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France: 40 % des membres de la diaspora africaine prêts à retourner en Afrique

La diaspora africaine en France est estimée à 5 millions de personnes, des individus sur plan affectif à cheval entre deux rives (monde), et dont certains réfléchissent à retourner sur le continent. De l'idée à l'installation, quels sont les freins et motivations des candidats issus de la diaspora à retrouver travailler en Afrique ? Et quelles places tiennent l'image et les valeurs de l'entreprise dans cette décision ?

 Afin d'analyser la perception et les attentes des acteurs de la diaspora africaines en France vis-à-vis des opportunités professionnelles en Afrique, le groupe Intelcia, entreprise spécialisée dans les métiers de la relation client, a publié les résultats d'une enquête réalisée avec le Cabinet d'étude INNONGENCE CONSULTING sur l'Attractivité professionnelle du continent africain auprès des diplômés et des cadres de la diaspora ».

Voici les résultats saillants:

• Près de 40% des membres de la diaspora sont prêts à retourner en Afrique immédiatement

• Le désir d'entreprendre est le premier facteur motivant un retour en Afrique pour 62% des diplômés et des cadres de la diaspora.

• Plus de 70% des répondants pensent que décrocher un emploi ou une promotion en Afrique nécessite d'avoir des relations.

• Ils sont 51 % à être intéressés par des opportunités professionnelles au sein de multinationales africaines.

• Pour ce qui est de l'épanouissement professionnel, 50 % disent privilégier une activité professionnelle "qui a du sens".

« Les jeunes diplômés et cadres de la diaspora dans leur globalité, quelques soient leur sexe, âge, niveau d'étude ou expérience professionnelle, sont désireux de retourner travailler en Afrique si l'opportunité se présente. Aussi il est essentiel de comprendre leurs freins, leurs motivations et leurs aspirations afin de pouvoir transformer l'opportunité en réalité. Il s'agit également pour les entreprises africaines de travailler sur leur marque employeur afin d'être beaucoup plus attractives auprès des candidats. Il faut repenser nos organisations et notre culture d'entreprise afin de valoriser nos métiers et le marché du travail en Afrique» indique Saad Berrada, DRH du groupe Intelcia.

Concernant ceux qui veulent rentrer, on atteint les 71% pour ceux qui envisagent de repartir dans un délai de 10 ans. En outre, 56% d'entre eux privilégient un retour dans leur pays d'origine, tandis que 15% sont ouverts à des opportunités sur tout le continent. Les membres de la diaspora originaires d'Afrique Subsaharienne sont les plus enclins à rentrer à horizon 5 ans (58 %) par rapport aux ressortissants du Maghreb (41%).


Ils sont également 45 % parmi les 24-27 ans à vouloir s'installer ou se réinstaller en Afrique immédiatement, contre 41% pour les 28 -35 ans et 42 % pour les plus de 35 ans. La digitalisation du continent à travers l'essor des nouvelles technologies est de loin le facteur social le plus motivant pour un retour en Afrique pour 42 % des acteurs de la diaspora. Ces derniers accordent une considération à l'accès aux diverses plateformes et services digitaux depuis le continent.

Cependant, dans le choix de leur poste, 60% des répondants jugent ainsi que la transformation digitale des entreprises du continent, n'étant pas d'une grande importance dans leur choix. L'aventure entrepreneuriale est clairement le premier facteur professionnel de motivation pour un retour en Afrique pour 62% des membres de la diaspora. 43% des répondants désirent se lancer immédiatement après leur retour.

Cette tendance est plus marquée chez les personnes de plus de 28 ans, celles ayant plus de 5 années d'expérience, mais aussi chez les hommes. Néanmoins, 47% des interrogés disent aussi être tentés par les multiples opportunités professionnelles dans leur secteur professionnel actuel. Parmi les métiers recherchés par les jeunes diplômés et cadres de la diasporas, le secteur tertiaire est le plus plébiscité : 17 % des répondants favorisent les métiers de Conseil,16 % optent pour la Communication et Marketing, et 15 % se tournent vers les métiers de la Finance.

La quête de sens et l'essor du continent comme motivation majeur pour les opportunites professionnelles. Parmi les critères de choix d'un poste en Afrique, ils placent les perspectives de carrière (48%), le contenu de la mission (42%) et les valeurs de l'entreprise (63%) dans le Top 5 des critères pour le choix d'un poste en Afrique. La rémunération (32%) et la "Stabilité politique et économique du pays" (56%) occupent les deux premières places.

La renommée ou encore la mobilité ne sont pas énormément plébiscitées (18%). L'épanouissement dans le travail reste le point central chez les personnes envisageant un retour professionnel en Afrique. En effet, les répondants disent privilégier une expérience professionnelle qui a du sens (50%) au-delà de l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (34%) et l'ambiance au travail (16%).

Cet équilibre se retrouve peu importe le genre, l'âge ou le niveau d'étude et d'expérience professionnelle considéré. Une large majorité des répondants désirant saisir des opportunités en Afrique souhaitent avoir une approche collaborative dans leur relation avec leur hiérarchie, tout en ayant assez d'autonomie et de responsabilité. Ceci se confirme quel que soit le groupe d'âge des répondants.

Si les jeunes diplômés désirent plus de responsabilité et d'autonomie (73% contre 59% pour ceux ayant plus d'expérience), les séniors sont plus portés sur le travail collaboratif avec leur hiérarchie (76% contre 67% pour les plus juniors). Le désir d'avoir des discussions ouvertes avec sa hiérarchie est partagé par tous les répondants, peu importe le genre, le niveau d'expérience professionnelle et le niveau d'étude.

" Tout le narratif sur la croissance économique du continent africain suscite des vocations auprès des jeunes de la diaspora. Ceux-ci désirent jouer un rôle actif dans l'émergence du continent africain, que ce soit en tant qu'entrepreneur ou de préférence au sein d'entreprises africaines. La diaspora reste néanmoins très lucide sur le contenu des missions et les conditions de travail pour lesquelles elle est prête à s'engager " commente Landry DJIMPE, Associé Innogence Consulting. Une forte volonté de rejoindre une entreprise africaine malgré des craintes liées au management.


 Le rêve des jeunes de la diaspora

Plus de 40% des jeunes de la diaspora sont plutôt intéressés par des opportunités professionnelles en Afrique au sein de multinationales, avec une préférence pour les multinationales africaines (51%). Les startups africaines (36%) et les organismes internationaux (38%) sont aussi d'un intérêt particulier pour ces profils. Les diplômés niveau Master et plus ont un plus fort attrait pour les multinationales, notamment africaines (54%) et les organismes internationaux (40%) que ceux moins diplômés.

Les profils niveau Bac +2 et Bac+3 seront plus portés vers les startups (44%) que les profils plus diplômés (34%). Plus de 70% des répondants pensent que décrocher un emploi ou une promotion en Afrique nécessite d'avoir des relations, ce qui monte à environ 90% chez les moins de 24 ans. De même, plus de 35% jugent les organisations africaines très hiérarchiques. Seuls 20% des répondants pensent que ces entreprises sont propices à l'ascension professionnelle ou alors permettent d'avoir des échanges ouverts.

Ceci se vérifie peu importe le niveau d'expérience professionnelle ou le niveau d'étude.

Pour les répondants, les entreprises africaines valorisent plus l'expertise dans un domaine d'activité (42%) plutôt que l'expérience internationale (29%), l'expertise dans différents domaines (15%) et la connaissance du continent (14%). 35% des jeunes diplômés (entre 1 à 5 ans d'expérience) tendent à croire que les entreprises africaines privilégient plus l'expérience internationale contrairement à ceux ayant un peu plus d'expérience qui ne sont que 19% à le penser. Ces derniers considèrent que les entreprises misent plus sur l'expertise (47%), or seuls 36% des jeunes diplômés partagent cette opinion.

« Les acteurs de la diaspora sont optimistes concernant le développement de l'Afrique et les opportunités professionnelles qu'elle peut offrir. Nous avons aussi, nous les entreprises, un rôle déterminant dans cette transformation. Savoir rendre son entreprise attractive auprès des cadres permet de conserver et aussi ramener les élites sur le continent, mais il faut surtout mettre en place les conditions et solutions qui permettront à tous de monter en compétence pour répondre pleinement aux exigences du marché mondial. » conclut Jean-Yves Kotto, Directeur Afrique subsaharienne d'Intelcia.

L'étude « L'attractivité professionnelle du continent africain auprès des diplômés et cadres de la diasporas » a été réalisée auprès d'un échantillon de 800 personnes âgées de plus de 18 ans, issues de la diaspora africaine. Les interviews ont été réalisées par téléphone, par email et par entretien de visu du 1er juin au 10 septembre 2019.

 

Comment Haïti a contribué à l'éducation du peuple congolais

Wednesday, January 22, 2020

En 1960, l'Assemblée générale de l'organisation des nations-unies prend une résolution par laquelle l'obligation est faite aux puissances colonialistes et esclavagistes européennes dont la France, la Belgique, le Portugal et l'Angleterre, de libérer les peuples sous leur domination. Selon l'article 3 de la résolution, le manque de préparation dans les domaines politique, économique ou social ou dans celui de l'enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte pour retarder l'indépendance.

Cependant, ce qui s'est passé par la suite avec les anciennes colonies françaises et belges notamment la Nouvelle République du Congo est passionnant. Une histoire qui implique Haïti, la Première République Noire du monde. En juin 1960, Patrice Lumumba devient Premier Ministre de la République Démocratique du Congo, soit 6 mois avant la résolution de l'organisation des nations-unies sur l'octroi de l'indépendance aux peuples coloniaux. Son ambition comme nationaliste est de conduire son pays vers le développement durable.

Pour Lumumba, le seul pays capable de l'aider dans ce projet c'est Haïti, la première république noire du monde. Pour conforter son point de vue, voici ce que disait Patrice Lumumba aux Congolais: "Haïti c'est là où la négritude s'est mise debout, nous devons collaborer avec les Haïtiens pour nous sortir du joug colonial." Et le message a été reçu!

C'est ainsi que le Ministre de l'Éducation Nationale du Gouvernement de Patrice Lumumba, Monsieur Pierre Mulele décide de faire appel aux enseignants haïtiens pour apporter leur aide au peuple congolais fraîchement indépendant. L'objectif de Pierre Mulele est de faire de l'enseignement un outil de la décolonisation mentale à partir d'une éducation scientifique et nationaliste, une scolarisation démocratique touchant les plus pauvres du pays, avec le souci de rompre avec l'obscurantisme enseigné par les missionnaires européens blancs chrétiens colonialistes.

En juillet 1960, le Ministre congolais de l'Éducation Nationale, Monsieur Pierre Mulele, sur ordre du Premier Ministre Patrice Lumumba, envoie un émissaire en Haïti avec la mission suivante: "convaincre le gouvernement haïtien de nous envoyer des enseignants haïtiens au Congo afin que nous puissions remplacer les enseignants Belges."


L'histoire rapporte que l'émissaire congolais envoyé à Port-au-Prince n'a même pas eu le temps de convaincre le président haïtien, François Duvalier, parce qu'à l'instant où celui-ci était en train d'apprendre la nouvelle, il était déjà d'accord avec l'idée. Pourquoi? Pour deux raisons: la première raison, c'est que François Duvalier estimait qu'il avait un devoir envers l'Afrique, maman d'Haïti. La deuxième raison, c'est que le président haïtien voulait se débarrasser des intellectuels haïtiens trop critiques envers son régime.

C'est ainsi que le président François Duvalier organisera lui-même la plupart des voyages. Plusieurs centaines d'enseignants haïtiens dont des mathématiciens, des médecins, des avocats, des hommes de lettre partent pour l'Afrique en général, et pour le Congo en particulier. De très tôt, la présence d'enseignants haïtiens dans les écoles et universités congolaises est remarquée.

L'histoire rapporte que les missionnaires européens blancs chrétiens racistes, notamment belges et français, avaient fait savoir aux congolais que les noirs étaient incapables d'apprendre les mathématiques, mais lorsque les mathématiciens haïtiens sont arrivés dans les écoles congolaises ce fut la stupéfaction totale. Leur enseignement est incroyable, et les Congolais n'en croyaient pas leurs yeux ni leurs oreilles.

