''Paradise papers'' : les dérives du système financier international - Page 5

Index

A terme, ces pratiques risquent de poser un grave problème financier aux Etats. "En France, les recettes liées à l'impôt sur les sociétés ont baissé de 40% ces dix dernières années alors que les bénéfices ont augmenté de 10% (...). Est-ce qu'on ne va pas droit dans le mur ?", s'interroge sur franceinfo Manon Aubry, responsable de plaidoyer sur les questions de justice fiscale et d'inégalités à Oxfam France. Selon les calculs de l'économiste Gabriel Zucman, l'évasion fiscale coûte 350 milliards d'euros aux Etats du monde entier, 20 milliards pour la France.

Que font les Etats pour lutter contre ces pratiques ?

Depuis 2008 et le scandale de la banque UBS, de nombreuses enquêtes ont secoué la finance offshore. Ont-elles eu un impact ? Oui, même si les progrès restent timides. Après les "Panama Papers", trois chefs d'Etat ou ministres ont démissionné et au moins 150 instructions ou contrôles ont été lancés, rappelle Le Monde. En France, 415 Français seraient dans le collimateur du fisc, selon le quotidien, et le Panama a rejoint la liste noire des Etats et territoires non-coopératifs.

Depuis dix ans, le G20 et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont également avancé sur la question de la transparence. Depuis le 30 septembre 2017, 50 pays, dont des anciens paradis fiscaux, échangent automatiquement leurs renseignements bancaires dans le cadre d'un accord conclu en 2014. Quand un Français ouvre un compte aux Bermudes, le fisc français est censé être automatiquement averti. En 2018, une seconde vague d'Etats mettront en place cet échange.

''Une partie des schémas que l'on trouve là ne seront plus possibles à la fin de l'année ou dès l'année prochaine. Une autre partie, reste, hélas, légale.'' (Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d'administration fiscales à l'OCDE sur franceinfo).

 J'ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ?

Après plusieurs mois d'enquête, le Consortium international des journalistes d'investigation, un média non lucratif déjà à l'origine des "Panama Papers" et avec lequel collaborent Radio France et "Cash Investigation" de France 2, a publié dimanche 5 novembre les premières révélations d'une nouvelle enquête, baptisée "Paradise Papers". En s'appuyant sur plus de 13 millions de fichiers, provenant de deux cabinets d'avocats spécialisés dans la finance offshore et de 19 paradis fiscaux, ils révèlent les montages financiers complexes de certaines personnalités, comme la reine d'Angleterre, le pilote de F1 Lewis Hamilton ou un ministre américain, pour échapper à l'impôt ou dissimuler des relations d'affaires gênantes. Contrairement aux "Panama Papers", la plupart des pratiques révélées ici ne sont pas illégales. Mais elles posent une question morale : est-il acceptable et même viable pour nos démocraties que les plus riches se soustraient à l'impôt ? Un défi auquel les Etats ont répondu timidement pour le moment.

A lire aussi

"Paradise Papers" : qui sont les personnalités et entreprises impliquées dans les révélations ?

"Paradise Papers" : des îles Caïmans à Hongkong, cet argent que le cinéaste Jean-Jacques Annaud a caché au fisc français

Les informés. "Paradise Papers" : "Il y a des gens qui peuvent se sentir un peu floués"

Tout est politique. "Paradise Papers" : "Le vrai sujet, c'est l'harmonisation fiscale", estime Florian Bachelier, député LREM

Paradis fiscaux : une liste noire impossible ?


Top