''Paradise papers'' : les dérives du système financier international - Page 12

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 « L'imposture économique », puissante critique de la théorie économique dominante (1)

Attention, chef-d'œuvre de la critique économique ! Ce livre de Steve Keen, économiste australien mondialement réputé, considéré comme l'un des rares « grands » à avoir prédit, dès 2006, l'imminence d'une crise profonde, fin connaisseur de la théorie dite néoclassique, va sortir en librairie le 9 octobre prochain. C'est un gros volume de 530 pages (27 euros, pas cher pour une telle œuvre), mais une déconstruction aussi sérieuse, concept par concept, raisonnement par raisonnement, hypothèse par hypothèse, d'un édifice aussi complexe exige autre chose qu'un survol.

Ce livre est la traduction de l'ouvrage de Keen considérablement révisé et complété en 2011 afin d'y intégrer les enseignements de la « Grande Récession » actuelle. Une première version avait été publiée en 2001. Elle annonçait l'effondrement de la bulle de la « nouvelle économie » !

L'auteur s'adresse en premier lieu aux économistes, aux étudiants en économie, aux enseignants de cette discipline, à tous les professionnels journalistes et citoyens suffisamment informés dans ce domaine, à tous ceux qui ont été formés ou déformés par l'économie néoclassique. Mais les lecteurs non économistes qui sont préoccupés par l'invasion du libéralisme économique dans les médias et dans la vie politique sont également concernés. Au même titre par exemple qu'ils ont été nombreux à apprécier le «manifeste des économistes atterrés », lequel procédait à une brillante déconstruction du mythe de l'efficience des marchés financiers, un des piliers théoriques auxquels Keen s'attaque également. Mais l'entreprise de ce dernier porte sur une bonne dizaine d'autres piliers, tous aussi friables, y compris des concepts de base sur la demande et l'offre !

Ces lecteurs non économistes, s'ils acceptent de « sauter » dans un premier temps les passages les plus techniques, soit moins de la moitié du livre, peuvent accéder à presque tous les arguments. Et pour les passages techniques, si certains sont vraiment "hard" en dépit du choix de ne rien mettre en formules mathématiques, d'autres sont compréhensibles moyennant un peu de persévérance et, comme le dit plaisamment Keen, quelques tasses de café... Un tel investissement est "rentable", vu l'enjeu : que les citoyens se rendent compte que tout ce qu'on leur assène comme vérités économiques, en particulier sur les vertus des marchés, financiers ou « réels », y compris le marché du travail, repose sur le sable mouvant d'une pseudo théorie truffée

1) de contradictions logiques insurmontables,

et 2) d'hypothèses farfelues dépourvues d'accroche empirique dans le monde réel.

Comme le résume Steve Keen dans l'une des très nombreuses formules imagées qui contribuent au plaisir de lecture :

« La prétendue science économique est un agrégat de mythes qui ferait passer l'ancienne conception géocentrique du système solaire de Ptolémée pour un modèle puissamment sophistiqué » (p. 20).


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