Par conséquent, pour l'occident blanc chrétien colonialiste raciste, les Haïtiens constituent une menace évidente qu'il faudra neutraliser par tous les moyens possibles, et Patrice Lumumba, un nationaliste égoïste, un révolutionnaire dangereux à éliminer sans condition. En janvier 1961, Patrice Lumumba est assassiné. En 1963, les Haïtiens constituent le deuxième groupe d'enseignants le plus nombreux du Congo après les Belges, mais les puissances colonialistes et esclavagistes, notamment la Belgique et la France, portent plainte contre Haïti aux Nations-Unies. Haïti a été sanctionnée: d'abord, il y a eu un blocus des investissements étrangers dans le pays et une restriction des visas européens pour les citoyens haïtiens. Ensuite, l'embargo économique contre le premier peuple noir du monde a été renforcé.

Pour lire la Déclaration de l'Organisation des Nations-Unies sur l'octroi de l'indépendances aux peuples coloniaux, cliquez sur le lien ci-dessous:

https://profileayiti.blogspot.com/2020/01/declaration-de-loctroi-de-lindependance.html#links

 Pour études complémentaires, PROFILE AYITI vous recommande "J. Stengers, Congo, mythe et réalités 100 ans d'histoire, 1989; K. Bwatshia, Blancs et Noirs face à la décolonisation du Congo Belge, presse universitaire du Zaïre, 1992."

#Team_PROFILE_AYITI

#AYITI_SANS_MENSONGE

Notes de Charles Philippe BERNOVILLE
Président et directeur des recherches.

Drame spirituel au Cameroun sur fond de crise socio-éducative: voici comment et pourquoi Me SOUOP Sylvain(Avocat au Barreau du Cameroun) et l'enseignant des mathématiques de 26 ans sont morts

 

Mise en situation: 

Humainement parlant (sur le plan matériel), le premier visé est mort par la suite d'un accident de la voie publique avec fracture des deux os de l'avant-bras l'ayant conduit dans un hôpital public où les causes scientifiques du décès ne sont pas encore rendues publique.

Le second est mort poignardé par son élève âgé entre 15-18 ans. D'après les médias et le récit des enseignants du Lycée où le drame s'est produit, les coups ayant conduit à son décès ont été portés en deux temps: d'abord à l'aide d'un compact à bout pointu, ensuite il l'a achevé par des coups de couteau ayant créé un trou béant en pleine poitrine du côté gauche où est logé le coeur.

Sur le fond:

Je vais poursuivre mon analyse, d'une part, à la lumière de la Loi d'affinité ou d'Attraction, et d'autre par, de la citation de Bachelard Gaston que voici:

« Il faut mettre la société au service de l'école et non pas l'école au service de la société».

D'après la Loi d'affinité ou d'Attraction, le buffle fait troupeau avec le buffle, le zébu avec le zébu, la panthère avec la panthère, le lion avec le lion, le tigre avec le tigre, etc. De par leur démission totale et collective et à tous les niveaux, le peuple camerounais a patiemment et avec une force mentale exceptionnelle, attiré vers lui des Entités négatives (-) d'une férocité implacable.

Le peuple camerounais a été doublement piégé:

1) D'abord par lui-même en ignorant les signaux d'alerte de la retenu envoyés par la Source Primordiale et abyssale. La drame spirituel est avant tout individuel puis collectif. Lorsqu'il se produit un drame social, les camerounais disent à l'unanimité:

''ON VA FAIRE COMMENT. LE CAMEROUN C'EST LE CAMEROUN''.

Une façon de marquer leur démission et par ricochet, donner une certaine ''caution mentale'' à leur maintien dans la ''prison spirituelle'' qu'ils ont eux-mêmes générée par la corruption à très grande échelle; un désordre ambiant rendant la mouvance existentielle insupportable; une impunité criminelle sur fond d'injustice sociale; la dilution des valeurs morales qui régissent la vie dans une société humaine, je veux dire la rupture du contrat social entre les humains et les NÉTÉROUS(Ankhcêtres) car les ''morts ne sont pas morts. Ils sont dans le Village des Bananes.''

Les morts ont ''parlé'' à mainte reprises, mais les ''vivants'' ont systématiquement refusé d'écouter les messages d'avertissement. Ces derniers ont franchi la ''ligne rouge spirituelle'' et ils ne peuvent s'attendre qu'à la foudre qui va s'abattre sur leur tête comme un Ouragan de Feu cosmique.

Via leur Mental Supérieur, les ''vivants'' ont envoyé dans le Cosmos des puissantes ondes vibratoires négatives qui ont déclenché en retour comme un effet ''boomerang''(choc en retour), une avalanche de souffrances et de morts, ''véhiculées'' par des Entités négatives hautement nocives dont les vibrations sont basses.

Du coup, l'étau s'est resserré sur le peuple camerounais pris dans son propre piège. C'est dans ce drame(individuel puis collectif) que le peuple camerounais continue de se ''reproduire''. Il exacerbe cette ''laideur spirituelle'' par la ''justice populaire'' qui consiste à renforcer le pouvoir et les effets nocifs de ces Entités négatives sur son corps défendant, en torturant et en brûlant vif des personnes arrêtées pour des vols mineurs, sous un soleil ardent(crime sacrificiel).

L'autre résultante de cet état de fait, c'est la méchanceté, l'orgueil et l'ignorance érigés en ''valeurs sociales'': c'est ce que je qualifie « d'impasse spirituelle » étant donné que ''Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas et réciproquement.'' (Djéhuty ou Thot).


2) Ensuite, par les agents locaux nègres de la Négrophobie vampirique mondialisée et tropicalisée des sectes et des Loges oxydentales et arabo-musulmanes. Les ''Évolués'' de la néocolonie ont subrepticement poussé le peuple camerounais dans le piège tendu par les ennemis de Mama Africa depuis que Ta-Méry(Égypte ancienne) a perdu l'initiative historique.

Le Pr Anta Diop Cheikh signalait de son vivant que l'impérialisme est avant tout spirituelle, puis culturelle et enfin économique. Dans sa conférence à l'Université de Niamey en 1984, il nous avertissait et attirait notre attention sur les dangers de la guerre secrète menée par les sectes et les Loges oxydentales et arabo-musulmanes contre les Confréries traditionnelles négro-africaines en ces termes:

« (...) Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Il faut justement que votre sagacité intellectuelle aille jusque-là (...)

Il n'y a qu'un seul salut, c'est la connaissance directe et aucune paresse ne pourra nous dispenser de cet effort (...).

A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu'aux dents (...) et arrachez votre patrimoine culturel. Ou alors, traînez-moi dans la boue, si quand vous arrivez à cette connaissance directe vous découvrez que mes arguments sont inconsistants, c'est cela, mais il n'y a pas d'autre voie ».

À travers le système de la CONSERVATION DU POUVOIR (le Patrimonialisme rationalisé ou le clientélisme politique), les agents locaux nègres de la Négrophobie vampirique mondialisée et tropicalisée des sectes et des Loges oxydentales ont entrepris d'envahir les Chefferies traditionnelles et pris en otage le peuple camerounais. Le pouvoir et l'autorité des Rois (Fo'o) sont travestis par le poison de l'argent.

La racine et le socle des cultures sont pollués et dilués à très grande échelle et à la profondeur de mille lieux. Du coup, il n'y a plus personne pour ''rattraper l'autre''. Le peuple camerounais apparaît comme une personne dont tout le corps est enterré et il n'y a que la tête qui bouge encore. Si on n'y prend pas garde, même la tête va sauter comme un bouchon de champagne.

Lorsque Bachelard Gaston déclare qu'« Il faut mettre la société au service de l'école et non pas l'école au service de la société », nous pouvons transposer cette boutade dans la société camerounaise actuelle pour fustiger le maintien des programmes scolaires faisant la promotion de l'aliénation culturelle au profit de ce qui est qualifiée abusivement de ''Suprématie blanche''.

En guise de conclusion partielle:

La refonte ad integrum des programmes scolaires avec pour point d'encrage:

-le retour à la spiritualité négro-africaine;

-la diffusion immédiate des Humaines Classiques africaines;

-la diffusion à très grande échelle des valeurs cardinales de l'UBUNTU (''Nous pensons, donc je suis'', ''je ne suis rien sans l'autre'', ''autrui m'aide à me réaliser'', etc.);

-une insurrection-révolution suivie d'un ENRACINEMENT (rupture épistémologique et paradigmique) c'est-à-dire un changement radical de paradigme;

-le retour à la Maât (Justice-Vérité): le retour aux formes de démocratie endogène marquée par la diffusion de la Charte du Mande, du Xeer-Issa, de la Sagesse négro-africaine, etc.

-la mise sur pied des Assemblées Constituantes populaires;

-le retour à l'égypte ancienne dans tous les domaines;

-etc.

Tout ceci passe obligatoirement par un combat permanent et individuel contre nos propres faiblesses qu'il faut transformer en qualités (lutter contre soi-même et se laisser aller à de nobles sentiments). Mama Africa a urgemment besoin des ''Hommes morts pour qui la mort n'est qu'un changement d'état''.

Dans le cas contraire, ce qui est convenu de qualifier d'« êtres humains » doit s'attendre à un Déluge de Feu Cosmique qui va tout nettoyer en profondeur afin de permettre l'émergence d'une nouvelle catégorie d'« êtres humains », moins corrompus, plus disposés à écouter et à craindre les NÉTÉROUS (Ankhcêtres), plus disposés à protéger et à valoriser notre patrie l'Afrique (Terre-Mère). Il ne peut en être autrement.


 En guise de conclusion:

« La société a besoin d'un centre sublime autour duquel tourner

Beaucoup pensent que l'essentiel, c'est de travailler au bien de la société, et qu'il est sans importance de croire en Dieu. Eh bien, ils se trompent, parce qu'au bout d'un certain temps cette société sans Dieu dégénérera. Comme elle n'aura pas au centre un point sublime autour duquel tourner, les humains cesseront d'être des créatures sociales parfaites. Il se glissera en eux de la cupidité, du parti-pris, de l'injustice.

Toutes les sociétés qui n'ont pas eu un point solide auquel s'accrocher pour empêcher les forces négatives de se développer ont fini par s'effondrer.

Quand une société vit avec la conscience de l'existence d'un monde supérieur, il circule en elle une telle force que tous les éléments nocifs sont balayés, et il y a alors beaucoup plus de possibilités d'établir des lois équitables qui concourent au bien-être de tous.

Mais quand l'intensité spirituelle commence à baisser, il s'éveille des forces négatives qui, plus rien ne les menaçant, envahissent tous les domaines. Si tellement de maux existent sur la terre, c'est parce que les humains ont laissé s'affaiblir en eux et dans la société la conscience de la Divinité.

Cependant, toutes les civilisations de notre histoire ont décliné. Même celles qui étaient bâties sur les bases les plus pieuses. Tout est voué à disparaître par le principe du cycle.

Ce qu'il faudrait dire plutôt, c'est que la divinité favorise des choses positives et bénéfiques dans le vivre ensemble et le développement de soi, donc de l'humanité.

Chaque espèce animale (les insectes, les fauves, les mammifères, les reptiles, les oiseaux) a une nourriture bien déterminée. Vous pouvez vous-même en faire l'expérience: laissez quelques miettes de nourriture dans une pièce, immédiatement certaines bestioles arrivent. Si c'est du miel vous aurez des guêpes, si c'est des fromages vous aurez des souris... Comment ont-elles senti de loin qu'il y avait là quelque chose à grignoter pour elles?.. Mais dès que vous nettoyez, elles disparaissent...

Ce phénomène explique que si l'homme maintient en lui certaines pensées, certains désirs ou sentiments qui ne sont ni lumineux, ni purs, tout de suite arrivent des entités qui aiment ces impuretés et qui s'installent pour se nourrir. Mais s'il se purifie, s'il devient raisonnable, ces entités le quittent pour laisser la place aux esprits lumineux. Très peu de gens savent lire dans ce livre de la nature vivante qui est là devant eux. Vous direz que ce ne sont que de petits détails. Oui, mais les applications dans la vie psychique sont immenses.»

(Omraam Mikhaël Aïvanhov)

Vie, Santé, Force!

Kä Mana : « les brasseries en Afrique sont des structures d’imbécilisation collective de nos populations.»

