, ensuite pour les inonder d'alcools de traite et en dernier lieu pour jeter sans préparation une civilisation de XIXe siècle au milieu d'autres civilisations qui étaient demeurées contemporaines de Charlemagne ou même d'Attila. Dans de semblables conditions, les Noirs ont pu emprunter la culture du coton aux Sémites et l'usage de la poudre aux Européens, mais qu'ont-ils pu gagner au point de vue intellectuel ?


 Les Nègres africains offrent ce spectacle, sans doute unique au monde, de toute une race n'ayant jamais eu à compter que sur elle-même pour progresser et n'ayant rien reçu de l'extérieur, ou en ayant reçu autant de ferments de régression que d'éléments de progrès, sinon plus. Aurions-nous fait mieux qu'eux si nous nous étions trouvés dans la même situation?

Lorsque des peuples, placés dans de telles conditions, ont pu, avec leurs seules ressources, organiser des États comme ceux dont j'ai essayé de retracer ici l'histoire ; constituer et maintenir des centres d'étude comme Tombouctou, par exemple ; produire des hommes d'État comme le mansa Gongo-Moussa ou l'askia Mohammed, des conquérants même comme Ousmândan-Fodio ou El-Hadj-Omar, des savants et des lettrés qui ont réussi, sans l'aide de dictionnaires ni d'une langue véhiculaire quelconque, à posséder suffisamment l'arabe pour le comprendre à livre ouvert et l'écrire correctement ; former des idiomes dont la souplesse, la richesse et la précision font l'étonnement de tous ceux qui les étudient, des idiomes qui pourraient, par le simple jeu normal de leurs lois morphologiques et sans interpolations étrangères, fournir l'instrument nécessaire à ceux qui les parlent si ceux-ci venaient à faire en un jour un bond en avant de quinze ou vingt siècles : inventer de toutes pièces, comme l'ont fait il y a une centaine d'années les Vaï de la Côte des Graines et, plus récemment, les Bamoun du Cameroun, un système d'écriture parfaitement viable, il faut bien admettre que ces peuples ne méritent pas d'être traités d'inférieurs point de vue intellectuel.

À côté de cela, il est impossible de ne pas reconnaître que les Noirs africains sont remarquablement doués pour les arts. Leurs dispositions musicales innées, les instruments qu'ils ont su créer et dont ils tirent souvent un parti surprenant, leurs mélopées et leurs improvisations poétiques, l'élégance des bijoux et des poteries qu'ils fabriquent et de certaines de leurs sculptures sur bois et sur ivoire, le dessin et la couleur de leurs nattes et de leurs tissus, le bon goût de leur talent d'ornementation sont des preuves incontestables de facultés artistiques qui sont appelées à donner plus et mieux qu'elles n'ont pu le faire jusqu'à présent.

L'isolement dans lequel des barrières naturelles ont enfermé trop longtemps leur habitat a fait des Nègres de l'Afrique, par rapport aux Européens plus favorisés, des arriérés ou, plus exactement, des attardés : ils ont perdu beaucoup de temps et ils ne sauraient le rattraper en un jour ni même en un siècle. Mais ils n'ont certainement pas dit leur dernier mot et leur histoire n'est pas finie. Peut-être ne fait-elle que commencer et ce livre n'est-il qu'une préface. » (Maurice Delafosse. « Les Noirs de l'Afrique ». Collection Payot, Paris, 1922, pp.136-139)

NB : L'auteur, Maurice Delafosse, est un Ancien gouverneur des colonies, professeur à l'école coloniale et à l'école des langues orientales. M.Maurice DELAFOSSE est né à Sancergues (Cher), le 20 décembre 1870. M. DELAFOSSE prit du service dans les Affaires Indigènes de la Côte d'Ivoire de 1894 à 1897 (mission Braulot en 1896), puis fut successivement administrateur colonial en Afrique Occidentale de 1897 à 1918 (consul de France au Libéria, 1897-99, commandant de cercle à la Côte d'Ivoire, 1899-1900, chef de la section française de la mission franco-anglaise de délimitation, Côte d'Ivoire-Côte d'Or, 1901-1903, commandant de région à la Côte d'Ivoire, 1904-1907, commandant de cercle au Soudan Français, 1908-1909, chef du service, des affaires politiques au gouvernement général de l'A. O. F., 1915-1918, Secrétaire général du Gouvernement général de l'A. O. F. 1918) et finalement gouverneur des colonies de 1918 à 1919 (gouverneur de l'Oubangui-Chari). Il fut mis à la retraite pour infirmités contractées en service le 31 décembre 1919. M. DELAFOSSE est Officier de la Légion d'honneur.