27 septembre 2018

Philosophe, écrivain Godefroid Kä Mana est un penseur congolais qui a publié plusieurs réflexions et recherches notamment sur la transformation sociale en Afrique. Pour lui, les brasseries, avec leurs produits et publicités contribuent à la chute du potentiel de réflexion des Africains sur leur situation.

TIA : Professeur, vous dénoncez souvent le fait que l'alcool crée une inconscience chez la jeunesse africaine, pourtant ce n'est pas sur notre seul continent qu'il y a des brasseries. Comment expliquez-vous votre analyse ?

Il s'agit d'une analyse de la situation africaine et du manque de conscience de nos populations sur les enjeux réels de notre présent et de notre avenir. Sur le combat qu'il faut mener et les défis à relever. Tout cela exige une population capable de réfléchir et de regarder en toute conscience la condition de nos sociétés face à nos misères matérielles, face à nos extraversions culturelles, face à nos économies qui s'effondrent, face à nos politiques délirantes.

Tout cela exige que nous soyons dans une situation de réflexion permanente sur ce que nous devrions faire. Malheureusement il y a dans nos sociétés des structures qui nous empêchent de le faire. Je les appelle des « structures d'imbécilisation collective » dont souffre l'Afrique aujourd'hui. Et les brasseries en font partie. Les brasseries sont devenues des endroits où l'on fabrique un style de vie qui pousse les gens à toujours plus consommer d'alcool, ce qui détruit leur capacité d'analyser leurs situations. Comme si l'alcool était devenu un exutoire pour fuir les problèmes.

Et c'est contre cette pratique des brasseries qui imbécilise la société que je m'inscris en faux ! L'alcool semble devenu une dynamique fondamentale d'orientation de la vie d'une population. Regardez le temps accordé à la publicité incitant à la consommation de l'alcool sur nos chaines de télévision ! Ces publicités sont un conditionnement psychologique de tous les téléspectateurs ! Comme si on nous disait : « Vous pouvez vous en sortir en buvant le plus d'alcool »

Moi je m'attendais qu'on puisse nous dire « Vous pouvez vous en sortir en éduquant le plus profondément possible vos enfants ! » par exemple ! Pour que nos jeunes puissent être une nouvelle société avec un esprit de grandeur afin de construire leur avenir.

Mais il y a plus grave ! Les brasseries sont devenues les premiers sponsors de nos musiciens. Des lieux de mécénats pour nos musiciens qui ont une influence énorme sur nos comportements et sur notre imaginaire en Afrique. Actuellement les musiciens vivent des brasseries, et du coup ils font leur publicité.

Ils transmettent des messages qui nous poussent vers le bas. Car c'est cela que les brasseries attendent d'eux. Jamais ils n'enverront un message du genre « Regardons notre destin avec conscience pour créer une Afrique nouvelle ». Jamais ! Et c'est contre tout ça que je m'inscris en faux. J'aimerais que nos jeunes comprennent qu'il y a péril dans la demeure, qu'il y a danger dans nos sociétés.


 Il y a une bière dont je ne cite pas le nom, mais dans sa publicité on écrit le nom puis on ajoute « RESPECT ». C'est donc une bière réservée aux personnes d'un certain standing et on leur dit: « Votre respect passe par la consommation de cette bière.

Si on réfléchissait en termes de pourcentage, à quel hauteur l'alcoolisme serait responsable de l'inconscience de nos jeunesses africaines, car il est évident que l'alcool n'en est pas seul responsable?

Il y a trois faits principaux. Le système scolaire et universitaire qui est aussi devenu partie prenante de ces structures d'imbécilisation et les églises et toutes ces spiritualités dites nouvelles. En termes de pourcentage, donnez un tiers à chacune de ces structures.

Revenant sur l'alcoolisme, il y a maintenant en RDC des bières accessibles aux petites bourses, des petites bières, dont la fameuse congolaise « Petite ya quartier », c'est aussi un fait pour pousser les jeunes à plus boire, et vous vous insurgez aussi contre cela !

Oui ! Ce n'est pas innocent ! On montre que chacun peut boire à son niveau de revenu. Et la publicité vous le dira ! Il y a une bière dont je ne cite pas le nom, mais dans sa publicité on écrit le nom puis on ajoute « RESPECT ». C'est donc une bière réservée aux personnes d'un certain standing et on leur dit: « Votre respect passe par la consommation de cette bière. » Il y a une autre publicité de bière où c'est une femme qui parle : « C'est la bière de mon mari » pour sous-entendre qu'elle améliore les capacités libidinales du mari !

Mais pire, cette bière qu'on appelle « Petite ya quartier », c'est un nom de publicité qui veut dire les petites filles du quartier. Et ces bières on ne les sert qu'à deux à la fois. Le message subliminal qui passe c'est que tant que tu as ton argent, t'es un grand ou un papa du quartier, tu peux te taper autant de petite filles, des enfants, que tu veux, t'en servir comme on te sert cette bière ! C'est devenu une dépravation collective et malheureusement acceptée par tout le monde parce que cette publicité passe ! Il y a d'innombrables exemples de ce genre de publicités.

Alors, devrions-nous accepter que l'imaginaire de notre société soit ainsi structurée par de telles orientations de vie alors que nous avons des problèmes énormes ? Ma réponse est non !

« Quand vous regardez l'ensemble de livres ou de romans africains à succès dans le monde d'aujourd'hui, vous remarquerez que ce sont toujours des romans qui parlent en mal de l'Afrique. Sauf Waberi ! »

Comment pensez-vous mener cette lutte en tant qu'enseignant d'université et quelles sont vos stratégies? Comment pensez-vous que les Africains et les jeunes comprendront le fond de votre pensée ?

Nous sommes dans une bataille des imaginaires. Et notre travail en tant qu'enseignant est de faire prendre conscience à nos étudiants de cette bataille. Une bataille qui ne concerne pas que la bière, mais aussi la place de l'Afrique dans le monde.

Et l'image que le monde a de l'Afrique aujourd'hui. Cette image se construit, il y a des gens qui fabriquent cette image pour nous la mettre dans la tête grâce à l'alcool et des deux autres structures dont je vous ai parlées (Le système scolaire et universitaire, et les églises et toutes ces spiritualités dites nouvelles, ndrl), et il y a des personnes qui travaillent pour nous faire penser une Afrique d'aliénation et d'infériorité, du nouvel esclavage.


Une Afrique de servitude volontaire, dans le contexte de mondialisation ou nous sommes mis comme le continent en queue de peloton. Il faut maintenant faire comprendre aux étudiants que leur travail c'est de casser cet imaginaire la, de construire un autre imaginaire qui mette l'Afrique au niveau qu'il mérite. Une grande civilisation qui l'a toujours été depuis l'Egypte pharaonique.

Une Afrique qui enrichit le monde et non celle dont le monde veut faire des caniches pour l'occident. Et pour le faire comprendre aux jeunes, il faut leur montrer à quel niveau nous devenons imbéciles, leur montrer le fonctionnement de ces structures d'imbécilisation et susciter une force capable de dire non!
L'Afrique est la réserve des espoirs du monde et des espérances de l'humanité, et elle doit garder cette place.

Les Etats-Unis d'Afrique c'est le fondement de notre avenir, qui devrait devenir une réalité politique, économique, sociale et culturelle ! Ou nous faisons ça ou nous crevons !

Dans une interview avec le professeur Abdourahman Waberi, nous avons notamment discuté du concept « Etats-Unis d'Afrique » comme l'un des moyens de l'émancipation du continent, y adhérez-vous ?

Waberi a compris quelque chose de fondamental ! Quand vous regardez l'ensemble de livres ou de romans africains à succès dans le monde d'aujourd'hui, vous remarquerez que ce sont toujours des romans qui parlent en mal de l'Afrique. Sauf Waberi !

Ça veut dire qu'il a compris qu'on doit construire un imaginaire africain positif, créatif et fertile. Et les Etats-Unis d'Afrique c'est le seul chemin pour que cet imaginaire s'incarne et devienne le lieu où les jeunes s'engagent dans une dynamique de la créativité et de la construction de leur propre avenir. Les Etats-Unis d'Afrique c'est le fondement de notre avenir, qui devrait devenir une réalité politique, économique, sociale et culturelle ! Ou nous faisons ça ou nous crevons !

Rodriguez Katsuva ThisIsAfrica.me

Professeur Kä Mana (Crédit photo Rodriguez Katsuva)

5 Rois africains inoubliables qui se sont particulièrement rebellés contre les colonialistes

Ces chefs / rois courageux et sans peur se sont tenus debout et ont été intensément opposés aux tentatives des «colonisateurs» de superposer leur volonté à leurs parents.

 Béhanzin

Il était le dernier roi indépendant et traditionnellement intronisé du royaume du Dahomey (aujourd'hui le Bénin). Béhanzin a gouverné de 1889 à 1894 et a activement dirigé son peuple contre les impérialistes français lors de la guerre du Dahomey de 1892 à 1894. Les Français, cependant, sont sortis victorieux et ont été destitués de Béhanzin. Il passa ses dernières années en Martinique et en Algérie, mais sa dépouille fut restituée au Dahomey après sa mort.

Hendrik Witbooi

Hendrik Witbooi, héros national en Namibie, était le chef du peuple howKhowesin. Witbooi est connu pour mener son peuple dans une résistance armée contre les colonialistes allemands. Il est mort sur le front le 29 octobre 1905. Sa photo figure sur deux billets de banque namibiens.


 Dedan Kimathi

Également un héros national au Kenya, Dedan Kimathi est célèbre pour avoir dirigé la rébellion armée Mau Mau contre le colonialisme britannique dans les années 1950. Bien que qualifié de terroriste par le gouvernement colonial britannique, Dedan Kimathi a joué un rôle clé dans la lutte pour l'indépendance du Kenya. Il fut capturé et exécuté le 18 février 1957, accusé d'armes et de munitions, puis enterré dans une tombe anonyme.

Samori Touré

Leader charismatique et respecté de son temps, Samori Touré était un religieux musulman guinéen, fondateur et dirigeant de l'empire Wassoulou en Afrique de l' Ouest . Outre le sud-est de la Guinée, l'empire islamique s'est étendu à certaines parties de la Côte d'Ivoire, à la Sierra Leone et au Mali. Samori Touré a dirigé une résistance armée contre le pouvoir colonial français de 1882 jusqu'à sa capture en 1898. Il est ensuite exilé au Gabon où il meurt le 2 juin 1900.

PS: Il était l'arrière-grand-père du premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré.

Nehanda Nyakasikana

Chef spirituel du peuple Shona du Zimbabwe, Nehanda a inspiré son peuple à se rebeller contre la colonisation du Mashonaland et du Matabeleland par la Société britannique de l' Afrique du Sud (ces deux régions du Zimbabwe). Elle fut capturée par les Britanniques avec son alliée Kaguvi, qui était également un dirigeant anti-colonial Shona et exécutée.

LA GLOIRE DU COLLABO (Réflexion sur l'élection de Léopold Sédar Senghor à l'Académie française)

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© Peuples Noirs Peuples Africains no. 35 (1983) 41-66

    Par Guy Ossito MIDIOHOUAN

« Enseignez votre langue (le français) aux Danhomênous si vous voulez qu'ils vous comprennent et qu'ils vous apprécient car c'est dans une langue commune qu'il faut chercher l'union féconde des cœurs.»

 (Paul Hazoumé, Doguicimi, 1938).

« L'Afrique est ravagée par trois grands fléaux, la dictature, l'alcoolisme et la langue française, à moins que ce ne soient trois visages d'un même malheur.»

 (Mongo Beti, Perpétue, 1974).
 
SENGHOR ENTRE A L'ACADEMIE FRANÇAISE

On peut célébrer l'événement ou le déplorer. Il est donné cependant de noter que les louanges constituent la tonalité majeure du charivari soulevé par la nouvelle : la littérature négro-africaine d'expression française serait ainsi « officiellement reconnue»[1], l'Afrique honorée, le [PAGE 42] Noir accepté et glorifié, le talent attesté...Quant aux mécontents, ceux qui voient l'événement d'un mauvais œil ou en pensent du mal – ils existent et sont plus nombreux qu'on le dit, ils sont tout simplement écrasés par les formidables arsenaux de l'idéologie dominante, ou se gardent d'opiner, de peur de passer (ceci est surtout valable pour les plus illustres d'entre eux) pour des jaloux. Le président-poète (d'aucuns, il est vrai, préfèrent l'appeler poète-président) devient ainsi, sans coup férir et selon une formule facile à trouver mais lourde de signification, « le premier Noir immortel ».

Je ne suis pas, comme Siradiou Diallo, ce journaliste africain qui s'affiche à l'occasion – respectant en cela le principe sacro-saint de l'« africanisme » – comme le-spécialiste-de-tout, l'ami de Senghor. Ni son ennemi : je n'en ai nulle raison. Je pense seulement que c'est faire preuve en cette circonstance d'une grande légèreté et cultiver la médiocrité que de proposer, en guise d'analyse, un décompte sommaire des admirateurs (estimés majoritaires) et des supposés détracteurs aigris et envieux.

Car, pour nous Africains, Senghor n'est pas un simple individu et ne saurait en conséquence être réduit à un talent. Senghor, pour nous, est un symbole et c'est en tant que tel que je voudrais l'aborder, le comprendre. Dois-je ajouter, en toute modestie, que je connais mieux le « poète comblé » que la plupart des plumitifs chargés de « faire l'événement » ?

Je me sens donc autorisé, que dis-.je, il est de mon devoir de faire connaître les réflexions que m'inspire un fait qui m'intéresse moi aussi et dont, qui plus est, je me vois contraint désormais de tenir compte de façon quasi quotidienne. Je laisse aux journalistes africanistes le privilège de montrer leur admiration (ou leur hostilité) envers l'homme.

Depuis sa démission de la présidence de la République du Sénégal le 31 décembre 1980, après vingt ans d'exercice du pouvoir, Senghor – déjà célèbre, ô combien! – a la réputation d'un sage[2], courageux, remarquable pour son esprit supérieur, nullement attaché à la gloire et aux honneurs. Mais, tout comme son « frère et ami » Félix [PAGE 43] Houphouët-Boigny né dans l'or et condamné à mourir dans l'or, Senghor, lui, né dans les honneurs (« Les griots du Roi m'ont chanté la légende véridique de ma race aux sons des hautes kôras »[3]), se voit poursuivi par les honneurs.

C'est en tout cas ce qui ressort de l'explication qu'il donne lui-même de sa candidature à l'Académie française : « Jack Lang et François Mitterrand m'en ont parlé d'abord. ( ... ) Alain Peyrefitte, ensuite, a pris l'initiative de voir quatre autres académiciens (Jean Bernard, Alain Decaux, Claude Lévi-Strauss, René Huyghe). D'où la proposition de ma candidature. Je n'aurais pas été candidat de mon propre chef»[4].


Souvenons-nous que Senghor avait été élu en 1969 associé étranger (sic) de l'Académie des sciences morales et politiques. Il était encore président de la République du Sénégal. Comment se fait-il que ce Sénégalais, hier encore désigné à l'opinion publique comme un non- Français, revête soudain, sans autre forme de procès, « l'habit vert » pour lequel la nationalité française est requise ? Question stupide, dira-t-on. Mais qu'il importe de poser. [PAGE 44]

En toute ingénuité. Senghor y répond d'ailleurs volontiers : « J'ai dit que je serais candidat à condition qu'on ne me demande pas de renoncer à ma nationalité sénégalaise. Comme j'ai été député, autrefois (sic), à l'Assemblée nationale française, on a dû trouver un subterfuge[5]. Je pense que tant qu'on n'a pas renoncé, la nationalité française est en réserve, en veilleuse »[6]. Certains en déduiront que le Sénégal a été dirigé pendant vingt ans par un Français à peau noire qui adore les masques.

Pouvons-nous raisonnablement les en empêcher ? L'Afrique a ceci de typique qu'il y est courant de rencontrer dans les plus hautes sphères de la politique et de l'administration des autorités à double nationalité : l'une, l'africaine, qu'elles portent comme un masque au nom de la légitimité et de l'authenticité – de la négritude; l'autre, l'étrangère, qu'elles mettent « en veilleuse » pour cause de nécessité politique mais à laquelle elles doivent très souvent leur carrière et leur condition sociale et en vertu de laquelle elles agissent – ou, plus exactement, elles sont agies. Nombreux sont les Africains « coopérants français » dans leurs propres pays.

Et ce paradoxe pour le moins troublant n'est que l'un des révélateurs de notre réalité néocoloniale, raison pour laquelle on évite de le laisser apparaître au grand jour. Que la France, pays souverain, fier et jaloux de sa souveraineté, « rallume » la nationalité française de Senghor pour lui décerner un satisfecit sans réserves pour les bons et loyaux services qu'il a rendus à la « Patrie », après avoir – on s'en souvient – définitivement « éteint », pour des raisons dont elle s'estime seule habilitée à connaître en dernier ressort, celle de Bokassa qui se vit ainsi condamné à demeurer Africain, c'est son droit.

J'ajoute qu'il n'y a rien de plus normal. Quel Africain digne de ce nom peut sincèrement nier qu'il rêve d'un exercice semblable de la souveraineté nationale pour son pays ? Il est cependant donné de constater hélas, que nombre de nos compatriotes parmi les plus haut placés, ébaubis par le panache de la France, trouvent en celui-ci une raison pour vouer à ce pays une admiration et une soumission sans bornes et s'emploient [PAGE 45] à l'aider à affirmer davantage sa souveraineté au détriment de leurs peuples : l'Afrique a perdu la conscience de l'anormal.

Le plus grand tragique, c'est que ce sont ces Africains ravis par la France qui se voient octroyer le droit de parler au nom de l'Afrique. Et Senghor de déclarer pompeusement qu'il fait une « relecture africaine » de l'œuvre du duc de Lévis-Mirepoix, ce monarchiste descendant de colonisateurs, dont il occupera le fauteuil à l'Académie et se prépare à faire l'éloge[7].

QUELLE OUVERTURE ?

Mais, en définitive – et on l'a bruyamment souligné – la question de la nationalité est beaucoup moins importante qu'elle ne paraît de prime abord. Senghor n'est pas le premier étranger naturalisé français – quoique son cas demeure assez spécial – à entrer à l'Académie [PAGE 46] française. Eugène Ionesco et Joseph Kessel l'y ont précédé, respectivement en 1959 et 1962.

Il pouvait être élu de toute façon. D'abord en tant que Sénégalais[8] car, depuis 1635, date de la fondation de cette institution par Louis XIII, la règle de la nationalité française fixée par Richelieu a subi plusieurs entorses avec les élections du Cubain José Maria de Heredia (1895) et de l'Américain Julien Green (1971).

Ensuite – cet aspect est peut-être beaucoup plus important que le précédent – en tant que Noir. Tout en étant l'un des principaux fournisseurs d'armes du régime monstrueux au pouvoir en Afrique du Sud où une majorité écrasante de Noirs se trouve exilée dans son propre pays, littéralement minéralisés par une minorité de Blancs dégénérés, arrogants parce que forts du soutien inébranlable du Capital international, la France cherche sur le plan diplomatique et « culturel » à s'assurer la sympathie des pays africains en faisant de temps en temps délicatement la leçon aux racistes du pays de l'apartheid.


Et puis, fidèle à son image de « pays des lumières », ne vient-elle pas de proclamer qu'on ne saurait maintenir plus longtemps la femme hors des lieux où souffle l'esprit en faisant entrer en 1980 Marguerite Yourcenar à l'Académie, 345 ans après sa fondation ? Disons que c'est cette politique d'ouverture de l'esprit (français) qui se poursuit, plus résolument et plus audacieusement que jamais, en direction d'une autre catégorie d'exclus, les Noirs. Il reste, au-delà de tout ce qui vient d'être dit, que l'entrée de Senghor à l'Académie française n'est pas sans soulever quelques problèmes qui méritent d'être examinés de près.

Que l'élu ait lui-même posé sa candidature ou qu'il ait été sollicité par le pouvoir politique français qui a pris ensuite l'initiative de le faire proposer par quelques académiciens, cela, en définitive, nous importe peu. Ce qu'il [PAGE 47] faut retenir, c'est qu'il a choisi d'être candidat. Et pourquoi ? Pour représenter, nous dit-il, la francophonie dont on reconnaît en lui l'agent le plus actif, le visage le plus prestigieux. Mais que recouvre exactement ce mot ? Nous n'en pouvons trouver meilleur théoricien que Senghor lui-même[9] :

« La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des "énergies dormantes" de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire. "La France, me disait un délégué du F.L.N., c'est vous, c'est moi : c'est la Culture française." Renversons la proposition pour être complets : la Négritude, l'Arabisme, c'est aussi vous, Français de l'Hexagone. Nos valeurs font battre la langue que vous parlez : le français, Soleil qui brille hors de l'Hexagone » (1962)[10].

Plus tard :

« La Francophonie s'incarne (...) dans l'ensemble des pays qui ont la langue française comme instrument de communication et d'échanges, non seulement économiques, mais surtout socio-culturels. Et c'est un fait que, dans ces échanges, les cultures du Tiers-Monde ne viennent pas les mains vides. Il reste que cette Francophonie ne serait pas réelle si elle n'était pas subjectivement sentie comme telle.

Or elle l'est, et plus longtemps et plus vigoureusement qu'on ne le croit. Déjà, le 15 avril 1789, dans les "Très-humbles Doléances et Remontrances des Habitants (sic) du Sénégal, aux Citoyens français tenant les Etats généraux", des Négro-Africains se proclamaient, sans complexe, "Nègres" et "Français". Nous disons, aujourd'hui, "Francophones". L'idée est la même : au-delà d'un possible métissage biologique – qui était réel à [PAGE 48] Gorée et Saint-Louis-du-Sénégal, mais là n'est pas l'important –, il est question, essentiellement, d'un métissage culturel. C'est ce sentiment communautaire qui prévaut dans toutes les rencontres francophones – congrès, conférences, colloques, séminaires, biennales ( ... ) » (1974)[11].

Cette dernière citation mérite quelques observations : en 1789 le député du Sénégal à l'Assemblée nationale à Paris était Dominique-Harcourt Lamiral, un Français qui exprimait les sentiments du petit groupe de mulâtres et de Noirs (les « Habitants ») qu'il représentait en ces termes : « Nègres ou Mulâtres, nous sommes tous Français puisque c'est le sang des Français qui coule dans nos veines ou dans celles de nos neveux. Cette origine nous enorgueillit et élève nos âmes » [12]. Senghor affirme que le mot « Francophone » aujourd'hui recouvre la même idée que « Français » tel qu'employé par les « Habitants » de Saint-Louis et Gorée.

Cet éclaircissement est nécessaire pour la suite de notre propos. Il convient aussi d'ajouter que de Blaise Diagne (premier député noir, élu en 1914) à Lamine Gueye, le souhait des populations noires des « quatre communes » (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar) était l'assimilation intégrale, sans considération de la nature et de la finalité réelles de l'entreprise coloniale de la France en Afrique. Dans l'un de ses discours, Blaise Diagne, s'adressant à ses électeurs, s'écrie :

« Ils prétendent que vous n'êtes pas Français et que je ne suis pas Français! Je vous dis que nous sommes Français, que nous avons les mêmes droits » [13]. Voilà donc la genèse de la Francophonie dans sa dimension africaine : des Noirs colonisés, vivant d'illusions lyriques, qui mènent ailleurs (c'est-à-dire sur un tout autre terrain que celui de leurs conditions objectives), un combat dérisoire dont la stratégie leur échappe.

La Francophonie aujourd'hui, c'est donc l'immense [PAGE 49] territoire que constituent tous les pays, tous les coins et recoins de la terre où la langue française est plus ou moins en usage, et que l'on dit rassemblés dans une « communauté de culture » [14]. Il saute aux yeux qu'il s'agit là d'une réalité bien vague, difficile à cerner, d'un territoire mythique, un lieu purement idéologique, en un mot, « un bruit de langage » qui sert d'enseigne à la plus grande, la plus importante, la plus florissante entreprise française, car, en fait, la Francophonie n'est qu'une vaste et subtile manigance ayant pour but de défendre, préserver et étendre la place et l'influence du français dans le monde, en vue de soutenir les intérêts économiques, politiques et culturels de la France. Il y a treize ans, Madame Suzanne Balous écrivait avec une assurance cocardière :

« L'Afrique au sud du Sahara est appelée de plus en plus à constituer le bastion de la Francophonie»[15]. Le moins que l'on puisse dire – l'élection de Senghor en témoigne – c'est qu'elle savait de quoi elle parlait.