« La puissance millénaire de la Race Sudéenne

Dans ce temps-là, la Race noire, que j'appellerai toujours Sudéenne à cause de son origine équatoriale, et par opposition la Race blanche que j'ai nommée Boréenne ; la Race noire, dis-je, existait dans toute la pompe de l'État social. Elle couvrait l'Afrique entière de nations puissantes émanées d'elle, possédait l'Arabie, et avait poussé ses colonies sur toutes les côtes méridionales de l'Asie, et très avant dans l'intérieur des terres. Une infinité de monuments qui portent le caractère africain, existent encore de nos jours dans tous es parages, et attestent la grandeur des peuples auxquels ils ont appartenu. Les énormes constructions de Mahabalipouram, les cavernes d'Ellora, les temples d'Isthakar, les remparts du Caucase, les pyramides de Memphis, les excavations de Thèbes en Égypte, et beaucoup d'autres ouvrages, que l'imagination étonnée attribue à des Géants, prouvent la longue existence de la Race sudéenne et les immenses progrès qu'elle avait faits dans les arts. On peut faire à l'égard de ces monuments une remarque intéressante.

C'est que le type d'après lequel ils sont tous construits est celui d'une caverne creusée dans une montagne ; ce qui domine penser que les premières habitations des peuplades africaines furent des sortes de cryptes formées de cette manière, et que le nom de troglodytes dût être d'abord leur nom générique. Le type de l'habitation primitive des nations boréennes, qui a été le chariot, se reconnaît dans la légèreté de l'architecture grecque, dans la forme des temples antiques, et même dans celle des maisons. Quant aux races médianes qui ont dominé ou qui dominent encore en Asie, et qui tiennent à la Race jaune, la Tatâre orientale et la chinoise, très nombreuse quoi que très avancée dans sa vieillesse, il est évident que tous leurs monuments retracent fidèlement la forme de la tente, qui fut leur première demeure.

Or, la Race sudéenne, très puissante et très répandue en Afrique et dans le midi de l'Asie, ne connaissait qu'imparfaitement encore les contrées septentrionales de cette partie du monde, et n'avait de l'Europe qu'une très vague idée. L'opinion générale était sans doute que cette vaste étendue, occupée par des terres stériles et frappées d'un hiver éternel, devait être inhabitable. L'opinion contraire eut lieu en Europe, à l'égard de l'Afrique, lorsque la Race boréenne parvenue à un certain degré de civilisation commença à avoir une science géographique. Quoi qu'il en soit, le nord de l'Asie et l'Europe vinrent à être connus des Sudéens, au moment ou cet événement devait avoir lieu. Quelles que fussent les circonstances qui l'amenèrent, et les moyens qui furent employés pour cela, il n'importe: la Providence l'avait voulu, et il fut. Les hommes blancs aperçurent pour la première fois, à la lueur de leurs forêts incendiées, des hommes d'une couleur différente de la leur. Mais cette différence ne les frappa pas seule. Ces hommes couverts d'habits extraordinaires, de cuirasses resplendissantes maniaient avec adresse des armes redoutables, inconnues dans ces régions.

Ils avaient une cavalerie nombreuse ; ils combattaient sur des chars, et jusque sur des tours formidables, qui, s'avançant comme des colosses, lançaient la mort de tous les côtés. Le premier mouvement fut pour la stupeur. Quelques femmes blanches dont ces étrangers s'emparèrent et dont ils cherchèrent à capter la bienveillance, ne furent pas difficiles à séduire. Elles étaient trop malheureuses dans leur propre patrie pour en avoir nourri l'amour. De retour dans leurs tanières, elles montrèrent les colliers brillants, les étoffes délicates et agréablement nuancées qu'elles avaient reçus. Il n'en fallut pas davantage pour monter la tête de toutes les autres. Un grand nombre profitant des ombres de la nuit, s'enfuit, et alla rejoindre les nouveaux venus. Les pères, les maris, n'écoutant que leur ressentiment, saisirent leurs faibles armes, et s'avancèrent pour réclamer leurs filles ou leurs épouses. On avait prévu leur mouvement ; on les attendait. Le combat engagé, l'issue n'en fut pas douteuse. Plusieurs furent tués, un plus grand nombre demeura prisonnier ; le reste prit la fuite. » (Antoine Fabre d'Olivet. Histoire Philosophique du Genre Humain, Tome 1, pp.52-53) ».

« La vérité est que j'ai dit tout autre chose : savoir que le grand drame historique de l'Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c'est au moment où l'Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d'industrie les plus dénués de scrupules que l'Europe s'est ''propagée''; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire. » (Aimé Césaire. Discours sur le colonialisme, suivi de : Discours sur la Négritude. Édition Présence Africaine, 1955)

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