Pour l'Afrique donc, après les Colonies françaises, les Possessions françaises, l'Empire français, l'Union française, la Communauté française – et leurs faillites successives, on trouva la Coopération française dans la Francophonie qui n'est que le nouvel avatar de l'idéologie impérialiste du capitalisme français. « Si la variation des mots peut traduire une variation dans les pensées et les attitudes, ils servent, plus souvent qu'on ne le pense, de façade et d'hypocrite raison sociale à celles-ci » (Barthes).

Ainsi donc, au soir de sa vie (il a soixante-dix-sept ans), Senghor choisit pour aider l'Afrique à « répond(re) présent(e) à la renaissance du Monde / Ainsi le levain qui est nécessaire à la farine blanche »[16], pour « rend(re) la mémoire de vie à l'homme aux espoirs éventrés[17], de s'en aller travailler à la révision de la huitième édition du dictionnaire de la langue française en vue de la neuvième : « Oui, déclare-t-il, il faut défendre la langue française car [PAGE 50] elle se dégrade de plus en plus. Le français est et doit être une langue de culture[18].

Il ne s'agit pas de détrôner l'anglais, mais de donner sa place au français »[19]. N'est-il pas plus utile de se consacrer à une tâche de même nature en Afrique, sur les langues africaines[20] ? Senghor répond en prenant l'exemple du Sénégal :

« Il faut commencer par le commencement. D'abord ressusciter (sic les langues nationales, les six langues. En avoir la maîtrise. Les Sénégalais sont encore des élèves. Par ailleurs vous savez, je travaille à la symbiose culturelle entre Africains, Arabes, Latino-Américains. Je suis pour le métissage culturel » [21]. Des langues africaines au métissage culturel le cheminement est littéralement stupéfiant.

Nous savons que le Discours de la Méthode n'est pas l'œuvre d'un Noir, que Senghor lui-même définit les Négro-Africains comme des « fluctuants »[22] et qu'il n'est plus tout à fait jeune. Mais nous nous devons d'affirmer que les temps sont révolus en Afrique où l'on pouvait faire passer des incohérences pour une argumentation d'« homme de culture », le radotage pour une analyse. Accusé de mépris envers les langues africaines, Senghor se défend :[PAGE 51]

« J'ai été le premier à demander l'enseignement des langues sénégalaises à l'école primaire. J'ai été le premier à demander cela dans les pays francophones. Je n'ai pas trouvé un seul intellectuel au Sénégal pour m'appuyer. Après l'indépendance, après la décennie de 1960, j'ai voulu mettre à exécution mes idées. Nous avons créé des classes spéciales, chargées d'expérimenter l'enseignement dans chacune de nos langues régionales. Nous en sommes là et je me réjouis que le nouveau gouvernement poursuive cette volonté d'enseigner nos langues nationales à côté du français ( ... ) »[23].

Moyennant quoi, Senghor se permet, en cette circonstance solennelle où chaque mot qu'il prononce trouve un écho prodigieux – d'autant que les mots ont généralement un sens – et une gravité morale exceptionnelle, de parler des langues africaines comme de langues mortes (« ressusciter »), définitivement hors-jeu (« à côté du français », « le français est et doit être une langue de culture »), lui qui, « autrefois , (pour reprendre son propre terme : un euphémisme recherché !), dissertait sur la vitalité et la richesse de la littérature orale africaine[24], sur « les classes nominales en wolof et les substantifs à initiale nasale»[25], « l'harmonie vocalique en sérère »[26] et « l'article conjonctif en wolof»[27].

Pareille évolution (?) me semble tout à fait surprenante pour cet homme qui ne jure que par « les valeurs culturelles de l'Afrique noire » et dont l'action, pour l'essentiel, se réduit, en définitive, à des nègreries destinées au public français cultivé. « Ne voyez-vous donc pas que vous êtes en train de dauber Senghor pour son attachement à la langue française, en vous exprimant vous-même en français? », ne manqueront pas de relever certains esprits railleurs, soi-disant réalistes.

Cette situation résulte de données historiques et sociales qui me dépassent et sur lesquelles je ne peux m'étendre ici. Mais la différence entre Senghor[28] et nous, nouvelle génération [PAGE 52] d'intellectuels africains, c'est que nous la portons au front comme une plaie vive, que nous la traînons comme une tare cruelle dont il nous faut chercher, par tous les moyens, à guérir notre avenir menacé qui abondamment saigne.

C'est pour cela que nous n'avons pas le droit de « fluctuer », que nous nous sentons condamnés à raisonner raide, que nul ne pourra plus nous faire croire que nous avons intérêt, pour être présents au « rendez-vous du donner et du recevoir », à militer pour « le métissage culturel » et la « Civilisation de l'Universel » qui passent par l'épurement et la lutte pour l'expansion et l'hégémonie de la langue française.


 RESISTANTS ET COLLABOS

Qu'on ne vienne donc pas nous parler, à propos de cette élection de Senghor à l'Académie française, de « l'Afrique honorée », du « Noir célébré » ou, comme Jean-Marie Dunoyer dans Le Monde du 4 juin 1983, de « Senghor rassembleur et mainteneur de la culture de toute l'Afrique ». Senghor entre à l'Académie française pour défendre les intérêts de la France et du français, Il importe pour nous de le souligner, car il faut – et chacun devrait tout faire pour cela – qu'en Afrique, et surtout dans les milieux de jeunes, on le sache clairement et sans équivoque.

Au demeurant, une bonne compréhension de l'événement nécessite que nous remontions à la période coloniale. En effet, si la colonisation est largement perçue aujourd'hui (en Afrique tout au moins) comme une occupation devant être rapprochée, mutatis mutandis, de l'occupation de la France par l'Allemagne nazie durant la Deuxième Guerre mondiale, on est, hélas, encore loin très loin de se résoudre à tirer clairement et publiquement les conséquences de cette vérité.

Quoi qu'on prétende parfois, nous connaissons encore fort mal cette période [PAGE 53] sombre de notre histoire sur laquelle règne une confusion tenace qu'il revient aux Africains eux-mêmes de dissiper. Car, pendant l'occupation de l'Afrique par les puissances coloniales européennes, il y eut des collaborateurs et des résistants que cette confusion ingénieusement entretenue depuis fort longtemps et à grand bruit par les ennemis de nos peuples ne permet pas de distinguer. Naturellement, cette situation profite aux premiers qui ne manquent pas la moindre occasion de se faire passer effrontément pour ce qu'ils ne furent point.

Depuis 1960, plusieurs ouvrages ont été publiés sur la résistance de l'Afrique à l'agression coloniale, mais ils portent généralement sur ses formes les plus spectaculaires (affrontements armés, mouvements populaires de protestation et de révolte, grèves, insurrections, etc.). Nous connaissons mal les formes clandestines de cette résistance, leurs structures, leur organisation face aux exigences de la vie quotidienne et compte tenu de l'analyse des rapports de forces.

Quant à la collaboration, son histoire reste intégralement à écrire, pour ce qui est de ses manifestations les plus visibles (nous ne saurions nous contenter du « demi-tour à droite » de Félix Houphouët-Boigny et du R.D.A.), comme des plus subtiles et des plus sournoises»[29]. Nos historiens devraient s'attacher de toute urgence à ces recherches. Les conditions en sont d'autant plus favorables que les témoins de tout ou partie de cette période vivent encore nombreux dans nos villes et campagnes...

Pour en venir au cas particulier de Senghor dont nous ne pouvons dissocier la carrière politique de l'œuvre littéraire, et que les africanistes attitrés s'accordent à présenter comme un militant, un patriote, un combattant de la Liberté, il convient de souligner que son action d'homme politique et son œuvre d'écrivain relèvent – ce n'est pas un truisme que de le dire – de la même idéologie colonialiste, l'humanisme franco-africain, envers lequel il continue de montrer une fidélité que le temps n'a point réussi à ébranler.

L'émergence de l'humanisme franco-africain remonte [PAGE 54] aux années 1930 et l'un de ses théoriciens les plus connus fut l'administrateur colonial Robert Delavignette, l'auteur de Soudan-Paris-Bourgogne[30], ouvrage au titre évocateur, s'il en fut. Il s'agissait d'une idéologie de remplacement, la réponse du ministère des Colonies à la faillite de plus en plus évidente du discours sur « la mission civilisatrice de l'Europe en Afrique » qui a prévalu au temps du colonialisme primaire, de la fin du XIXe siècle jusqu'au lendemain de la Première guerre mondiale, et qui faisait de l'Afrique une table rase, le monde des ténèbres, de la barbarie et de l'animalité.

Cette nouvelle idéologie apparut à un moment où la littérature coloniale rencontrait l'indifférence auprès du public métropolitain cultivé et faisait l'objet de vives critiques dans les milieux intellectuels de gauche où l'on n'hésitait plus à dénoncer son caractère édulcoré. Sous la pression de cette évolution favorable à l'Afrique et aux nègres, les ethnologues (souvent administrateurs coloniaux) en vinrent à reconnaître des « valeurs culturelles » aux sociétés africaines, à parler même, comme Delafosse, de civilisations africaines.

La crédibilité de « la mission civilisatrice » étant désormais entachée, ceux-ci aidaient ainsi le pouvoir colonial à opérer un aggiornamento nécessaire à la sauvegarde du système?[31]. Dorénavant, on n'opposait plus Civilisation à Barbarie, mais Modermisme à Tradition tout en prônant l'avènement d'une colonisation plus « authentique » et plus « humaine » devant permettre à l'Afrique, à travers « le dialogue des cultures », de prendre part à la « Civilisation [PAGE 55] de l'Universel »[32].

La positivité n'était plus opposée à la négativité, mais l'Europe et l'Afrique étaient censées, chacune pour sa part, représenter un aspect essentiel d'une positivité transcendante vers laquelle elles devaient tendre en conjuguant leurs efforts. Il s'ensuit la nécessité pour les « partenaires » de situer leurs rapports sur un plan culturel, d'où une affirmation de la primauté du culturel sur le politique. La nature diversionniste de cette idéologie est plus qu'évidente. Mais malgré son caractère simpliste et réducteur, elle eut une profonde influence sur les écrivains africains les plus marquants de l'entre-guerres[33].

Elle détermina la théorie senghorienne de la négritude, basée non sur des « couples antithétiques », comme l'écrit Papa Gueye NDiaye[34] mais sur la mise en rapport nécessaire de concepts relevant de deux positivités différentes et complémentaires appelées à se fondre pour donner naissance, dans le plus grand intérêt de l'Homme, à une « culture métisse » : Afrique-Occident, Noir-Blanc, Emotion-Raison, Tradition-Modernisme... Bref la « symbiose des contraires ». Il ressort en définitive du discours de Senghor un seul impératif : ne [PAGE 56] jamais rompre les liens avec « l'Europe à qui nous sommes liés par le nombril »[35]. Parce que la colonisation est la préfiguration de la Civilisation de l'Universel[36].


 SENGHOR CONTRE L'UNITE AFRICAINE

Voilà l'idée fondamentale qui inspire toute l'action politique et l'œuvre littéraire de Senghor. Je pense qu'il n'est pas besoin de m'étendre ici sur l'ambiguïté, les tergiversations, les pirouettes de cet homme qui, en 1946, pendant que la plupart des élus africains décidèrent de passer à l'action en convoquant par un manifeste un congrès d'où devait sortir le R.D.A., engagea, sous la pression de Marius Moutet, une lutte acharnée contre toute idée d'indépendance[37].

Sa position face à la question de l'Unité africaine est assez révélatrice à cet égard : champion de la lutte contre la « balkanisation » de l'Afrique comme il aime à le rappeler aujourd'hui[38], Senghor n'en fut pas moins un partisan actif du « groupe de Monrovia » qui, suivant les « conseils » de l'impérialisme occidental, fit rater à l'Afrique la plus grande chance (l'unique [PAGE 57] peut-être) de son histoire, et où l'on retrouvait pratiquement tous les dirigeants les moins nationalistes, les personnalités molles, incapables de se hisser à la hauteur des exigences de l'avenir de notre continent.

A Addis-Abeba en 1963, Senghor défendit les mêmes positions que Houphouët-Boigny qui, depuis ses dissensions avec N'Krumah, animateur du « groupe de Casablanca », voyait en celui-ci un agent de la subversion et du communisme international, et en vint à considérer toute idée d'intégration politique en Afrique comme une agression contre sa personne[39] : « Il y avait, en effet, explique Senghor, ceux qui préconisaient une méthode européenne, nettement impérialiste : un seul gouvernement africain, immédiatement et avec commandement unique, etc.

Naturellement les questions culturelles, on les prétendait résolues, alors que c'étaient, que ce sont encore les questions essentielles, et les plus difficiles à résoudre. Je préconisai, alors, avec quelques autres, une méthode africaine : progressive et de compromis »[40]. Une progression [PAGE 58] qui devait très tôt s'avérer un blocage car, de passage à Paris en juillet 1963, après la naissance de l'O.U.A., Senghor déclara :

« Je me fais de l'unité africaine la même idée que le général de Gaulle se fait de l'Europe; il faut faire l'Afrique des patries. Nous sommes en effet trop différents aussi bien du point de vue de la race que de la culture et de la langue » [41]. Voilà en quoi consiste la « méthode africaine » ! Par ailleurs, lorsque nous rapprochons cette déclaration de la définition que Senghor donne de la Francophonie considérée comme « une communauté de culture », la supercherie éclate dans toute sa grossièreté avec un relent insoutenable.

L'ignoble pendaison de Jerry Semano Musololi, Marcus Thabo Motaung et Thelle Simon Mogoerane par le régime raciste d'Afrique du Sud, qui a coïncidé avec le XIXe sommet marquant le vingtième anniversaire de l'O.U.A., a révélé aux esprits intelligents l'étroite relation existant entre le micro-nationalisme africain et la persistance de l'apartheid en Afrique du Sud. C'est au moment où l'Afrique apparaît plus divisée que jamais que le pouvoir blanc sud-africain se montre le plus intransigeant, le plus arrogant, le plus terrible. Le monde entier, soulevé d'indignation tenta de faire fléchir le gouvernement sud-africain, se rassembla, s'exprima, protesta, marcha.

En Afrique même, RIEN : aucun mouvement de foule, aucune manifestation de rue. L'ordre publie fut complet. Une minute de silence à l'O.U.A., c'est tout ! Le sort a voulu que l'exécution des trois jeunes militants de l'A.N.C. survînt une semaine après l'élection de Senghor qui, avec Houphouët-Boigny, prône le dialogue et le compromis avec le système de l'apartheid. La conclusion s'impose d'elle-même, incroyable parce que monstrueuse, mais devant laquelle la pensée libre ne saurait reculer : la détresse de l'Afrique fait le bonheur de Senghor.

Est-ce vraiment un hasard si Senghor et Houphouët, hier côte à côte dans le « groupe de Monrovia », se retrouvent aujourd'hui côte à côte dans le dialogue avec l'apartheid ? « La France malgré (?) sa politique africaine, n'hésite pas à vendre des armes et même des usines atomiques au gouvernement sud-africain. [PAGE 59] Que pensez-vous de cette situation ? », demande Mohamed Aziza à Senghor qui répond. « Ce n'est qu'en 1977 que la France a envoyé une note aux gouvernements africains, en expliquant sa position, et que la centrale nucléaire qu'elle allait vendre à l'Afrique du Sud ne permettrait pas à cet Etat de fabriquer une bombe atomique.


« Cette note de la France me convainquit, sans que le problème fût, pour autant, épuisé» [42]. Cela se passe de commentaire. Il nous reste maintenant à parler de la poésie de Senghor qui - on l'a montré[43] – est l'illustration artistique de tout ce qui a été dit plus haut. Ses recueils les plus « politiquement engagés » ont paru pendant la période coloniale et ont pour thèmes : la célébration de « l'âme noire » et du « royaume d'enfance » (Chants d'ombre, 1945), le dépit et l'amertume dus à la guerre (Hosties noires, 1948), l'entente entre le colonisé et le colonisateur, l'Occident et l'Afrique (Ethiopiques, 1956) où domine l'idée de pardon et de réconciliation « impliquant l'acceptation de l'infériorité du nègre » [44] :

« (...)
O Morts ! défendez les toits de Paris dans la brume dominicale
Les toits qui protègent mes morts.
Que de ma tour dangereusement sûre, je descende dans la rue
Avec mes frères aux yeux bleus
Aux mains dures. »

(« In Memoriam », Chants d'ombre)
« (...)

Voici que mon cœur fond comme neige sous le soleil.

J'oublie

Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les empires [PAGE 60]
Les mains qui flagellèrent les esclaves, qui vous flagellèrent
Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent, les mains peintes poudrées qui m'ont giflé
Les mains sûres qui m'ont livré à la solitude à la haine

Les mains blanches qui abattirent la forêt de rôniers qui dominait l'Afrique, au centre de l'Afrique.
Seigneur, je ne sortirai pas ma réserve de haine, je le sais, pour les diplomates qui montrent leurs canines longues

Et qui demain troqueront la chair noire.
Mon cœur, Seigneur, s'est fondu comme neige sur les toits de Paris
Au soleil de votre douceur.

Il est doux à mes ennemis, à mes frères aux mains blanches sans neige
A cause aussi des mains de rosée, le soir, le long de mes joues brûlantes. »
(« Neige sur Paris », Chants d'ombre)[45].
Cette attitude de soumission intégrale à la loi du plus fort apparaît aussi dans Hosties noires :
« (...)

Que l'enfant blanc et l'enfant noir – c'est l'ordre alphabétique –, que les enfants de la France
Considérée aillent main dans la main
Tels que les prévoit le Poète, tel le couple [PAGE 61]
Demba – Dupont sur les monuments aux Morts que l'ivraie de la haine n'embarrasse pas leurs pas dépétrifiés

Qu'ils progressent et grandissent souriants, niais terribles à leurs ennemis comme l'éclair et la foudre ensemble. »

(« Prière des tirailleurs sénégalais », IV.)
« (...)

Le chant vaste de votre sang vaincra machines et canons
Votre parole palpitante les sophismes et mensonges
Aucune haine votre âme sans haine, aucune ruse votre âme sans ruse.
O Martyrs noirs race immortelle, laissez-moi dire les paroles qui pardonnent. »

(« Assassinats ».)

C'est dans Hosties noires que figure le poème « Tyaroye » dans lequel Senghor évoque avec un accent de révolte et une « voix de courroux » le massacre perpétré dans le camp militaire de cette ville en 1944 au nom de l'ordre colonial[46], immédiatement suivi par la « Prière de Paix » écrite « pour grandes orgues », dédiée à Georges et Claude Pompidou, avec en exergue - comme si l'on pouvait encore douter de l'influence dévirilisante de sa formation chrétienne – « ... Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris », et qui clôt le recueil sur un ultime verset entièrement écrit en lettres capitales, « DESSOUS L'ARC-EN-CIEL DE TA PAIX » :

« (...)
Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du Père. [PAGE 62]
........
Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques
........
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m'impose l'occupation si gravement »[47].
Ces exemples qui foisonnent dans l'œuvre de Senghor montrent clairement, contrairement à ce qu'affirme Jean-Marie Dunoyer[48], que cette poésie ne chante pas « la négritude debout », mais la négritude à genoux ou que le ton n'y est pas de révolte et d'élan, mais de récollection quand il n'est pas de déréliction.

Elégies et thrènes sont les visages de cette parole huilée et superbe se dévidant sur un rythme ralenti, en mouvements amples et onctueux, libérée (c'est le mot du poète) en de longs versets qui se suivent sur le même tempo, en laisses cristallisant les différents moments de l'émotion, manière qu'il faut voir comme illustration stylistique de la thèse du « nègre essentiellement émotif ».

Même si la plus grande partie de Nocturnes (1961) est constituée par les « Chants pour Signare », déjà publiés en 1949 sous le titre de « Chants pour Naëtt », ce recueil rassemble, avec Lettres d'Hivernage (1973), les poèmes les moins politiques de Senghor, les plus « personnels » et les plus « gratuits » (le mot est de Senghor lui-même).

Poèmes d'amour, hymne à la Femme, « image de sérénité issue du trouble dompté, du doute éclaté, de l'inquiétude vaincue »[49], ils expriment l'âme de Senghor sous « Les soleils des Indépendances » : paix, équilibre, tranquillité. La « poésie à l'état pur », la « voix de l'universel » émanant d'un monde sans problèmes.


Senghor se plaint que cette poésie ne rencontre pas l'enthousiasme des Africains, qu'elle « n'est pas acceptée [PAGE 63] par la majorité des intellectuels euraméricains », que « même en France », elle « n'est as reconnue par la majorité des hommes de gauche »[50] Et pour cause! Il se plaint que la littérature négro-africaine soit devenue, selon lui, essentiellement l'affaire d'intellectuels « gauchistes » allant, « l'injure à la bouche », vitupérant, et vigoureusement, les « vieux », surtout lui, parce qu'il est « le plus encombrant », avec la complicité de quelques mauvais éditeurs européens[51].

« C'est une jeune Française de Toulouse, dit-il, qui, dans une étude, remarquable de sensibilité et de finesse, a trouvé le meilleur titre à donner à mes poèmes : La Poésie du Royaume d'Enfance. Eh bien, elle met l'accent sur les poèmes d'amour, sur les poèmes les plus gratuits. Elle pense que ce sont les poèmes les plus beaux. Je le pense aussi. Je brûlerais tous mes textes en prose pour sauver un seul de ces poèmes d'amour »[52]. Le meilleur critique de l'œuvre poétique de Senghor est donc, au dire de l'auteur lui-même, Geneviève Lebaud[53].

Pas L. Kesteloot qui, pour avoir été l'une des premières personnes grâce à qui Senghor devint à l'université l'éminent représentant de la « Grande Poésie Nègre », se voit ainsi récompensée, sans doute parce qu'elle eut l'indélicatesse de déplorer « l'influence de Saint-John Perse », « le caractère emphatique, parfois déclamatoire », « la pompe cérémonieuse » des derniers recueils qui lui font « regretter certains accents de Chants d'ombre, si émouvants dans leur simplicité »[54]. Même pas Thomas Melone qui, d'articles en ouvrages, de missions d'enseignement en colloques, de Yaoundé à Paris, a résolument [PAGE 64] mis, depuis plus de vingt ans[55], son bagout ensorceleur au service de la négritude.

LA NEGRITUDE, UNE IDEOLOGIE COLONIALE

Nous n'en sommes que plus à l'aise pour affirmer, contrairement à l'historiographie dominante et à la critique traditionnelle de la littérature négro-africaine d'expression française, que la négritude senghorienne n'est qu'une expression de l'idéologie coloniale qui, dès les années 1930, a amorcé une réadaptation de son discours dont la nouvelle orientation prépare les conditions devant permettre, plus tard, l'instauration et la conservation de l'ordre néo-colonial. Senghor a, de tout temps, choisi d'œuvrer main dans la main avec l'ennemi étranger qui, pourtant, n'a jamais réussi à cacher sa volonté de puissance et de domination sur l'Afrique.

Englué dans sa démission traîtresse (j'appelle un chat un chat), il est incapable de reconnaître que « c'est le Japon libre ( ... ) et non pas l'Inde colonisée qui a tiré le meilleur parti de la civilisation européenne; (que) la leçon de l'histoire semble plutôt que la perte de la liberté, loin d'être bénéfique, est normalement fatale pour les peuples et leurs civilisations; (que) les civilisations nilotiques furent détruites par les invasions venues du Nord, la civilisation dravidienne par la conquête aryenne, celle de la Grèce par la conquête romaine, la civilisation romaine par les invasions barbares, les civilisations hellénistiques et chrétiennes du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord par les fanatiques et frustes musulmans; (que) Rome a édifié sa civilisation sur les ruines de la Grèce soumise; (que) la civilisation européenne moderne n'est pas l'œuvre des Gallo-Romains courbés sous le joug de Rome et chantant la gloire et la beauté de la "Métropole", mais de Barbares ayant conquis à leur tour l'orgueilleuse Rome»[56].

Autrement dit, Senghor est incapable de reconnaître que la « conquête ne profite directement qu'aux conquérants », [PAGE 65] et que « les conquis ne peuvent tirer profit des richesses culturelles (quand il y en a, et c'est loin d'être toujours le cas) de leurs maîtres qu'en luttant pour leur libération »[57]. C'est pourquoi l'hommage que lui rend la France en l'installant à l'Académie française doit être pris pour ce qu'il est : la gloire du collabo.

Ce n'est pas tout. L'événement soulève une autre question, celle-ci d'ordre institutionnel et ayant trait à la littérature négro-africaine en langues européennes en général, d'expression française en particulier. J'ai déjà dit qu'on ne manquera pas de parler à cette occasion d'une reconnaissance, d'une consécration de la littérature négro-africaine d'expression française. Même si l'on s'accorde largement aujourd'hui à voir en celle-ci une littérature spécifique, autonome, distincte de la littérature française, ses modalités d'existence (langue, édition, fortune, etc.) continuent de faire de l'Europe son pôle primordial.

De fait, tout se passe encore comme si la littérature négro-africaine d'expression française ne pouvait pas ne pas relever de la tutelle institutionnelle de la France. La langue, quelles que soient les manipulations que l'on pourrait lui faire subir, reste le français. L'édition est essentiellement française, même sous l'enseigne mystifiante de « Nouvelles Editions Africaines ». Le prestige, on l'attend de la France qui détient le pouvoir de consacrer ou de proscrire. Les revues littéraires paraissent en France et les plus connues sont aux mains de Français.

Aucune revue à direction africaine ne peut prétendre aujourd'hui rivaliser, sur le plan de la diffusion et donc de l'impact, avec Notre Librairie, L'Afrique littéraire, Recherche, Pédagogie et culture et Le Français dans le Monde.

Même pas Présence Africaine. Il n'existe en Afrique, à part quelques misérables associations d'écrivains affiliées (c'est la loi) aux partis uniques, aucune structure digne de ce nom, capable de jouer les rôles que s'arrogent aujourd'hui, avec une sollicitude empressée, Radio-France Internationale, l'Association des Ecrivains de Langue Française (A.D.E.L.F.) présidée par un ancien administrateur colonial, Robert Cornevin[58], et... l'Académie française. [PAGE 66] C'est à ces institutions qu'il revient de juger, de reconnaître, de récompenser, de consacrer, au nom de la langue française et de la Francophonie :

« L'Afrique dort, ne parlez pas, ne riez pas. L'Afrique saigne, ma mère

L'Afrique s'ouvre fracassée à une rigole de vermines,

à l'envahissement stérile des spermatozoïdes du viol »[59].

« N'y a-t-il donc, en Afrique, aucune structure vraiment significative conçue et animée par des Africains libres de toute pression et de toute subordination ? », me demanderez-vous, incrédules. Je réponds : à la lettre, RIEN. Le mythe est toujours vivace de l'Afrique-femelle et de l'Occident-mâle, de l'Afrique-qui-attend-de-recevoir et de l'Occident-qui-vient-donner, de l'Afrique conquise, vulgairement et ignominieusement offerte à l'assaut subulé, à « l'apport fécondant de l'Occident ».


 Où est donc l'autonomie qui devrait fonder l'existence de la littérature négro-africaine ? Une littérature négro-africaine en langues européennes peut-elle exister indépendamment de l'Europe ? Pour l'heure, la littérature négro-africaine en langues européennes n'est qu'une littérature sans papiers. Elle ne deviendra vraiment africaine que quand interviendront les grands bouleversements qui sonneront la fin de l'ère néo-coloniale. C'est pourquoi le premier et le plus noble devoir de l'écrivain africain aujourd'hui consiste à travailler pour hâter cette fin.

Guy Ossito MIDIOHOUAN
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[1] Tout se passe comme si le gouvernement socialiste de François Mitterrand avait décidé de faire des gestes de reconnaissance (de dettes envers « les écrivains de la négritude ». On se souvient de la remise par Jack Lang du Grand Prix national de poésie à Aimé Césaire le 22 décembre 1982 à l'Opéra.

[2] Mais en Afrique, nous le savons, tous les chefs d'Etat sont des « sages » pour « l'opinion publique». Même les plus incultes et les plus vicieux.

[3] Cf. « Que m'accompagnent Kôras et balafong », in Chants d'ombre. Voir aussi dans le même recueil « Le retour de l'enfant prodigue ». Pour illustrer davantage notre propos, voici un passage tiré de « A l'appel de la race de Saba », in Hosties noires :

« Je me rappelle les jours de mes pères, les soirs de Dyilôr
Cette lumière d'outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir Je suis sur les marches de la demeure profonde obscurément Mes frères et mes sœurs serrent contre mon cœur leur chaleur nombreuse de poussins. Je repose la tête sur les genoux de ma nourrice Ngâ, de Ngâ la poétesse
Ma tête bourdonnant au galop guerrier des dyoung-dyoungs, au galop de mon sang de pur sang Ma tête mélodieuse des chansons lointaines de Koumba, l'Orpheline
Au milieu de la cour, le ficus solitaire

Et devisent à son ombre lunaire les épouses de l'Homme de leurs voix graves et profondes comme leurs yeux et les fontaines nocturnes de Fimla

Et mon père étendu sur des nattes paisibles, mais grand mais fort mais beau
Homme du Royaume de Sine, tandis qu'alentour sur les kôras, voix héroïques, les griots font danser leurs doigts de fougue Tandis qu'au loin monte, houleuse de senteurs fortes et chaudes, la rumeur classique de cent troupeaux. »

[4] Cf. Jeune Afrique, no 1167 du 18 mai; 1983, pp. 56-57.

[5] Comme pour son élection à l'Académie des sciences morales et politiques.

[6] Cf. Jeune-Afrique, numéro cité.

[7] Cette « relecture africaine » consiste selon Senghor à « donner plus d'importance aux infrastructures qu'aux superstructures » (Jeune-Afrique, no 1167, p. 57). J'avoue honnêtement que je n'avais pas compris ce que cela pouvait signifier. C'est le no 1171 de Jeune-Afrique qui m'apporta l'explication :

« L. Sédar Senghor : ( ... ) Je dois dire que l'écrivain (Lévis-Mirepoix) m'a enchanté. Il a de réelles qualités.

Jeune-Afrique : Sur le plan stylistique ?

L.S.S. : Oui, et même dans l'emploi de la virgule.

J.-A : Vous le lisez donc en grammairien ?

L.S.S. : C'est une déformation professionnelle, vous savez. Quand je lis un livre, ce qui me frappe tout de suite, ce sont moins les idées que le style et la ponctuation. Oui, c'est le grammairien et le Négro-Africain qui lit. Ce qui me frappe, c'est l'emploi des images symboliques, de la mélodie, du rythme. Tout ce qui, en fait, caractérise la littérature orale et proche-orientale. »

C'est donc ça la « relecture africaine » : une lecture qui ne s'attache pas aux idées mais au style et à la ponctuation. Revoilà le Négro-Africain fait non pour comprendre mais pour sentir, non pour juger mais pour danser au rythme des images et à la cadence des virgules.

Il anime le texte comme, par exemple, « les animateurs et animatrices » de Kinshasa dansent la « révolution zaïroise » en ne se préoccupant guère de la comprendre. C'est aussi ce que l'on semble attendre des intellectuels africains à propos de l'élection de Senghor : de se laisser « émouvoir », de se réjouir, de « danser » au lieu de penser, bref de suivre l'exemple de Senghor... « L'émotion est nègre, la raison est hellène » : c'est la devise de notre déchéance.

[8] Autant dire Africain car le Sénégal a été la base de déploiement de la colonisation française en Afrique et demeure aujourd'hui un pays-clé dans la politique africaine de la France. Depuis plusieurs générations les Français sont habitués à voir l'Afrique à travers le Sénégal. L'ère des « tirailleurs Sénégalais » est révolue Nous sommes aujourd'hui à celle des « pensailleurs sénégalais ».

[9] Autres théoriciens : H. de Montéra (La Francophonie en marche), Gérard Tougas (La Francophonie en péril), Auguste Viatte (La Francophonie).

[10] Cf. Liberté 1. Négritude et Humanisme, Seuil, 1964, p. 363.

[11] Cf. Liberté 3. Négritude et Civilisation de l'Universel, Seuil, 1977, p. 547.

[12] Cité par Roger Mercier, in L'Afrique noire dans la littérature française, Dakar, Université de Dakar, 1962, p. 181.

[13] Michael Crowder, Sénégal, A study of French Assimilation Policy, London, Methuen, 1967, p. 27.

[14] Les Africains, à mon avis, ne se méfient pas assez de ce mot « culture » qui fonctionne pourtant, depuis la période coloniale jusqu'à nos jours, comme un redoutable attrape-nigaud dont l'efficacité semble loin d'être entamée.

[15] S. Balous, L'action culturelle de la France dans le monde, P.U.F., 1970, p. 136.

[16] Cf. « Prière aux masques », in Chants d'ombre.

[17] Idem.

[18] Voilà un exemple d'utilisation suspecte du mot « culture ». On parle aussi «« hommes de culture ». Cette expression est fort appréciée chez Présence Africaine.


[19] Jeune-Afrique, no 1167, p. 57. Ce n'est pas la première fois qu'un Africain prend parti dans un conflit inter-impérialiste. On peut rappeler ici l'exemple de Paul Hazoumé qui, dans Doguicimi, exalte les qualités des Français tout en traitant les Anglais de « pleutres », de « bêtes puantes » qui n'auraient été « tolérés au Danhomê que par une coupable complaisance » (Larose, 2e édition, 1978, p. 392).

[20] On ignore souvent que le français en Afrique demeure la langue d'une minorité de privilégiés et que son importance culturelle et sociale est très limitée. Les langues africaines existent et d'une manière telle qu'il est impossible de contester leur vitalité et leur capacité d'adaptation aux réalités du monde moderne.

Les pays africains, il est vrai, sont confrontés à un «problème linguistique » dont résulte une situation tout à l'avantage de l'ancien colonisateur et auquel seuls une volonté et un choix politique apporteront la solution. Il a des Africains qui l'avenir de leurs langues et qui le manifestent comme ils peuvent par des initiatives diverses.

[21] Jeune-Afrique, no cité.

[22] Cf. L.S. Senghor, La poésie de l'action (Conversations avec Mohamed Azia) Paris, Stock, 1980, 361 p.

[23] Jeune-Afrique, no 1171, p. 50.

[24] Voir la post-face à Ethiopiques.

[25] In Journal de la Société des Africanistes, tome XIII, 1944.

[26] Idem, tome XIV, 1945.

[27] Idem, tome XVII, 1947.

[28] Senghor a consacré un grand nombre de textes à l'éloge de la langue française. « ( ... ) A sept ans, écrit-il, quand j'ai commencé de l'apprendre, ( ... ) je le mangeais délicieusement, comme une confiture. » Cf. Liberté 3, p. 545.Rares sont les intellectuels africains qui, aujourd'hui, peuvent écrire la même chose et passer ensuite une nuit calme..

[29] Les Français continuent de le faire pour leur pays (cf. Bernard-Henri Lévy, L'idéologie française, Paris, Grasset et Fasquelle, 1981). Pourquoi pas nous ?

[30] Paris, Grasset, 1935.

[31] La publication de son ouvrage Les civilisations africaines (Paris, Stock, 1925) n'empêche pas Maurice Delafosse de lancer deux ans plus tard un appel à la colonisation aux jeunes métropolitains dans la préface qu'il écrivit au Livre du Pays noir. Anthologie de Littérature africaine de Roland Lebel (Paris, édit. du Monde Moderne, 1927) :

« Je ne serais pas étonné que sa lecture déterminât des vocations nouvelles et incitât quelques métropolitains à aller visiter les régions lointaines que les moyens modernes de communications rapprochent si singulièrement de nous, peut-être même à orienter leur vie (sic) vers la colonisation de ces attirantes contrées » (pp. 8-9). Pour plus d'éclaircissement sur le concept de « littérature africaine» utilisé par R. Lebel, voir notre article « Exotique ou coloniale ? Ou quand La littérature africaine était la littérature des Français d'Afrique », P.N.P.A., no 29.

[32] Toutes ces formules étaient très courantes dans les milieux coloniaux de l'époque. « La Civilisation de l'Universel. » par exemple n'est pas une invention de Senghor comme on l'insinue souvent. Lors de l'Exposition. coloniale de 1931 (où il fut largement question d'« assimilation » et « d'association »), Prince di Scaela, Ministre l'Etat italien, Commissaire général de la section italienne à l'Exposition, constatait dans ses déclarations que « tout obstacle (était) donc abattu par la marche d'une idée qui (devait) resserrer les peuples dans la conquête d'une Civilisation universelle (cf. L'effort colonial dans le Monde, Paris, numéro spécial 213 de Sud-Ouest économique, publié dans le cadre de l'Exposition coloniale internationale, 1931, p. 828).

[33] Parmi lesquels nous pouvons retenir Ousmane Socé et Paul Hazoumé. On relira avec intérêt la préface de Georges Hardy à Doguicimi.

[34] Papa Gueye NDiaye, « La littérature africaine et la critique », Annales de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, université de Dakar, no 2, 1972, pp. 51-52. Il est vrai, comme le remarque l'auteur de cet article, que l'on rencontre les mêmes couples chez Senghor et chez Césaire.

Mais la différence entre les couples chez ces deux poètes n'est pas de « tonalité » mais de nature. Par exemple, le couple colonisateur/colonisé entretient un rapport d'opposition, d'antagonisme chez Césaire. Alors que chez Senghor le rapport est de négociation et de conciliation (colonisateur-colonisé).

[35] Cf. « Prière aux masques », op. cit. Voici une remarque pertinente de Papa Gueye à propos de cette idée de Senghor : « Si elle (l'Afrique) était "liée à l'Europe" assimilatrice "par le nombril", il n'était donné qu'à quelques intellectuels dits "évolués" de s'en apercevoir. Ce dont au contraire ses populations avaient conscience, c'est qu'elle était liée à l'Europe par le fouet, qu'elle était consommatrice contrainte d'une importante denrée intellectuelle : la culture et la civilisation européenne », op. cit., pp. 45-46.

[36] En 1945, définissant la place de l'Afrique noire dans l'Empire français, Senghor écrit: « La France n'a pas à justifier ses conquêtes coloniales, pas plus que l'annexion de la Bretagne ou du pays basque. Le problème colonial n'est rien d'autre au fond qu'un problème provincial, un problème humain.

Je ne suis pas le premier à l'avoir remarqué, Lyautey l'avait déjà dit, et plus près de nous Delavignette, cet humaniste impérial ( ... ) » (cf. « Assimiler, non être assimilé », in La communauté impériale française, Paris, éd. Alsatia, collection « Faits et idées », 1945, p. 58).

[37] Cf. Jack-Louis Hymans, L'élaboration de la pensée de L.S. Senghor, Esquisse d'un itinéraire intellectuel. Thèse pour le doctorat de recherche, mention Etudes politiques, Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1964, 478 p.

[38] Cf. Joseph-Roger de Benoist, La balkanisation de l'Afrique occidentale française. Préface de L.S. Senghor, N.E.A. 1979-283p.

[39] On sait, par exemple, que Félix Houphouët-Boigny n'assiste que fort rarement aux sommets de l'O.U.A. dont la Charte est pourtant un triomphe de la position du « groupe de Monrovia ». La coïncidence du XIXe sommet de juin 1983 tenu à Addis-Abeba – sommet décisif, s'il en fut – avec une visite officielle du président ivoirien aux Etats-Unis est significative à cet égard. Par ailleurs, on raconte qu'il n'y a pas un seul fonctionnaire ivoirien à l'O.U.A.

Ce sont là autant d'éléments qui révèlent sinon l'hostilité, du moins l'indifférence du président ivoirien à toute idée d'Unité Africaine. Tout se passe en fait comme si, après avoir développé toute l'activité nécessaire pour faire de l'O.U.A. une institution sans pouvoir ni efficacité politique réelle, on s'en désintéressait en s'estimant désormais tranquille... Il n'y a plus qu'un seul idéal qui rassemble désormais les chefs d'Etat africains, c'est « stabilité politique » de leurs régimes respectifs. A ce propos, on lira avec profit l'article de Mato Maku, « Réflexions sur le concept de stabilité politique », in P.N.-P.A., no 25.


[40] L.S. Senghor, La poésie de l'action, op. cit., p. 261. Il convient de souligner ici que Senghor a été élu – ironie du sort – en même temps que Jacques Soustelle qui fut un partisan farouche de « l'Algérie française », « Ce qui nous rapproche Soustelle et moi, commente-t-il, ce n'est pas la politique mais la culture.

Il est connu surtout comme ethnologue; c'est le plus grand spécialiste de culture amérindienne en France. Nous nous sommes félicités tout de suite après cette double élection , (Jeune-Afrique, no 1171 p. 49). On est sidéré par ce à quoi peut servir le mot « culture. »

[41] Cité par Koffi Mamane, « L'Unité africaine : une notion controversée », Afrique-Asie, no 297 du 6 au 19 juin 1983, p. 40.

[42] LS. Senghor, La poésie de l'action, op. cit., pp. 267-268.

[43] Cf. Marcien Towa, Léopold Sédar Senghor : Négritude ou Servitude?, Yaoundé, CLE, 1971, 117 p.

[44] Idem, p. 79.

[45] Dans un article intitulé « L'Afrique noire dans les Lettres françaises » (Les Lettres françaises, 1er mars 1946, p. 5), René Maran, présentant Senghor qui venait de publier son premier recueil de poèmes, écrit :

« Le problème colonial n'existe pas dans l'esprit de L.S. Senghor. Il ne veut voir en lui qu'un problème provincial, un problème humain. La seule chose que le colonisé soit en droit d'exiger de son colonisateur, c'est qu'il fasse effort pour "concilier ses intérêts et ceux des autochtones". Toute colonisation se fondant sur la primauté de l'humain, doit marier la raison au sentiment, union qui n'est réalisable que si l'on use de cet "accord conciliant". tant prôné par Robert Delavignette, Haut Commissaire de la République du Cameroun et que L.S. Senghor a eu le seul bonheur de réaliser dans Chants d'ombre. »

[46] Boubacar Boris Diop a consacré une intéressante pièce à cet événement, Thiaroye Terre rouge, publiée dans le même volume que son roman Le temps de tamango, Paris, L'Harmattan, 1981.

[47] On voit que Senghor lui-même considère la colonisation comme une occupation et choisit délibérément de collaborer avec le colonisateur à ce propos, je renvoie le lecteur à l'analyse de Jean-Paul Sartre : « Qu'est-ce qu'un collaborateur ? » in Situations III, Paris, Gallimard, 1949.

[48] Cf. Le Monde du 4 juin 1983.

[49] Cf. Lamine Diakhaté, Lecture libre de Lettres d'Hivernage et d'Hosties noires de L.S. Senghor, N.E.A., 1976, p. 9.

[50] L.S. Senghor, La Poésie de l'action, pp. 299-300. Voir aussi pp. 136-137, 152-153, 184-185.

[51] C'est ce qui explique la création en 1972, sur l'initiative de Senghor, des Nouvelles Editions Africaines (N.E.A.) destinées à promouvoir une littérature négro-africaine «plus authentique», c'est-à-dire « plus gratuite ».

[52] Senghor, op. cit., p. 152.

[53] Geneviève Lebaud, Léopold Sédar Senghor ou la poésie du royaume d'enfance, Dakar-Abidjan, Les Nouvelles Editions Africaines, 1976, 101 p.

[54] Lilyan Kesteloot, Les écrivains noirs de langue française. Naissance d'une littérature, 7e édition, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1977, p. 200. La première édition de cet ouvrage date de 1963.

[55] Melone a fait paraître son premier ouvrage, De la négritude dans la littérature négro-africaine, en 1962, chez Présence Africaine

[56] Marcien Towa, op. cit., p. 95.

[57] Idem.

[58] C'est l'A.D.E.L.F. qui attribue le Grand Prix littéraire de l'Afrique noire (« Le Goncourt africain », disent certains !) créé en 1969par Jean d'Esme pour remplacer les prix naguère décernés par l'administration coloniale en Afrique.

[59] Aimé Césaire ''Et les chiens se taisaient'', Paris, Présence Africaine. 1956, p. 39.

Le lourd passé colonial des pays scandinaves dont on ne parle jamais

janvier 22, 2016 admin

Des historiens suédois ont rouvert le chapitre sombre de l'histoire coloniale scandinave.

Le chemin diplomatique entre la Scandinavie et l'Afrique est pavé de bonnes intentions. Il constitue, malgré de nombreuses embûches, une des voies prioritaires de l'aide au développement. Parmi les pays qui s'investissent sur la scène humanitaire, la Suède et la Norvège figurent comme les plus volontaristes. Un sacerdoce qui traduit le progressisme des sociétés du nord de l'Europe et leur inclination à agir sur les territoires africains les plus instables.

Mais le rapport entre les deux régions est bien loin d'être aussi vertueux qu'il n'y paraît. D'une part parce que les conséquences effectives de l'aide humanitaire dans les zones en crise du continent africain sont contrastées; d'autre part, car l'histoire de la Suède et de la Norvège est faite de colonisation et d'esclavage. Longtemps, les pays scandinaves ont occulté ce passé si dérangeant, polissant leur image de nations tolérantes en lutte constante contre l'oppression. Tout au plus, Stockholm et Oslo concédaient que leur histoire reflétait parfois une bien terne neutralité.

Mais le miroir était déformant. La Suède a la mémoire sélective: depuis les années 1950, plus aucun travail de recherche n'avait été mené sur le commerce des esclaves indique Africaisacountry. Une incongruité au regard de sa position centrale dans le commerce triangulaire. Certes, les navires partaient plus souvent de Grande-Bretagne ou de France, mais les chaînes en acier ou les barres de fer étaient fournies par le Royaume de Suède. Les scandinaves se lancèrent aussi un temps dans la conquête du Nouveau Monde.


Ils constituèrent des comptoirs dans les Antilles, mais également en Côte d'Or (actuel Ghana) avant de les revendre aux détenteurs des grands empires coloniaux. Pour l'historien Fredrik Thomasson, les Suédois ne faisaient pas preuve de plus d'humanisme que les autres:
«Je ne vois aucune différence entre la façon avec laquelle les esclaves étaient traités dans les colonies suédoises d'avec celle des autres colonies. La loi appliquée n'était pas celle en vigueur en métropole.»

Une réalité que le chercheur fut bien en peine de découvrir. Les archives nationales ne faisaient pas mention de la traite négrière dans les colonies suédoises et Thomasson dut se reporter sur des documents français. David Nilsson connut les mêmes difficultés: la participation de la Suède à la conférence de Berlin (novembre 1884 à février 1885) était complètement absente des ouvrages académiques suédois.

Pourtant, tous les pays scandinaves se rendirent dans la capitale allemande, afin de prendre part au «partage de l'Afrique». Chacun avait des intérêts stratégiques à défendre. En qui concerne la Suède, David Nilsson considère qu'ils étaient de quatre ordres:

«Premièrement, la Suède avait peur d'être mise de côté, elle voulait s'assurer de jouer un rôle dans le concert des nations. Deuxièmement, elle voulait permettre à sa flotte commerciale, la deuxième au monde, d'avoir accès à l'Etat libre du Congo. Troisièmement, elle souscrivait à l'idée de propager la civilisation, qui était explicitement mentionnée dans les médias à l'époque. Et Quatrièmement, cela correspondait au désir du roi Oscar d'entretenir une relation plus étroite avec l'Allemagne.»

Même si les pays scandinaves furent des acteurs marginaux du colonialisme, la redécouverte de ce noir passé témoigne, pour l'historien Gunlög Fur, de la modestie qu'induit une plus grande coopération internationale. Fredrik Thomasson lui, penche pour une option plus cynique:

«Je pense que le climat intellectuel actuel correspond à un désir de faire partie de l'auto-flagellation postcoloniale. A moins d'avoir une faute coloniale à expier vous ne pouvez prétendre faire partie du camp des grandes puissances.»

Source : Africaisacountry

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